‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 261 sur 316 · ACTE I, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VII

LÉLIO, r'MDt.

Tu me charmes de penser ainsi ; viens que je t'embrasse. Ma foi , à ton tour , tu m*as tout Tair d'avoir été recueil de bien des cœurs. Fripon , combien de réputations as-tu blessées à mort dans ta vie ? Combien as-tu désespéré d'Ârianes? Dis.

LE CHEVALIER

Hélas! tu te trompes^ je ne connais point d'aventures plus communes que les miennes ^ j'ai toujours eu le malheur de ne trouver que des femmes trèssages.

LÉLIO

Tu n'as trouvé que des femmes très-sages ? Où diantre t'es- tu donc fourré? Tu as fait là des découvertes bien singulières ! Après cela , qu'est-ce que ces femmes-là gagnent à être si sages ? Il n'en est ni plus ni moins. Sommes-nous heureux , nous le disons ^ ne le sommes- nous pas, nous mentons; cela revient au même pour elles. Quant à moi, j'ai toujours dit plus de vérités que de mensonges.

LE CHEVALIER

Tu traites ces matières- là avec une légèreté qui m'enchante.

Revenons à mes afiaires. Quelque jour je te dirai de mes espiègleries qui te feront rire. Tu es un cadet de maison , et , par conséquent , tu n'es pas extrêmement riche.

45o LA FAUSSE SUIVANTE,

LE CHEVALIER

C*e^t raisonner jaste.

LÉLIO

Tu es beaa et bien fait ; devine à qael dessein je t'ai engage à noos suivre avec tons tes agrëmens; c'est pocu: te prier de vouloir bien faire ta fortune.

LE CHEVALIER

J'exauce ta prière. A présent dis -moi la fortune que je vais faire.

LIËLIO.

U s'agit de te faire aimer de la comtesse, et d'arriver à la conquête de sa main par celle de son cœur.

LE CHEVALIER

Tu badines : ne sais-je pas que tu l'aimes, la comtesse ?

LÉXIO.

Non ^ je l'aimais ceâ jours passes , mais j'ai trouvé à propos de ne plus l'aimer.

LE CHEVALIER

Quoi ! lorsque tu as pris de l'amour, et que tu n'en veux plus, il s'en retourne comme cela sans plus de façon ? Ta lui dis : Va-t'en , et il s'en va? Mais, mon ami , tu as un cœur impayable.

LÉLIO

En fait d'amoqr, j'en fais assez ce que je veux. J'aimais la comtesse , parce qu'elle est aimable \ je devais l'épouser, parce qu'elle est riche, et que je n'avais rien de mieux à faire ^ mais dernièrement, pendant

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