‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 119 sur 316 · ARLEQUIN, SILVIA · texte numérisé non relu

ARLEQUIN, SILVIA

SILYIA.

Eh bien ! mon cher Arlequin ?

ARLEQUIN

Eh bien ! mon âme ?

SILYIA.

Nous sommes bien malheureux !

ARLEQUIN

Aimons - nous toujours ; cela nous aidera à prendre patience.

SILVIA

Oui ; mais notre amitié , que deviendra-t-elle ? Cela m'inquiète.

ARLEQUIN

Hélas ! m'amour, je vous dis de prendre patience , mais je n*ai pas plus de courage que vous, en 1» v^^à la maio. ) Pauvrc petit trésor ! à moi , m*amie. Il y a tLQJs jours que je n'ai vu ces beaux yeux- là j regardez-moi toujours pour me récompenser.

SILVIA

Ah ! j'ai bien des choses à vous dire. J'ai peur de vous perdre ^ j'ai peur qu'on ne vous fasse quelque mal par méchanceté de jalousie ^ j'ai peur que vous

2o8 LA DOUBLE INCONSTANCE,

ne soyez trop long - temps sans me voir, et que vous ne vous y accoutumiez.

ARLEQUIN

Petit cœur , est - ce que je m'accoutumerais à être malheureux ?

Je ne veux point être oubliée par vous; je ne veux point non plus que vous enduriez rien à cause de moi ; je ne sais point dire ce que je veux , je vous aime trop. C'est une pitié que mon embarras ; tout me chagrine.

ARLEQUIN, pleanukt.

Hi!hi!hi!hi!

SILVIA

Oh bien ! Arlequin, je m'en vais donc pleurer aussi, moi.

ARLEQUIN

Gomment voulez -vous que je m'empêche de pleurer , puisque vous voulez être si triste ? Si vous aviez un peu de compassion , est->ce que vous seriez si affligée?

SILVIA

Demeurez donc en repos ; je ne vous dirai plus que je suis chagrine.

' ARLEQUIN

Oui ; mais je devinerai que vous l'êtes. Il faut me promettre que vous ne le serez plus.

SILVIA

Oui , mon fils ; mais promettez- moi aussi que vous m'aimerez toujours.

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