‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 220 sur 316 · L'AMBASSADEUR, LÉLIO, FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

L'AMBASSADEUR, LÉLIO, FRÉDÉRIC

FRÉDÉRIC, « part a TamUstadear.

Vous sentirez, j'en suis sûr, jusqu'où va Taudace de ses espérances.

l'ambassadeur, khélio.

Vous savez , monsieur, ce qui m'amène ici , et votre habileté me répond du succès de ma commission. Il s'agit d'un mariage entre votre princesse et le roi de Castille, mon maître. Tout invite à le conclure-, jamais union ne fut peut-être plus nécessaire. Vous n'ignorez pas les justes droits que les rois de Castille prétendent avoir sur une partie de cet état, par les alliances....

LÉLIO

• Laissons là ces droits historiques , monsieur -^ je sais ce que c'est; et quand on voudra, la princesse en produira de même valeur sur les états du roi votre maître. Nous n'avons qu'à relire aussi les alliances passées ; vous verrez qu'il y aura quelqu'une de vos provinces qui nous appartiendra.

Effectivement vos droits ne sont pas fondés, et

il n'est pas besoin d'en appuyer le mariage dont il

s'agit.

l'ambassadeur.

Laissons -les donc pour le présent, j'y consens;

mais la trop grande proximité des deux états entretient depuis vingt ans des guerres qui ne finissent qae pour peu de temps , et qui recommenceront bientôt entre deux nations voisines, et dont les intérêts se croiseront toujours. Vos peuples sont fatigués ; mille occasions vous ont prouvé que vos ressources sont inégales aux nôtres. La paix que nous venons de faire avec vous , vous la devez à des circonstances qui ne se rencontreront pas toujours. Si la Gastille n'avait été occupée ailleurs, les choses auraient bien changé de face.

LÉLIO

Point du tout ^ il en aurait été de cette guerre comme de toutes les autres. Depuis tant de siècles que cet état se défend contre le vôtre , où sont vos progrès? Je n'en vois point* qui puissent justifier celte grande inégalité de forces dont vous parlez.

l'ambassadeur.

Vous ne vous êtes soutenus que par des secoui*s étrangers.

LÉLIO

Ces mêmes secours, dans bien des occasions, vous ont aussi rendu de grands services -, et voilà comment subsistent les états : la politique de Tun arrête l'ambition de l'autre.

Retranchons - nous sur des choses plus effectives, sur la tranquillité durable que ce mariage assurerait aux deux peuples qui ne seraient plus qu'un, et qui n'auraient plus qu'un même maître.

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