ACTE I, SCÈNK II
liers d'écus dans mes poches , je iadsserais là le reste , et je décamperais bravement après.
LÉLIO
Oui ] mais tu ne saurais point qu'il y a un tigre au bout, et tu n'auras pas plus tôt ramassé un ëcu que tu ne pourras t'empécher de vouloir le reste.
ARLEQUIN
Fi ! par la morbleu ! c'est bien dommage ^ voilsi un sot irésor, de se trouver sur ce chemin -là. Pardi! qu'il aille au diable , et l'animal avec.
Mon enfant , cet argent que tu trouves d'abord sur ton chemin , c'est la beauté , ce sont les agrémens d'une femme qui t'arrêtent ; cet or que tu rencontres encore , ce sont les espérances qu'elle te donne -, enfin ces perles, c'est son cœur qu'elle t'abandonne avec tous ses transports.
ARLEQUIN
Aïe ! aïe ! gare l'animal !
LÉLIO
Le tigre enfin parait après les perles , et ce tigre , c'est un caractère perfide retranché dans l'âme de ta maîtresse; il se montre, il t'arrache son cœur, il déchire le tien ; adieu tes plaisirs ; il te laisse aussi misé<rable que tu croyais être heureux.
ARLEQUIN
Ah ! c'est justement là la béte (|uc Margot a lâchée
7s LA SURPRISE DE L'AMOOR,
sar moi , pour avoir aimé son argent , son or et se:» perles.
LÉLIO
Les aimeras-tu encore?
▲ ELEQUIN.
Hëlas ! monsieur » je ne songeais pas à ce diable qui m'attendait au bout. Quand on n'a pas ëtudië, on ne voit pas plus loin que son nez.
Quand tu seras tente de revoir des femmes , souviens-toi toujours du tigre , et regarde tes émotions de cœur comme une envie fatale d'aller sur sa route et de te perdre.
ARLEQUIIV.
Oh ! voilà qui est fait ; je renonce à toutes les femmes et à tous les trésors du monde, et je m'en vais boire un petit coup pour me fortifier dans cette bonne pensée.