‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 139 sur 316 · ACTE II, SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VIL

ARLEQUIN, attendri.

Par la morbleu ! Je suis son seryiteur ; franchement , je fais cas de lui, et je croyais être plus en colère contre lui que je ne le suis.

LE SEIGNEUR

Ensuite il m*a dit de me retirer; mes amis làdessus ont tâche de le fléchir pour moi.

ARLEQUIN

Quand ces amis -là s*en iraient aussi avec vous, il n*y aurait pas grand mal vcar, dis -moi qui tu hantes , et je te dirai qui tu es. \.^

LE SEIGNEUR

Il s*est aussi fâché contre eux.

ARLEQUIN

Que le ciel bénisse cet homme de bien ! Il a vidé là sa maison d'une mauvaise graine de gens.

LE SEIGNEUR

Et nous ne pouvons reparaître tous qu'à condition que vous demandiez notre grâce.^^ "

*ARLBQUIN.

Par ma foi ! messieurs , ailes où il vous plaira ; je vous souhaite un bon voyage.

LE SEIGNEUR

Quoi ! vous refuserez de prier pour moi ? Si vous n'y consentiez pas , ma fortune serait ruinée; à présent qu'il ne m'est plus permis de voir le prince, que

aS8 LA DOUBLE INCONSTANCE,

serais- je à la cour? Il faudra que je m'en aille dans mes terres j car je suis comme exile.

ARLEQUIIf.

Comment , être exilé ! Mais ce n est point vous faire d'autre mai que de vous envoyer manger votre bien chez vous.

LE SEIGI^EUR.

Vraiment non ; voilà ce que c'est. r

ABLEQUIN.

Et vous vivrez là paix et aise ; vous ferez vos quatre repas comme à l'ordinaire ?

LE SEIGNEUR

Sans doute ; qu*y a-t-il d'étrange à cela ?

ARLEQUIN

Ne me trompez-vous pas ? Est-il sûr qu'on est exilé quand on médit ?

LE SEiGNfttIR.

Cela arrive assez scoTeat.

ARLEQUIN

> . Allons , voilà qui est lait , je m'en vais médire du / premier venu , et j'awrlicai Silvia et Flaminia d'en faire autant.

LE SEIGNEUR

Et la raison de cela ?

ARLEQUIN.'

Parce qcie je veux aller en exil, moi. De la manière dont on punit les gens ici , je vais gager qu'il y ^ plus de gain à être pmfii qu*à âtre récompensé.

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