SCENE VIII
ARLEQUIN
Bon, bon! à qui esl-ce que vous contez cela? vous êtes cligne de toutes les dignités imaginables ' ; un empereur ne vous vaut pas, ni moi non plus; mais me voilà , moi , et un empereur n'y est pas ; et un rien qu'on voit, vaut mieux que quelque chose qu'on ne voit pas. Qu'en dites-vous ?
EUPHROSINE
Arlequin, il me semble que tu n'as point le cœur mauvais.
Oh! il ne s'en fait plus de cette pâte-là; je suis un mouton.
EUPHROSINE
Respecte donc le malheur que j'ëprouve.
ARLEQUIN
Hëlas ! je me mettrais à genoux devant lui.
EUPHROSINE
Ne persécute point une infortunée, parce que tu peux la persécuter impunément. Vois l'extrémité où je suis réduite ; et si tu n'as point d'égard au rang que je tenais dans le monde, à ma naissance, à mon éducation; du moins que mes disgrâces, que mon esclavage, que ma douleur t'attendrissent. Tu peux ici
' f^ous êtes digne de toutes les dignités. Si ce o^^it pas Arlequin qui parlât, ccUe rdpdtitiou, digne, dignités, serait une inadvertance. Ici, c^est un fait exprès qui, sous son trayestissement, aide à faire reconnaître le véritable personnage.
5o L'ILE DES ESCLAVES,
m'outrager autant c|ii«: (u le voudras; je suis sans asile et sans ili^fense; je n'ai que mon Ot^aespoir pour tout secours. J'ai besoin de la compassion de tout k tnoadc, de la tienne même. Arlequin; voilà l'tJtat où je suis. ^Ë le trouves-tu pa.<; asse?. mis<!ral)le?Tu es devenu libre et betircux ; cola doit-il te rendre mt^chant?. Je n'ai pas la force de t'en dire davanta^. Je ne t'û jamais fait de mal ; n'ajoute rien ii celui que je souQre.
J'ai perdu la parole.