‹ OEuvres completes de MarivauxChapitre 17 sur 49 · DIX-SEPTIÈME FEUILLE · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIÈME FEUILLE

Le Journal de mon Espagnol n*est pas encore fini ; mais j'en remets la suite , et je la donnerai une autre ibis : j'aime à varier les sujets, et je crois que mes lecteurs approuveront mon goût. Comme j'ai pris riiabitude de changer de matière presqu'à chaque Feuille , quelque jour je pourrai bien demeurer long -temps sur le même sujet, par raison de variété encore; car Tuniformité est chose neuve pour ceux qui n'y sont pas accoutumés. Voici maintenant ce dont il s'agit.

Je me trouvai l'autre jour dans le cibinet d'une dame dont je suis ami depuis plus de cinquante ans. J'ai même été autrefois piqué de belle tendresse pour elle; mais cette passion n'aboutissait qu'à faire dire des choses bien tendres , qu'on traiterait aujourd'hui de langage élégiaque ou pastoral. En un mot, j'éprouvais cette sorte d'amour qui n'est qu'un soupir perpétuel, et qui vise bien respectueusement à surprendre une belle main, à la baiser avec un ravissement dont une femme rougit, tant elle est effrayée du plaisir qu'elle vous y voit prendre.

Je ne sais de quoi cette dame et moi nous nous étions avisés de traiter l'amour sur ce pied-là ; car d(*slors de pareils sentimens n'étaient plus à la mode; il n'y avait plus d'amans, ce n'étaient plus que libertins

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qui tâchaient de faire des libertines \ On disait bien encore à une femme , je vous aime; mais c'était une manière polie de lui dire, je vous désire. Aussi, pour marquer qu'elle vous entendait, une femme se montrait-elle plus ou moins sage, suivant qu'elle se disait plus ou moins sensible; de sorte que, quand elle vous aimait tout-à-fait, pour en faire foi , vous voyiez bien à quelle preuve elle en était réduite -, elle n'avait plus rien à perdre que son cœur , qu'elle accusait de tout, quoique le plus souvent il ne fût cause de rien , et qui , à vrai dire , ne valait pas la peine d'être regretté avec de pareilles maîtresses '.

Quoi qu'il en soit , ce n'était pas ainsi que nous nous aimions, la dame dont je parle et moi, et je crois que nous y gagnions. Le vice a beau faire avec ses douceurs brutales et rassasiantes; d'abord il tue l'amour, quand parfois il se rencontre avec lui, et d'ailleurs il ne lui appartient pas de piquer l'âme autant que peut la piquer un amour tendre et innocent de part et d'autre. Si l'on savait bien ce que c'est que cet amour dont je parle, quelles sont ses ressources ,

' Ct n'étaient pfus que libertins qui tâchaient défaire des libertines, MarÎTauz, dont le style est presque toujours si e'ie'gaut, aurait pu employer des expressions moins crues pour rendre la même pen* sëc, sans lui rien ôter de sa force.

* Avec de pareilles maîtresses. Dans ce passage, heureusement très-court, on est forcé de reconnaître le défaut de clarté et de précision, qui a été (fuelquefois signalé avec raison dans les écrits de Mariraux. Il s'enfonce ici dans la métaphysique de Tamour, au point de devenir jiresque inintelligible.

et le charme des progrès qa'il fait dans le fond deY-Xme ; combien il la pénètre, et Uent sa sensibilité en vigueur; en combien de façons délideuses il laremue ; si l'on savait combien en mille momens , avec cet amour, deux amans se trouvent grands, nobles et délicats; combien ils sont glorieux et contens de se trouver tels ; si l'on savait avec quelle satisfaction ils soulTrenl d'être sages ! On s'imagine qu'il n'y a point (le plaisir à cela, on se trompe^ la vertu dédommage de la peine qu'elle coûte, et on devient alors tout aussi amoureux de cette verto que de la personne qu'on aime; on les confond toutes deux, ce n'est plus qu'un. Cela ne iàit-tlpasun objet bien aimable? jV'a-l-on pas bien du plaisir k l'aimer? et, pardessus le marcW , n'ost-ce rien que l'honneur d'avoir une passion si distinguée, et d'en inspirer une pareille? L'on a de la sagesse à l'euvi l'un de l'autre , pour se rendre à l'envi l'un de l'antre plus digne d'être aimé.

