ACTE II, SCÈNE XT
Monsieur Lëlio y est mélë ; mais je n*ai pa$ eu encore le temps de savoir ce que c'est.
LA PRINCESSE
Sachons -le-, de quoi s'agit -il?
ARLEQUIN
C'est que, voyez-vous, madame, il n'y a, mardi! point de chanson à cela , je suis bon serviteur de votre principauté.
HORTENSE
Eh quoi! madame, pouvez -vous prêter l'oreille aux discours de pareilles gens ?
LA PRINCESSE
On s'amuse de tout, (a ArUquin.) Continue.
ARLEQUIN
Je n'entends ni à dia ni à huriau, quand on ne vous rend pas la révérence qui vous appartient. v
A merveille. Mais viens au fait sans compliment.
ARLEQUIN
Oh ! dame, quand on vous parie, à vous autres, ce n'est pas le tout que d'ôter son chapeau ; il faut bien mettre en avant quelque petite faribole au bout. A cette heure voici mon histoire. Vous saurez donc , av€c votre permission, que tantôt j'écoutais monsieur Lélio , qui faisait la conversation des fous ; car il parlait tout seul. Il était devant moi, et moi derrière. Or, ne vous déplaise, il ne savait pas que j'étais là ;
il se virait, je me virais; c'était une farce. Tout d'un coup il ne s'est plus viré , et puis s'est mis à dire comme cela : Ouf ! je suis diablement embarrassé. Moi , j'ai deviné qu'il avait de l'embarras. Quand il a eu dit cela, il n'a rien dit davantage ^ il s'est promené ^ ensuite il lui a pris un grand frisson.
HORTENSE
En vérité , madame , vous m'étonnez.
LA PRirîCESSE.
Que veux -tu dire, un frisson ?
ARLEQUIN
Oui , il a dit : Je tremble ^ et ce n'était pas pour des prunes , le gaillard ! car, a-t-il repris, j'ai lorgné ma gentille maîtresse pendant cette belle fête ^ et si cette princesse, qui est plus fine qu'un merle, a vu trotter ma prunelle , mon affaire va mal , j'en dis du mirli^ rot I. Là-dessus autre promenade ; ensuite autre conversation. Par la ventrebleu ! a- 1- il dit, j'ai du guignon ; je suis amoureux de cette gracieuse personne, efc si la princesse vient à le savoir, et y allons donc, nous verrons beau train , je serai un joli mignon ; elle sera capable de me friponner m'amie... Jour de Dieu ! ai -je dit en moi - même , friponner , c'est le fait des
' J'en dis du miriiroU Le niirlirot est une plante commune el de nolle Ttleurj en dire du nUrliroi, signifiii pnvrerbulemeat : ne faire aucun cas d'une chose, s'en moquer. Cette façon de parler, tonte populaire, est tombée en désuétude. Boursault Fa eroplojée dans sa comédie ^ Esope a la cour.