‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 177 sur 316 · ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL

ordre à venir ici ; et depuis qu'il y est , ses sages codseils dans mes affaires ne m'ont pas ëtë moins avantageux que sa valeur; c'est d'ailleurs l'âme la plus généreuse. • . .

HORTENSE

Est - il jeune ?

LA PRINCESSE

II est dans la fleur de son âge.

HORTENSE

De bonne mine?

LA PRINCESSE

Il me le parait.

Jeune, aimable, vaillant, généreux et sage, cet homme-là vous a donné son cœur ] vous lui avez rendu le vdtre en revanche \ c'est cœur pour cœur. Le troc est sans reproche , et je trouve que vous avez fait là un fort bon marché. Comptons \ dans cet homme -là vous avez d'abord pn amant, ensuite un ministre, ensuite un général d'armée, ensuite un mari, s'il le faut , et le tout pour vous > ; voilà donc quatre hommes pour un , et le tout en un seul. Madame , ce calcul - là mérite attention.

LA PRINCESSE

Vous êtes toujours badine. Mais cet homme qui en *

' Et ie tout pour vous. Voilà un tOËtt pour vous qui est on peu lAle^ mais nooa apprendrons tout à Fheare qu'Hortense est une jeune yeuve, et Texpërience lui a probablemenl appris qa^un mari est ou doit être tout pour sa femme.

3oB LE PRINCE TRAVESTI,

vaut quatre , et que vous voulez que j'ëpouse , savezvous qu'il n'est, à ce qu'il dit, qu'un simple gentilhomme , et qu'il me faut un prince ? Il est vrai que dans nos états le privilège des princesses qui régnent est d'épouser qui elles veulent ; mais il ne sied pas toujours de se servir de ses privilèges.

HORTENSE

Madame , il vous faut un prince ou un homme qui mérite de l'être , c'est la même chose ; un peu d'attention, s'il vous plaît. Jeune, aimable, vaillant, généreux et sage ^ madame, avec cela, fût -il né dans une chaumière, sa naissance est royale , et voilà mon prince^ je vous défie d'en trouver un meilleur. Croyez-moi , je parle quelquefois sérieusement 5 vous et moi nous restons seules de la famille de nos maîtres ; donnez à vos sujets un souverain vertueux; ils se consoleront avec sa vertu du défaut de sa naissance.

Vous avez raison , et vous m'encouragez; mais , ma chère Hortcnse , il vient d'arriver ici un ambassadeur de Cnstille, dont je sais que la commission est de demander ma main pour son maître. Aurais -je bonne grâce de refuser un prince pour n'épouser qu'un particulier ?

HORTENSE

Si vous aurez boime grâce ?Eh ! qui eu empêchera? Quand on refuse les gens bien poliment , ne les refuset-on pas de bonne grâce ?

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