ACTE II, SCÈNE V. m
ARLEQUIN
Que ferai -je donc , moi ?
LÉLIO
Tu me suivras.
ARLEQUIN
Mais je n'ai rien à prouver à Colombine.
LÉLIO
Bon , ta Colombine ! il s'agit bien de Colombine ! Yeux -tu encore aimer ? Dis? Ne te souvient -il plus de ce que c'est qu'une femme ?
ARLEQUIN
Je n'ai non plus de mémoire qu^un lièvre , quand je vois cette fille -là.
LELIO, vw9e distraction.
Il faut avouer que les bizarreries de l'esprit d'une femme sont des piëges bien finement dresses contre nous.
ARLEQUIN
Dites-moi , monsieur , j'ai fait un gros serment de n'être plus amoureux ; mais si Colombine m'ensorcelle , je n'ai pas mis cet article dans mon marche : mon serment ne vaudra rien , n'est - ce pas ?
Nous verrons. Ce qui m'arrive avec la comtesse ne
,peut.
être. Je sens bien qu'il ne m'en faudrait pas davan-
tage ; je serais piqué ; j*aimerais ; cela irait tout de suite.
ARLEQUIN
J'ai toujours entendu dire : Il a du cœur comme un Cësar \ mais si ce Cësar était & ma place , il serait bien sot.
LÉLIO
Le hasard me fait connaître une femme qui hait Tamour ; nous lions cependant commerce d*amitié , qui doit durer pendant notre séjour ici ; je la conduis chez elle \ nous nous quittons en bonne intelligence. Nous avons à nous revoir; je viens la trouver indifféremment i je ne songe non plus à Tamour qu'à m'aller noyer; j'ai vu sans danger les charmes de sa personne; voilà qui est fini, ce semble. Point du tout, cela n'est pas fini; j'ai maintenant affaire à des caprices, à des fantaisies , équipage d'esprit < que toute femme apporte en naissant. Madame la comtesse se met à rêver , et l'idée qu'elle imagine , en se jouant , serait la ruine de mon repos , si j'étais capable d'y être sensible.
ARLEQUIN
Mon cher maître , je crois qu'il faudra que je saule le bâton ^.
■ Équipage d'esprit. Que vent dire équipage if esprit ^prohàïÀe' ment, inttioct, dispositions, goût, penchant; pourquoi ne pat le dire tout simplement?
* Il faudra que je satUe le bdton. CVst-à-dire, il landra que , maigre moi, je reyienne à Tamour; par allusion aux singes et aux chiens que l'on produit en public, et que leur maître oblige â coups de fouet de sauter par-dessus un bâton.