ACTE II, SCÈNE VIII
LÉLIO
Fort bien \ mais nos peuples n'ont-ils pas leurs lois particulières? Êtes -vous sûr, monsieur, qu'ils voudront bien passer sous une domination étrangère , et peut-être se soumettre aux coutumes d'une nation qui leur est antipathique ?
l'a^mbassadeur.
Désobéiront- ils à leur souveraine ?
LÉLIO
Us lui désobéiront par amour pour elle.
FRÉDÉRIC
En ce cas-là, il ne sera pas difficile de les réduire.
LÉLIO
Y pensez- vous, monsieur ? S'il faut les opprimer pour les rendre tranquilles comme vous l'entendez , ce n'est pas de leur souveraine que doit leur venir un pareil repos ^ il n'appartient qu'à la fureur d'un ennemi de leur faire un présent si funeste.
FRÉDÉRIC, à part à rambasMdeur.
Vous voyez des preuves de ce que je vous ai dit.
l'ambassadeur, k L^io.
Votre avis est donc de rejeter le mariage que je propose ?
LÉLIO
Je ne le rejette point -, mais il mérite réflexion. 11 faut examiner mûrement les choses ^ après quoi , je conseillerai à la princesse ce que je jugerai de mieux
378 LE PRIHGE TRAVESTI,
pour sa gloire et pour le bien de ses peuples ; le seigneur Frédéric dira ses raisons , et moi les miennes.
FRÉDÉBIG.
On décidera sur les vôtres.
l'ambassadeur , i Lélio.
Me permettrez-vous de vous parler à cœur ouvert ?
LÉLIO
Vous êtes le maître.
l'ambassadeur.
Vous êtes ici dans une belle situation , et vous craignez d'en sortir, si la princesse se marie; mais le roi mon maître est assez grand seigneur pour vous dédommager, et j'en réponds pour lui.
LéLIO.
Ah ! de grâce , ne citez point ici le roi votre maître ; soupçonnez -moi tant que vous voudrez de manquer de droiture , mais ne Tassociez point à vos soupçons. Quand nous faisons parler les princes , monsieur , que ce soit toujours d'une manière noble et digne d'eux; c'est un respect que nous leur devons, et vous me faites rougir pour le roi de Gastille.
l'ambassadeur.
Arrêtons- nous là. Une discussion là -dessus nous mènerait trop loin ; il ne me reste qu'un mot à vous dire; et ce n'est plus le roi de Castille, c'est moi qui vous parle à présent. On m'a averti que je vous trouverais contraire au mariage dont il s'agit, tout