ACTE II, SCÈNE VII
LE SBIGVBUR.
Qooi qu*il en soit, épargnez - moi cette punitionlà, je vous prie. D'ailleurs, ce qnej^ai dit de tous n'est pas grand'chose.
▲KLEQUIB.
Qu*est-ce que c'est?
lE SEIGHETJR.
Une bagatelle , vous dis -je.
ARLEQXJII?.
Mais voyons.
LE SEIGNEUR
J'ai dit que vous aviez l'air d'un homme ingénu , L sans malice ; là , d'un garçon de bonne foi. ^
ARLEQUIN, rUnt de tout son oœnr.
L'air d'un innocent , pour parler à la franquette ; mais qu'est-ce que cela fait ? Moi , j'ai l'air d'un innocent ; vous , vous avez l'air d'un homme d'esprit 5 eh bien! à cause de cela, faut -il s'en fier à notre aîr? N'avez -vous rien dit que cela?
LE SElGNEtJR.
. Non; j'ai ajouté seuleoient que vous donniez la comédie à ceux qui vous parlsàent»
ARLEQUIN
Pardi ! il faut bien vous donner votre revanche , à vous autres. Voilà donc tout?
Oui.
a4o LA DOUBLE INCONSTANCE,
ARLEQUIIT.
C'est se moquer ; vous ne méritez pas d*élre exilé , vous avez cette bonne fortune- là pour rien.3
LE SEIGNEUR
N'importe ; empêchez que je ne le sois. Un homme comme moi ne peut demeurer qu'à la cour. Il n'est en considération , il n'est en état de pouvoir se venger de ses envieux qu'autant qu'il se rend agréable au prince , et qu'il cultive l'amitié de ceux qui gouvernent les affaires.
ARLEQUIN
Taimerais mieux cultiver un bon champ » cela rapporte toujours peu on prou , et je me doute que l'amitié de ces gens- là n'est pas aisée à avoir ni à garder.
LE SEIGNEUR
Vous avez raison dans le fond : ils ont quelquefois des caprices fâcheux ; mais on n'oserait s'en ressentir ; on les ménage , on est souple avec eux , parce qae c'est par leur moyen que l'on se venge des antres.
ARLEQUIN
Quel trafic ! C'est justement recevoir des coups de
^ bâton d'un côté , pour avoir le privilège d'en donner
\ d'un autre ; voilà une drôle de vanité ! A vous voir
si humbles, vous autres , on ne croirait jamais que
vous êtes si glorieux.
Nous sommes élevés là-dedans. Mais écoutez; vous