ACTE II, SCÈME V
TRIVELIN
Ta n'y demeureras pas toujours. Mais, de grâce, instruis-moi d'une chose à ton tour. Ton maître et monsieur le chevalier s'aiment-ils beaucoup ?
ARLEQUIN
Oui.
TRIVELIN
fi ! Se tëmoiguent-ils de grands empressemens ? Se font-ils beaucoup d'amitiës ?
ARLEQUIN
Ils se disent : Comment te portes-tu? — A ton service.— Et moi aussi. — J'en suis bien aise. . . Après cela ils dinent et soupent ensemble; et puis : Bonsoir; je te souhaite une bonne nuit.... Et puis ils se couchent, et puis ils dorment , et puis le jour vient. Est-ce que tu veux qu'ils se disent des injures?
TRIVELIN
Non, mon ami; c'est que j'avais quelque petite raison de te demander cela, par rapport à quelque aventure qui m'est arrivée ici.
ARLEQUIN
Toi?
TRIVELIN
Oui, j'ai touché le cœur d'une aimable personne, et l'amitié de nos maîtres prolongera notre séjour ici.
ARLEQUIN
Et où est-ce que cette rare personne-là habite avec son cœur ?
TRIVELIN
Ici, ledis-je. Malepeste! c est une affaire qui m^esi de consëquence.
ARLEQUIN
Quel plaisir! Elle est jeune?
TRIYELIN.
Je lai crois dix-ueuf à vingt ans.
ARLEQUIN
Ah I le tendron ! Elle est jolie ?
Jolie ! quelle maigre épithèle ! Vous lui manqaez de respect; sachez qu^elle est charmante, adorable , digne de moi.
ARLEQUIN
Ah ! m'amour ! friandise de mon âme !
TRIYELIN.
Et c*est de sa main mignonne que je tiens ces louis d*or dont tu parles, et que le don qu^elle m'en a fait me rend si précieux.
ARLEQUIN
Je n en puis plus,
TRIYELIN, èparl.
11 me divertit ; je veux le pousser jusqu'à Tëvanoaissement. (Hiat.) Ce u est pas le tout , mon ami. Ses discours ont charme mon cœur; de la manière dont elle m^a peint, j'avais honte de me trouver si aimable. M'aimerez-vous ? me disail-elle ; puis-je compter sur votre cœur?