Mais moi , avec ma sagesse et ma vertu , je m'amuse ici à des discours gaulois qu'on n'entendra pas , et qui me dérobent mon sujet. Qu'ai -je fait de la dame dont j'ai parlé d'abord ? Je Tai laissée, ce me semble, dans son cabinet, et moi avec elle. Elle fouillait dans un colTre , où je vis sur un cahier de papier ces mois écrits de sa main : Mémoire de ce que j'ai fait et vu pendant nia vie. Je me jetai sur ce cahier, |)OHr le prendre; elle voulut me l'ôter, et comme je résistais, il nous en demeura à chacun la moitié. Sur-le-champ je pris le parti de m'enfuir avec ma part, pendant

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qu'elle me poursuivait en badinant pour la ravoir -, mais je sortis tout en riant aussi , et j'allai chez moi voir ce que c'était; or, voici ce que c'est, sans y changer un mot.

Mémoire de ce que fai fait et vu pendant

ma vie \

« J'ai soixante - quatorze ans passes, quand j'écris ceci; il y a donc bien long -temps que je vis. Bien long-temps! Hélas! je me trompe; à proprement parler, je vis seulement dans cet instant-ci qui passe ; il en revient un autre qui n'est déjà plus, où j'ai vécu , il est vrai , mais où je ne suis plus , et c'est comme si je n'avais pas été. Ainsi je pourrais dire que ma vie ne dure pas , qu'elle commence toujours ; et sous ce point de vue , jeunes et vieux, nous serions tous du même âge. Un enfant nait en ce moment où j'écris , et dans mon sens, toute vieille que je suis, il est déjà aussi vieux que moi. Voilà ce qui m'en semble; et sur ce pied-là , qu'est-ce que la vie? un rêve pcrpé-

■ Ce Mémoire, qui fait la matière de trois Feuilles , est un petit cbef-d'œuTre d'observation fine et malicieuse, de raison et de sentiment, et de style même en plas d'un endroit. Il était impossible de raconter d'une manière plus rapide et plus Traie toute la vie d\ine femme coquette, vaine, inconséquente, mais non vicieuse, qui s^efTorce d'être belle jusqu'au dernier moment, et qui, avertie par les dédains et les railleries des bommes de l'outrage que le temps a fait à ses charmes, éclairée d'ailleurs par la mort de son époux et celle d'une amie , se décide à se jeter entre les bras de Dieu, parce qu'elle n'a plut rien à faire dans le monde.

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tuel , à rinstant près dont oo joait , et qui denent rêve k son tour. Je connus un paaTre boinnie qui a beaucoup souGTert depaii trente ins ; je rannaïa un {{rand seigneur qui a passé tout ce temps-là du» la joie; lequel aimerieE-vous mienx avoir ëté, ou le pauvre , on le grand seigneur ? Qudqne lot qw tous choisissiez , tous n'en seriei ni mienx ni pins mal. Voilà pourtant à qnoi aboutissent lé bonheur on le malheur de cette vie ; peines passées, plaisirs passés, tout se confond , tout est égal. Les rois n'ont qu'à profiter de l'instant dont ik jouissent ; ils ne sont heureux que cet instant j et encore de ce court bonheur qu'ils ont, c'est à eux à bien choisir l'espèce, tout court qu'il est , il a d'éternelles conséquences.

a Je suis vieille; ceux qui liront ceci doivent me pardonner les rtiflexions par lesquelles je commence. Réfléchir sur ces matières, est, je crois, un tribut qu'il faut payer une fois en sa vie. Il vaudrait mieux le payer quand on est jeune; cela procurerait une vie plus tranquille et plus innocente, et diminuerait beaucoup de la valeur que nous trouvons à je ne sais combien de petites doctrines hardies dont nous nous g&toos les uns les autres, mais qui nous paraîtraient bien faibles , ai nous n'avions pas un intérêt présent à les trouver fortes , ou si nous n'avions pas le sang trop chaud. Quoiqu'il en soit, voilà mon exorde; ce qui me reste à dire va m' engager d'abord dans des détails plus amusans, et me ramènera ensuite aux réflexions les plus sérieuses.

