ACTE I, SCÈNE V
LE CHEVALIER
Bon.
TRITELIN.
Et je conclus encore, toujours aussi judicieusement, que, comme deux amis doivent s'obliger en tout ce qu'ils peuvent , tu m'avances deux mois de récompense sur l'exacte discrétion que je promets d'avoir. Je ne parle point du service domestique que je te rendrai ; sur cet article, c esta l'amour à me payer mes gages.
LE CHEVALIER, lui donnanl de Targent.
Tiens, voilà déjà six louis d'or d'avance pour ta discrétion, et en voilà déjà trois pour tes services.
T R I V E L I N , d'nn air indiffèrent.
J'ai assez de cœur pour refuser ces trois derniers louis -là; mais donne ^ la main qui me les présente étourdit ma générosité.
LE CHEVALIER
Voici monsieur Lélio ; retire-toi , et va-t'en m'atteudre à la porte de ce château où nous' logeons.
TRIVELIK.
Souviens-toi , ma friponne , à ton tour , que je suis ton valet sur la scène , et ton amant dans les coulisses. Tu me donneras des ordres en public , et des senti-
menS dans le téte-à-téte. ( II se retire on arrière, quand Ltflio entre 'avec Arlequin. I.cs valets, se rencnatranl, te aaluent.
LE CHEVALIER, à |«rL
Fi! voilà un vilaia début.
LKLIO.
Par exemple , un amant qui dupe sa maîtresse pour se débarrasser d'elle, en est-il moins honnête homnoe à ton gré?
LE CHEVALIER
Quoi ! il ne s'agit que de tromper une femme ?
LÉLIO
Non, vraiment.
LE CHEVALIER
De lui faire une perfidie?
LéLIO.
Rien que cela.
LE CHEVALIER
Je croyais pour le moins que tu voulais mettre le feu à une ville. Eh ! comment donc ! trahir une femme, c'est avoir une action glorieuse par - devers soi!
LÉLIO, gaimenl.
Oh! parbleu, puisque tu le prends sur ce ton -la, je te dirai que je n'ai rien à me reprocher; et, sans vanité , tu vois un homme couvert de gloire.
Toi, mon ami? Ah ! je te prie, donne-moi le plaisir de te regarder à mon aise^ laisse-moi contempler uu homme chargé de crimes si honorables. Ah ! petit traître, vous êtes bien heureux d'avoir de si brillantes indignités sur votre compte.