‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 105 sur 316 · ACTE I, SCÈNE IV. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV. i

ÂRLEQUlIf.

Je ne sais point cela; cela m'est inutile.

TRIVEtiN.

Je vous rapprends.

ARLEQUIN

Je ne me soucie pas de nouvelles.

TRIYELIlf.

Silvia plaît donc au prince , et il voudrait lui plaire avant que de Tëpouser. L'amour qu'elle a pour vous fait obstacle à celui qu'il tâche de lui donner pour lui.

▲RLEQUIH.

Qu'il fasse donc l'amour ailleurs : car il n'aurait que la femme ; moi , j'aurais le cœur \ il nous manquerait quelque chose à l'un et à l'autre, et nous serions tous trois mal à notre aise.

TRIVELIW.

Vous avez raison; mais ne voyez -vous pas que si vous épousiez Silvia , le prince resterait malheureux ?

ARLEQUIH.

 la vérité, il serait d'abord un peu triste; mais il aura fait le devoir d'un brave homme , et cela console ; au lieu que , s'il l'épouse , il fera pleurer cette pauvre enfant; je pleurerai aussi, moi ; il n'y aura que lui qui rira , et il n'y a point de plaisir à rire tout seul.

TRIVEHK.

Seigneur Ârlequiu, croyez -moi; faites quelque

i86 LA DOUBLE INCONSTANCE,

chose pour votre maître. Il ne peut se résoudre à quitter Silvia. Je vous dirai même qu*on lui a prédit Taventure qui la lui a fait connaître , et qu'elle doit être sa femme ; il faut que cela arrive ; cela est écrit là-haut.

ARLEQUIN

Là-haut on n'écrit pas de telles impertinences \ pour marque de cela , si on avait prédit que je dois vous assommer, vous tuer par derrière, trouveriez -vous bon que j'accomplisse la prédiction ?

TRIVELIIf.

Non , vraiment ! il ne faut jamais faire de mal à personne.

ARLEQUIN

Eh bien ! c'est ma mort qu'on a prédite i . Ainsi c'est prédire rien qui vaille ; et dans tout cela , il n'y a que l'astrologue à pendre.

TRIVELin.

Eh ! morbleu , on ne prétend pas vous faire du mal \ nous avons ici d'aimables filles ; épousez-en une, vous y trouverez votre avantage.

ARLEQUIN

Oui-dà ! que je me marie à une autre, afin de mettre Silvia en colère , et qu'elle porte son amitié ailleurs ! Oh ! oh ! mon mignon , combien vous a-t-on donné

■ Eh bien! c'est ma mort qu'on a prédite» PauYre cœur humain ! Dans quelques heures , Arlequin , plein de yie , sera oublie de Sil- ▼ia , et Toubliera â son tour pour ëpouser Flaminia.

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