‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 40 sur 316 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

LÉLIO

Sans Taigailloa de l'amour et du plaisir , notre cœur , à nous autres , est un vrai paralytique ; nous restons là comme des eaux dormantes, qui attendent qu'on les remue pour se remuer. Le cœur d*une femme se donne sa secousse à lui-même ; il part sur un mot qu'on dit, sur un mot qu'on ne dit pas, sur une contenance. Elle a beau vous avoir dit qu'elle aime^ le rëpëte-t-elle ? vous l'apprenez toujours, vous ne le saviez pas encore ; ici par une impatience, par une froideur , par une imprudence , par une distraction, en baissant les yeux, en les relevant, en sortant de sa place , en y restant ; enfin c'est de la jalousie, du calme , de l'inquiétude , de la joie , du babil , et du silence de toutes couleurs >. Et le moyen de ne pas s'enivrer du plaisir que cela donne ! Le moyen de se voir adorer sans que la tête vous tourne ! Pour moi , j'étais tout aussi sot que les autres amans ^ je me croyais un petit prodige, mon mérite m'étonnait; ah ! qu'il est mortifiant d'en rabattre ! C'est aujourd'hui ma biâtisé qui m'étonne ; l'homme prodigieux a disparu, et je n'ai trouvé qu'une dppe à sa place.

■ De touieê eouloun. Ces mots se rapportent coUectivement â toas les substantiel qui précèdent. Si Ton demandait quelle peut être la couleur du silence, La Bruyère ( du Mérite personnel ) répondrait : « Un sot n'entre , i^ ne sort, ni ne s'assied , ni ne se lève « ni ne se tait comme un homme d'esprit. » La différence qu'établit LtSL Bruyère entre le silence de l'homme d'esprit et le silence du sot, MarÎTaux la remarque ayec raison entre le silence d'un homme et celui d'una femme.

ARLEQUIIf.

Eh bieo! monsieur , qaeussi, queami; voilà mon histoire ; j'éuis tout aussi sot que vous. Vous faites pourtant un portrait qui fait venir Tenvie de lV)riginal.

LÉLIO

Butor que ta es ! Ne t'ai-je pas dit que la femme iîtait aimable , qu'elle avait le cœur tendre , et beau» €0up d'esprit ? .

Oui. Est-ce que tout cela n'est pas bien joli ?

LÉLIO

Non ; tout cela est affreux.

ARLEQUIN

Bon ! bon ! c'est que vous voulez m'attraper peutêtre. . , .

lAlio.

Non , ce sont là les instrumens dé notre .supplice. Dis-'moi, mon paiivre garçon, si tu trouvais sur ton chemin de l'argent d'abord, un peu plus loin de l'or, un peu plus loin des perles, et que cela te conduisit à la caverne d'un monstre, d'un tigre, si tu veux , estce que tu ne haïrais pas cet argent , cet or et ces perles?

ARLEQUIN

Je ne sois pas si dégoûte , je trouverais cela fort bon ; il n'y aurait que le vilain tigre dont je ne voudrais pas ; mais je prendrais vitement quelques mil-

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