‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 276 sur 316 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

même : Ah ! quelle âme franche ! Que de netteté dans

ce cœur-là! 9

LÉLIO. I

Tu vas encore t'amuser à mon ëloge *, tu ne (iniras point.

TRIVBLIN.

Monsieur, la vertu vaut bien une petite parenthèse en sa faveur.

LÉLIO

Venons donc au reste à présent.

TRIVELIN

De grâce , souifrez qu'auparavant nous convenions d'un pelil article.

LÉLIO

Parle.

Je suis fier, mais je suis pauvre; qualités, cofnmc vous jugez bien, très-difficiles à accorder Tune avec l'autre, et qui pourtant ont la rage de se trouver presque toujours ensemble ; voilà ce qui me passe.

LÉLIO

Poursuis. A quoi nous mènent ta fierté et ta pauvreté?

TRIVELIN

Elles nous mènent à un combat qui se passe entre elles. La fierté se défend d'abord à merveille, mais son ennemie est bien pressante. Bientôt la fierté plie, recule , fuit, et laisse le champ de bataille à la pauvreté , qui ne rougit de rien , et qui sollicite en ce moment votre libéralité.

LÉLIO

Je t'entends i tu me demandes quelque argent pour récompense de Tavis que tu vas me donner ?

TRIVELIIf.

Vous y êtes. Les âmes généreuses ont cela de bon , qu'elles devinent ce qu'il Vous faut , et vous épargnent la honte d'expliquer vos besoins > ^ que cela est beau!

LÉLIO

Je consens à ce que tu me demandes, mais j'y mets à mon tour une condition ; c'est que le secret que tu m'apprendras vaudra la peine d'être payé', je serai de })onne foi là-dessus. Dis à présent.

Pourquoi faut-il que la rareté de l'argent ait ruiné la générosité de vos pareils? Quelle misère! mais n'importe ; Totre équité me rendra ce que votre ëco* nomie me retranche, et je commence. Vous croyez le chevalier votre intime et fidèle ami^ n'est-ce pas?

LÉLIO

Oui , sans doute.

TRIVELI».

Erreur.

Et vous épargnent la honte d'expliquer vos besoins.

Qa*on ami rentable est une douce chose! 11 cherche toi besoins au fond de votre ccBur;

Il YOos épargne la pudeur

De les lui dëcouTrir vous-même.

La FenTAiNi, Uv^viii , fable ii,

Page 1