« On me mari^ à dix-huit ans. Je dis qu'on me ma-

ria, car je n'eus point de part à cela. Mon père et ma mère me promirent à mon mari, que je ne connaissais pas; moii mari me prit sans me connaître, et nous n'avons point fait d'autre connaissance ensemble que de nous trouver mariés , et d'aller notre train , sans nous demander ce que nous en pensions. En vëritë, j'aurais pu dire : Quel est donc cet étranger dont je suis la femme? Cet étranger cependant était un fort honnête honime de trente-cinq à quarante ans, avec qui j'ai vécu comme avec le meilleur ami du monde; car je n'eus jamais pour lui ce qu'on appelle amour; il ne m'en demanda jamais; nous n'y songeâmes ni l'un ni l'autre, et nous nous sommes très-tendrement aimés sans cela.

« Sept ou huit mois après notre mariage , un aimable homme de notre société s'avisa de prendre du goût pour moi. Dès que je m'en aperçus, je le condamnai à soupirer en vain; car j'étais sage. Mais nous autres femmes, lorsqu'un homme nous aime, il n'y a pas moyen que nous le congédiions sans retour. La vertu nous dit qu'il ne faut point avoir d'amant , et là-dessus nous renvoyons celui qui nous vient; mais il ne s'en retourne pas si vile; notre vanité lui fait signe d'attendre, et il attend. C'est ce que fit le mien, que je traitais avec froideur, mais que j'agaçais en même temps par mille petites bagatelles , dont il ne dépendait pas de moi de m'abstenir. J'étais femme , et on ne peut être femme sans cire coquette. Il n'y a que dans les romans qu'on en voit d'autres ; mais dans la nature c'est chimère , et les véritables sont toutes

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comme j'étais. Par exemple, lorsque je me sentais dans un jour de beauté, que j'étais avantageusement parée, j'étais bien aise que Tamant dont je parle me vînt voir; je Ten rebutais de meilleur courage, parce que je savais bien qu'il n'y avait point de danger à le faire ^ je l'aurais défié de me quitter, j'étais trop belle pour lors. Ainsi je laissais ma sagesse se donner carrière, j'aiUigeais hardiment mon homme, quand mes agrémens pouvaient soutenir tout ce fracas de sévérité-, mais j'allais plus doucement, quand je me sentais moins forte. Et qu'on n'aille pas dire que c'est là une grande coquetterie-, car c'est la moindre de toutes celles qu'une femme peut avoir; ce n'est encore làqu'une coquetterie machinale. Vraiment, quand la réflexion s'en mêle , c'est bien autre chose !

«Cependantl'épousedecethonnéte homme connut, à n'en pouvoir douter, qu'il m'aimait; elle s'en alarma comme de raison, et vint me rendre visite un jour qu'il était avec moi. Ils parurent déconcertés en se voyant. Un moment après il sortit, et j'allais continuer la conversation avec elle, quand elle me dit en souriant : Mon mari vous aime , madame , et vous méritez d'être aimée plus que personne au monde j ainsi je n'entreprendrai point de le détacher de vous, j'y perdrais mes efforts ; il vaut mieux que j'aie recours à vous-même, et que je remette mes intérêts entre vos mains. C'est donc à vous, à votre amitié pour moi , que je recommande mon mari. J'ai de l'attachement pour lui, et il le mérite, au penchant près qu'il sent et qu'il est bien dillicile de ne pas sentir

pour une femme aussi bien faite que vous Têtes. Je suis sure que ce penchant vous est à charge, et il m'afflige. Je ne lui ai rien dit encore-, j'ai cru que vous le ramèneriez mieux que moi, et qu'il serait plus touché du chagrin qu'il me donne, si vous l'y rendiez sensible. Il m'aimait autrefois^ disposez donc son cœur à plaindre du moins le mien -, l'estime et le respect qu'il a pour vous donneront du poids à ce que vous lui direz en ma faveur. Feignez que je suis aimable , et il vous croira -, vous l'en persuaderez encore mieux que ne feraient mes reproches.

