ACTE I, SCÈNE IL
LÀ PRINCESSE
Eh bien ! Hortense , je vous en croirai ^ mais j'attends un service de vous. Je ne saurais me résoudre à montrer clairement à Lëlio mes dispositions ^ souffrez que je vous charge de ce soin , et acquittez-vousen adroitement dès que vous le verrez.
HORTENSE
Avec plaisir , madame *, car j'aime faire de bonnes actions. A la charge que, quand vous aurez ëpousé cet honnête homme -là , il y aura dans votre histoire un petit article que je dresserai moi - même , et qui dira précisément : a Ce fut la sage Hortense qui proie cura cette bonne fortune au peuple ^ la princesse « craignait de n avoir pas bonne gi*âce en épousant K Lélio ; Hortense lui leva ce vain scrupule , qui eût « peut-être privé la république > de cette longue suite « de bons princes qui ressemblèrent à leur père. » Voilà ce qu'il faudra mettre pour la gloire de mes descendans, qui, par ce moyen, auront en moi une aïeule d'heureuse mémoire.
Quel fond de gaîté !.... Mais, ma chère Hortense , vous parlez de vos descendans ; vous n'avez été qu'un an avec votre mari , et il ne vous a point laissé d'enfans-, toute jeune que vous êtes, vous ne voulez pas
' La république. C'est-a-dîre la chose pabliqne; cette cipressîon iie ri'troiivc fréquemment dans les anciennes ordonnances de nos rois.
3io LE PRINCE TRAVESTI,
voDs remarier-, où prendrez- vous votre postérité?
HOHTEIISE.
Cela est vrai , je n*y songeais pas ; et voilà tout d'un coup ma postérité anéantie.... Mais trouvez-moi quelqu'un qui ait à peu près le mérite de Lélio , et le goût du mariage me reviendra peut -être-, car je Tai toutà-fait perdu , et je n'ai point tort. Avant que le comte Rodrigue m'épousât , il n'y avait amour ancien ni moderne qui pût figurer auprès du sien. Les autres amans auprès de lui rampaient comme de mauvaises copies d'un excellent original -, c'était une chose admirable; c'était une passion formée de tout ce qn'oa peut imaginer en sentimens, langueurs, soupirs^, transports, délicatesses , douce impatience , et le tout ensemble; pleurs de joie au moindre regard favorable , torrent de larmes an moindre coup d'œil un peu froid ; m'adorant aujourd'hui , m^idolâtrant demain; plus qu'idolâtre ensuite, se livrant à des hommages toujours nouveaux ; enfin, si l'on avait partagé sa passion entre un million de cœurs, la part de chacun d'eux aurait été fort raisonnable. J'étais enchantée* Deux siècles, si nous les passions ensemble, n'épuiseraient pas cette tendresse - là , disais -je en moi-même ; en voilà pour plus que je n'en userai. Je ne craignais qu'une chose , c'est qu'il ne mourût de tant d'amour avant que d'arriver au jour de notre union. Quand nous fûmes mariés, j'eus peur qu'il n'expirât de joie. Hélas! madame, il ne mourut ni ftv^nt ni après, il soutint fort bien la joie. Le premier