NEUVIÈME FEUILLE
Tu parle dans ma dernière Fenille de trcns leniei qu'une jeune desKriselle, qni m'est inconnue, m'envoya il y a quelques jonrs. Elle souhaite que je les rende publiques , et , de mon cAté , je la remercie dn plaisir qu'elle me fait, en s' adressant à mot pour ce petit service.- J'exhorte les personnes que deux de ces lettres regardent i les lire avec attention , quand je les donnerai ^ je ne lenr demande que cela , persuadé qu'elles produiront l'effet que celte infortunée en attend.
Je Tais commencer par celle qu'elle m^vcrit-, elle y fait un dtitail de l'aTenture qui l'a conduite au malheur dont elle gémit aujourd'hui. Cette aventure emploiera peut-être toute cette Feuille-ci; mais je ne puis faire autrement , et dans quinze jours on aura le reste.
tai commeneé. On na parlait alon que de* Lellm Per$aiieij c'ert ce qui eipliqu* une digresnon ai bruique et li imprémei u'eit eo <|ui(lut b justiGer, quand même on d'j eût pai trouT^ aur une erreur d'un adoiirable ëcrÎTain un juf(ement pleia de ineinre , (|ui ilepuit a Aé rtlifiâ par Uni* le* geni aa^r».
MONSIEUK,
a La lecture de quelques - unes de vos feuilles me ce persuade que vous avez le cœur bon, et qu'une « personne aussi malheureuse que je le suis n'aura <( point de peine à vous intéresser pour elle. Le se- « cours dont j'ai besoin de volr« part, est que vous a produisiez la lettre que je vous écris et les deux (( autres que vous voyez ici \ votre compassion ensuite (( joindra à cela les réflexions qu elle jugera les plus Cl capables d'inspirer quelques sentimens d'honneur tt à un homme qui m'a jetée dans l'opprobre, et queU « que retour de tendresse à un père dont je faisais f( il y a quelques mois les délices, dont je fais au<*> « jourd'hui la honte et le désespoir. Quelle chute afa freuse ! il y a moins de distance de la mort à la vie, K que de l'état où je suis à la situation où j'étais.
<c Qu'est devenu ce temps où j'étais vertueuse ^ où (c j'étais estimée autant que chérie? Que d'avantages « j'ai perdus, et quelles horreurs ont pris leur place! tt En quelque endroit que tu sois, séducteur de mon u innocence, homme perfide que j'ai cru l'honneur tt même, tu le sais, et ta conscience te le reprochera tt toujours^ quelque grand qu'ait été mon amour tt pour toi , ce n'est point par lui que tu m'as vaintt eue; ce n'est point d'une fille follement amoureuse tt que tu te joues aujourd'hui. Fusses -tu le plus lâtt che de tous les hommes, tu te souviendras que tu tt dois tout à l'estime infinie que j'avais pour toi. Non , tt perfide, ce n'était point de la satisfaction de mon
« amour que j'ëtais jalouse , c était du plaisir de te « donner des marques de ma confiance; et tu Tas « trahie cette confiance que tu m'as demandée, mille « fois plus respectable et plus obligeante pour toi tt que ma tendresse même ! Tu m^ofiris ta foi , je la « reçus-, j^aurais cru t'outrager en la refusant. IMs- « moi , as-tu pu te résoudre à ne pas mériter un proie cédé si noble et si franc? Peux-tu durer, peux-tu a vivre avec Tidée que je suis détrompée sur ton « caractère ? Peux-tu , sans être pénétré de confusion , « te représenter Tétonnement mortel où je suis ? Songe « à ces sentimens dont je t*honorais, dont ma verta tt se faisait même une obligation de t'honorer *, et ces « sentimens si glorieux pour toi, compare -les dans ce le fond de ton âme à ceux auxquels tu laisses au- (( jourd'hui la mienne en proie. Ces parens, ces amis c( qui me méprisent à présent, s'ils avaient lu dans mon « cœur, si les motifs de ma conduite avec toi leur « étaient connus comme ils te le sont , trouveraient-ils « que mon erreur eût d'autre source qu'une crédulité c( généreuse? Parle, que verraient-ils, qu'une infora tunée vraiment estimable , dans une fille dont ta tt lâcheté leur fait une indigne? Hélas! je n'ai d'autt tre tort que de n'avoir pas rencontré un honnête tt homme.
