ACTE I, SCÈNE II. 3o
madame-, il faut vivre avec les autres, et avoir du moins moitié raisoa et moitié folie , pour lier commerce. Avec cela vous nous ressemblerez un peu -, car pour nous ressembler tout-à-fait, il ne faudrait presque que de la folie ; mais je ne vous en demande pas tant. Venons au fait : quel est le sujet de votre inquiétude ?
LA PRINCESSE
J'aime^ voilà ma peine.
HORTENSE
Que ne dites-vous : J*aime, voilà mon plaisirPcar elle est faite comme un plaisir, cette peine que vous dites.
LA PRINCESSE
Non y je vous assure-, elle m'embarrasse beaucoup.
HORTEIfSE.
Mais vous êtes aimée, sans doute?
LA PRINCESSE
Je crois voir qu'on n'est pas ingrat.
Gomment , vous croyez voir ! Celui qui vous aime met - il son amour en énigme ? Oh ! madame , il faut que Tamour parle bien clairement et qu'il répète toujours; encore avec cela ne parle -t -il pas assez.
LA PRINCESSE
Je règne. Celui dont il s'agit ne pense pas sans doute qu'il lui soit permis de s'expliquer autrement que par ses respects.
3o6 LE PRINCE TRAVESTI,
HORTEHSB.
Eh bien ! madame , que ne lui donnez-vous un pouvoir plus ample? Qu'est-ce que c'est que du respect? L'amour est bien enveloppé là -dedans. Sans lui dire précisément : Expliquez - vous mieux, ne pouvezvous lui glisser la valeur de cela dans quelques regards ? Avec deux yeux ne dit - on pas ce que Ton veut » ?
LA PRIIfCESSE.
Je n'ose, Hortense ; un reste de fierté me retient.
HORTENSE
11 faudra pourtant bien que ce reste - là s'en aille avec le reste , si vous voulez vous éclaircir. Mais quelle est la personne en question ?
LA PRINCESSE
Vous avez entendu parler de Lélio ?
hortbuse.
Oui , comme d'un illustre étranger , qui , ayant rencontré notre armée , y servit volontaire il y a six ou sept mois ^ et à qui nous dûmes le gain de la dernière
bataille.
LA princesse.
Celui qui commandait l'armée, l'engagea par mon
> j4vee deux yeux ne dit-^n pas ce que l'on vetU? Ayec quelle noble ëlégaoce Racine exprime la même pensée l
L*amoar Mt-il mnet, ou n*a-t*il qu*aa Unfage? De quel trouble an rc|pird poaTait m« préterrer !
Bfitmnnieus , acte III , seine 7.