‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 222 sur 316 · ACTE II, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VIII

convenable, tout nécessaire qu'il est, si jamais la princesse veut épouser un prince. On a prévu les difficultés que vous faites, et Ton prétend que vous avez vos raisons pour les faire ^ raisons si hardies que je n'ai pu les croire , et qui sont fondées, dit -on, sur la confiance dont la princesse vous honore.

LÉLIO

Vous m'allez encore parler à cœur ouvert , monsieur -, et si vous m'en croyez , vous n'en ferez rien. La franchise ne vous réussit pas \ le roi votre maître s'en est mal trouvé tout à l'heure , et vous m'inquiétez pour la princesse.

l'ambassadeur.

Ne craignez rien. Loin de manquer moi-même à ce que je lui dois, je ne veux qu'apprendre ce qui lui est dû à ceux qui l'oublient.

LÉlilO.

Voyons ^ j'en sais tant là-dessus , que je suis en état de corriger vos leçons mêmes. Que dit -on de moi?

l'ambassadeur.

Des choses hors de toute vraisemblance.

FRÉDÉRIC

Ne les expliquez point ; je crois savoir ce que c'est ; on me les a dites aussi , et j'en ai ri comme d'une chimère.

LÉLIO, regaidaat Frrfdtfric.

N'importe ; je serai bien aise de voir jusqu'où va la lâche inimitié de ceux dont je blesse ici les yeux ,

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que vous connaissez comme moi , et à qui j'aurais fait bien du mal si j'avais voulu , mais qui ne valent pas la peine qu'un honnête homme se venge. Revenons.

l'ambassadeur.

Non , le seigneur Frédëric a raison; n'expliquons rien ; ce sont des illusions. Un homme d'esprit comme vous, dont la fortune est dëjà si prodigieuse, et qui la mérite, ne saurait avoir des sentimens aussi périlleux que ceux qu'on vous attribue. La princesse n'est sans doute l'objet que de vos respects ; mais le bruit qui court sur votre compte vous expose , et , pour le détruire , je vous conseillerais de porter la princesse à un mariage avantageux à l'état.

LÉLIO

Je vous suis très-obligé de vos conseils , monsieur; mtts j'ai regret à la peine que vous prenez de m'en donner. Jusqu'ici les ambassadeurs n'ont jamais été les précepteurs des ministres chez qui ils vont, et je n'ose renverser l'ordre. Quand je verrai votre nouvelle méthode bien établie, je vous promets de la

suivre.

l'ambassadeur.

Je n'ai pas tout dit. Le roi de Castille a pris de Tinclination pour la princesse sur un portrait qu'il en a vu ; c'est en amant que ce jeune prince souhaite un mariage que la raison , l'égalité d'âge et la politique, doivent presser de part et d'autre. S'il ne s'achève pas, si vous en détournez la princesse par des motifs qu'elle ne sait pas, faites du moins qu'à son tour ce

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