tt Pardon, monsieur; mon affliction me distrait de tt ce que je dois vous dire. Apprenez mon aventure, tt Celui qui me l'a rendue si funeste la lira peut-être , tt peut-être il en sera touché. Que vous dirai -je? je « voudrais qu'il se repentit, et je le voudrais pour
« Jui comme pour moi - même. Puis- je , après Tavoir « tant aime, ne pas m' affliger de le voir sans bon- « heur? Non, je l'avoue, je ne saurais m'empécher, a dans ma douleur , de confondre sa honte avec la « mienne. Tel qu'il est, il a part à mes pleurs ; que *^« sais-je? il y a quelquefois plus de part que moi* it' même.
« Ma mère, qui est morte depuis huit mois , à qui « le Ciel a voulu sans doute épargner la désolation où « je l'aurais mise , si elle avait été témoin de mon état *, « ma mère que ma reconnaissance pour l'éducation « vertueuse qu'elle m'a donnée, cette mère si tendre « que mon amour , que mon respect pour sa mémoire , « vengent dans le fond de mon cœur d'un affront « qu'elle ne ressent pas ; ma mère , dont le nom seul « me confond, m'avait menée à la campagne chez une « dame de nos amies, qui allait, disait -on, marier « sa fille au fils d'un de ses voisins.
« Je ne connaissais encore ni la demoiselle ni le « jeune homme en question *, je trouvai l'une digne « de l'attachement du plus galant homme, Bt l'an- •i tre.«. hélas ! je le crus bien différent de ce qu'il se « montre aujourd'hui. Jamais physionomie ne garanti tit tant de candeur , n'offrit tant de grâces mêlées « avec tant d'apparence de probité.
« Un jour, à l'écart , je félicitais sa maîtresse, qui « était déjà devenue mon amie ^ du bonheur que la « fortune semblait lui réserver. Mais quelle fut ma « surprise, quand cette fille, que je croyais devoir « être si contente, me dit : J'estime monsieur ***5 il
'^ - Lfe SfeeCTATSUR
. ir-anjn^, en dut dapinadre tons deux noM pHti « laui pêne; InMoniiuM parans duu ndéciijtf^ « ont de nous noir; tItoos comme de coatome «a« « semUej je me cbacge do soin de rompra lear projet, ■ quand il en sen temps, y^
« Ce jeune homme , ooiiliniia U demmaelle, n'tf- « coûta paisiblement, et me quittant eDSinte:PiDil]iie « votre cœur ne doit étra à personne , me dît-U , je fe- « rai bien deromprennecoDTeiutioaqiiej'ai,iDenA M semble, écouta avec une attention, dont je me d^ « fie; j'en a^rai avec vous à mon ordinaire; iaÎTBi « vo8desseins,etne m'en parlez plus,jeviMi8«Éprie>
0 Je ne vous ferai point, monsieur, le détail de « tous les discours que nous tînmes, mon amie et moi. « Sa mère l'appela quelques momeas après qu'elle eut « achève son rëcit. Elle se retira , et moi je restai t< dans une all^e du jardin oii nous nous étions proa menées; mais j'y restai tout émue, et comme une * ^rsonne à qui l'on vient d'apprendre une Douvdle « qui la remplit d'espérance et de crainte. Je m'in- « téressais à tout ce qu'on m'avait dit, sans poavoir « encore démêler pourquoi ; il me semblait que c'é- « tait de moi que nous avions parlé, que c'était sur « moi que roulait toute l'aventure. Je faisais des « réQexions que je condamnais par d'autres ; je ne « savais quel parti prendre ; je m'imaginais que je de- « vais me déterminer à quelque chose , et je voyais R que j'avais tort de me rimaginer; je reconnaissais « mon trouble, et je n'en sortais point; j'en avais a peur, et je le rappelais. Cet homme, qui n'avait
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« point d*amour pour mon amie -, Faveu sincèlne qù^il u en avait fait^ cette amie qui méditait elle-même je u ne sais quel dessein , qui souhaitait que son amant « vint à m' aimer , qui me disait quMl ëtait aimable, et « qui me le persuadait; je ne sais combien de petites « remarques qui venaient alors s'offrir en foule h mon « esprit; les regards de ce jeune homme que je me « ressouvenais d'avoir souvent surpris sur moi, ceux « que j'avais à mon tour jettes sur lui; les motifs que (( je donnais aux siens , la confusion où j'étais de ce « qu'il avait pu lire dans les miens; de simples pa- « rôles , des actions que je ne pouvais m'empêcher « d'interpréter de sa part, que j*avais cmesinnocen- « tes de la mienne ^ et qui ne me le paraissaient plus ; « je voyais dans tout cela des présages qui menaçaient « mon cœur d'un accident, et pourtant j'y sentais « un charme qui m'attachait et que je ne pouvais « m'expliquer; j'y voyais une fatalité, ou plutôt je « voulais l'y voir; je m'égarais dans un chaos de « mouvemens, auxquels je m'abandonnais avec douce ceur, et pourtant avec peine.
