‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 305 sur 316 · LE CHEVALIER, LÉLIO, ARLEQUIN · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER, LÉLIO, ARLEQUIN

ARLEQUIN

Je vous demande pardon si je vous suis importun, monsieur le chevalier 5 mais ce larron de Trivelin ne veut pas me rendre l'argent que vous lui avez donné pour moi. J'ai pourtant été bien discret. Vous m'avez prescrit de ne pas dire que vous étiez fille ; demandez à monsieur Lélio si je lui en ai dit un mot. 11 n'en sait rien, et je ne lui apprendrai jamais.

LE CHEVALIER

Peste soit du faquin ! je n'y saurais plus tenir.

ARLEQUIN, tristement.

Comment , faquin ! G est donc comme cela que vous m'aimez? (al^uo.) Tenez, monsieur, écoutez mes raisons ; je suis venu tantôt , au moment où Trivelin lui disait : Que tu es charmante, ma poule! Baise-moi* *— Non. ^* Donne -moi donc de l'argent.... Ensuite

Ti^

dont les agrëmensserontde quelque durée, si je IrooTe un mari qui me sauve le désert et le terme des quinze jours ; voilà ce que je suis, et , par-dessus le marché, presque aussi méchante que vous.

LÉLIO

Oh ! pour celui-là, je vous le cède.

LE CHEVALIER

Vous avez tort; vous méconnaissez vos forces.

LÉLIO

Qu'étes-vous venue faire ici ?

LE CHEVALIER

Tirer votre portrait, afin de le porter à certaine dame qui Tattend pour savoir ce qu'elle fera de IV riginal.

LÉLIO

Belle mission!

LE CHEVALIER

Pas trop laide. Par cette mission-là, c'est une tendre brebis qui échappe au loup, et douze mille livres de rente de sauvées, qui prendront parti ailleurs; petites bagatelles qui valaient bien la peine d'un déguisement.

LÉLIO

Qu'est-ce que c'est que tout cela signifie?

LE CHEVALIER

Je m'explique : la brebis, c'est ma maîtresse; les douze mille livres de rente, c'est son bien, qui produit ce calcul si raisonnable de tantôt ^ et le loup qui eût dévoré tout cela , c'est vous , monsieur.

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