‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 74 sur 316 · ACTE II, SCÈNE VII. laS · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII. laS

piniâtretë \ ne in*en donnez plus *, voilà qui est fini. Je ne songe à rien , je vous assure.

LA COMTESSE

Qu'appelez-vous , monsieur , vous ne songez à rien mais du ton dont vous le dites , il semble que vous vous imaginez m'annoncer une mauvaise nouvelle. £h bien ! monsieur , vous ne m'aimerez jamais ; cela est-il si triste ? Oh ! je le vois bien \ je vous ai écrit qu'il ne fallait plus nous voir -, et je veux mourir si vous n'avez pris cela pour quelque agitation de cœur. Assurément vous me soupçonnez de penchant pour vous. Vous m'assurez que vous n'eu aurez jamais pour moi) vous croyezme mortifier; vouslecroyez, monsieur Lélio, vous le croyez, vpus dis-je ; ne vous en défendez point. J'espérais que vous me divertiriez en m'aimant ; vous avez pris un autre tour ; je ne perds point au change, et je vous trouve très -divertissant comme vous êtes.

L É L I O , d^an air riant «t piqatf.

Ma foi! madame, nous ne nous ennuierons donc point ensemble. Si je vous réjouis , vous n'êtes point ingrate. Vous espériez que je vous divertirais , mais vous ne m'aviez pas dit que je serais diverti. Quoi qu'il en soit, brisons là -dessus; la comédie ne me plaît pas long-temps , et je ne veux être ni acteur ni spectateur.

LA COMTESSE, d*aa ton badin.

Écoutez , monsieur ; vous m'avouerez qu'un homme à votre place , qui se croit aimé , surtout quand il n'aime pas, se met en prise.

Je ne pense point que vous m'aimiez, madame ; vous me traitez mal , mais vous 7 trouvez du goût. N'usez point de prétexte ; je vous ai déplu d*abord , moi spécialement; je Tai remarqué ; et si je vous aimais, de tous les hommes qui pourraient vous aimer, je serais peut-être le plus humilié , le plus raillé et le plus à plaindre.

LA COMTESSE

D'où vous vient cette idée-là ? Vous vous trompez -, je serais fâchée que vous m'aimassiez , parce que j*ai rescinde ne point aimer; mais quelque chose que j'aie dit , je croirais du moins devoir vous estimer.

LÉLIO

J'ai bien de la peine à le croire.

LA COMTESSE

Vous êtes injuste ; je ne suis pas sans discernement. Mais à quoi bon faire cette suppositioh , que , si vous m'aimiez , je vous traiterais plus mal qu'un autre? La supposition est inutile*, puisque vous n'avez poist envie de faire l'essai de mes manières , que vous importe ce qui en arriverait ? Cela vous doit être indifférent. Vous ne m'aimez pas ; car enfin , si je le pensais....

LÉLIO

Eh! je vous prie, point de menaces, madame ^ vous m'avez tantôt offert votre amitié ; je ne vous demande que cela , je n'ai besoin que de cela ; ainsi vous n'avez rien à craindre.

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