« Telle était mon imagination, quand, retournant <( dans une autre allée, je rencontrai tout à coup cet « objet encore confus de mes pensées, ce jeune (f homme doni j'étais si occupée. Je demeurai preste que immobile à sa vue ; je le sentis aimable, je route gis en le sentant, et cependant mon amour alors « me parut moins naître que continuer. U m'aborda « de son côté d'une façon si interdite, que je vis qu'il c( m'aimait aussi, et que même il m'aimait depuis 9. 6
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« qu'il m'avait v^-Je ne^aUi pas qo'U ne f&t dam H un trouble ëga) aa mien, qu'il ne penslt coaine « moi, qu'il n'eqt mssmooveBeni, met réflexions, « qu'enfin il ne fût pour moi c« que j'ëtaia pour ha; « et, par une biiairerie^surprebaDte, tOut cela ae « trouva vrai.
« Son embarraa me frappa, le mien l'intiBÙda, « parce qu'il le comprit } une intelligence matoelle « nous donna la def'Cle'Doa<œan} nont noaedtvea K que nous noqi aimims, xvist d'a:roir pulé, M a nous en fumes ton» denvti étonna, que noàs-nooi « hâtâmes de non* qniUer, ponrneaa remettre. »
J'interromps ici la suite de cette hutoire dont le reste ne peut se partager. Je viens de recevoir d'un de mes amis un billet par lequd je vais finir ma Feuille. C'est une gaité dont j'espère que tous mes lecteurs voudront bien rire '.
■ Comme je Qnis dans l'habitude de vous rendre compte de tout ce qui m'arrive, je vous dirai, mon cher ami, qu'il nietQRibi l'autre jour entre les mains une feuille grecque de la divine Iliade. Odieux ! dans qiiel (itat la vis- je ! Un Grec en serait mort subitement ;
' C«tt une gattA doat j'espère fue loui met UcUun vaudront bien rire. CetI* întertuplioD Mt faim nioïni eieuMble ((ue celle qu« nou* >.*oiii retnarqD^ ■ li Ha.à» h F«ailk prAMintc. On KHjflVe de loir que MartTaui, pour rira dlfamire, conme on paut rira d'un graud homme, c'nt-i-Jirt d'au» miuTaiae grlce, abao' donoe In détail* li rrai'i et ri naîf* dam leaqueli on aimiU il tairn ma jaune Elle ncontant elte-Tn^me la niimnce et 1e> propv» de
mais le ciel, qui conduit tout, n'a pas voalu i}u*il en coûtât la vie à personne , et Taventare a raté sur moi, qui, par bonheur, suis un ignorant. Imaginez -vous donc que la feuille de Thomme divin avait servi à envelopper des denrées d'épicier; elle en portait encore les marques. Je ne m'en étonnai pas ; car je la ramassai à la porte de Tépicier même, et je jugeai tout d'un coup que cette relique du Parnasse ne pouvait être tombée chez un moderne plus irréligieux. N'allez pas divulguer cette affaire -, cela ruinerait je ne sais combien de ces sortes de marchands qui fournissent quantité de dévots d'Homère. Pour moi, qui, comme vous savez, me tiens neuti*e surtout culte littéraire, je n'ai fait ni bien ni mal au lambeau grec ; j'en ai vu le caraelière , :je l'ai remis sagement où je l'avais trouvé , souhaitant que le sort ne conduisit là nul passant de l'observance d'Homère, sentiment de charité qui ne nuit pas à la neutralité , et je me suis retiré en essuyant mes doigts qu'il avait un peu salis. Mandez-moi si je me suis bien comporté^ j'attends votre réponse, et je me réserve de vous raconter une autre fois une nouvelle aventure,, qui regarde nos modernes. »