‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 75 sur 316 · ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII

lA COMTESSE, d*uD tir froid.

Puisque vous n'avez besoin que de cela , monsieur , j'en suis ravie \ je vous Faccorde , j'en serai moins génëe avec vous.

LÉLIO

Moins génëe ? Ma foi ! madame , il ne faut pas que vous le soyez du tout. Tout bien pesé , je crois que nous ferons mieux de suivre les termes de votre billet.

LA COMTESSE

Oh ! de tout mon cœur-, allons, monsieur, ne nous

voyons plus. Je fais présent de cent pistoles au neveu

de mon fermier ; vous me ferez savoir ce que vous

voulez donner à la fille , et je verrai si je souscrirai à ce

mariage , puisque cette rupture va lever l'obstacle que

vous y avez mis. Soyons-nous inconnus l'un à l'autre j

j'oublie que je vous ai vu; je ne vous reconnaîtrai

pas demain.

LÉLIO

Et moi, madame, je vous reconnaîtrai toute ma vie ; je ne vous oublierai point ; vos façons avec moi vous ont gravée pour jamais dans ma mémoire.

LA COMTESSE

Vous m'y donnerez la place qu'il vous plaira, je n*ai rien à me reprocher; mes façons ont été celles d'une femme raisonnable.

LÉLIO

Morbleu ! madame , vous êtes une dame raisonnable à la bonne heure. Mais accordez donc cette lettre

ia8 LA SURPRISE DE L*AMOUR,

avec vos offres d'amitië ; cela est inconcevable : aujourd'hui votre ami , demain rien ! Pour moi , madame , je ne vous ressemble pas , et j*ai le cœur aussi jaloux' en amitié qu'en amour; ainsi nous ne nous convenons point.

LA COMTESSE

Adieu , monsieur \ vous parlez d'un air bien dégagé et presque offensant. Si j'étais vaine cependant, et si j'en crois Colombine, je vaux quelque chose, à vos yeux même.

LÉLIO

Un moment ; vous êtes de toutes les dames que j'ai vues celle qui vaut le mieux; je sens même que j'ai du plaisir à vous rendre cette justice-là. Colombine vous en a dit davantage \ c'est une visionnaire, nonseulement sur mon chapitre , mais encore sur le vôtre, madame; je vous en avertis. Ainsi ne croyez jamais au rapport de vos domestiques.

LA COMTESSE

Comment! Que dites- vous, monsieur? Colombine vous aurait fait entendre ••.. Âh! l'impertinente! je la vois qui passe. Colombine, venez ici >.

' Colombine, venez ici. Cette scène est beaucoup trop longue; Lëlîo et la comtesse tournent perpëtneUement dans le même oerde d'idées. D'aiUeurs Pénigme est trop claire pour qu'une curiœité bien vive s'ërertue à en chercher le mot. Pour être agréable â la représentation , elle aurait besoin d'être abrégée de moitié.

Page 1