« A peine eut-elle achevé de parler que je l'embrassai de tout mon cœur^ je me jetai dans ses bras; je crois même que nous pleurâmes. Et le moyen que je ne me fusse pas attendrie, que je n'eusse pas été remplie de zèle pour les intérêts d'une femme qui venait me dire que j'étais plus aimable qu'elle, et qui demandait quartier à mes charmes ! Le tour était trop adroit; aussi je n'y résistai pas; je l'embrassai encore, et puis je recommençai, je l'accablai de caresses , je la trouvai adorable , cent fois plus belle que moi; car l'amour-propre, quand il a son compte, est si tendre, si reconnaissant, si modeste! il rend tout ce qu'on lui donne.

«Je ne rapporterai point les discours ([ue nous nous tînmes; notre attendrissement rendit la scène assez muette. Je l'assurai qu'elle serait contente, et elle me quitta. Son mari rentra, moins d'un demi -quart d'heure après qu'elle fut sortie ; la joie était peinte sur son visage : Madame, me dit- il , voilà qui est fini ,

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je ne tous serai plus importun ; je viens TOns denuutder pardoD de vous Tmoirèté^je tobs admire» toos èles la vertu noéine. Nota que je «e^ serais bien passée de ces ëloges-lii ; ils me d^lareot pir pieatentiment. Tëcoutais à Is porte <le TOtie chambre, lorsque ma femme voas a parlé, poonmvit-il; je sais charmé d'elle. Quelle femme ! xpd caractère ! voyez comme elle m'aime! Elle redemande mon oœnr, elle veut le tenir de tous , elle l'aara , madame ; tous avez promis d*y faire vos cfibns, et je vous obéis. le ne TOUS' ai pas encore parié, lai lépondis-je assez vivement. Oh! vous avez raiscm, ajoQti-t-il sans m'entendre; oui, j'avaîs an grand tort, je le sens tout entier. La pauvre enfant ! qu^e tendresse ! Vous serez contente, vous m'estimerez; car je vais l'aimer plus que jamais.

n Là-dessus il partit, ou plutôt il vola, sans me donner le temps de lui répondre un mot. Pour moi , je restai immobile; je me regardai comme une dupe. Si j'avais revu sa femme dans ce moment-là, elle n'aurait pas eu si bon mardié de moi; je ne TaiTrais pas trouvée si charmante. Je ne lui avais dit qu'elle l'était, qu'à condition que je le serais toujours plus qu'elle; son mari ne tenait pas la condition, et cela ne m'accommodait point.

K Je fus long -temps étourdie de ce quu je venais d'entendre. Â la fin sortaut de ma place, où il m'avait comme fixée , et souriant de dépit : Voilà une petite femme qui va être bien glorieuse; mais je l'humilierai peut - être ; et ion mari n'est qu'un

c!tourdi. En effet, j'arrêtai dans mon esprit que je travaillerais à la rechute de ce mari '5 je lui destinai quelques regards qui n'étaient guère charitables pour la femme ^ mais d'autres incidens me firent oublier ce malin projet. Cette femme-là vit encore, et il n'y a pas plus de dix ans que je lui ai pardonné. Avant ce temps- là, sa figure m'a toujours déplu; je voyais bien qu'elle était aimable, et avec tout cela, je le voyais sans en rien croire; un peu de vanité rend cette contradiction possible.

« Après cette aventure, je plus à un jeune homme, beau , bien fait , qui , de l'air dont il m'annonça son amour, parut m'en parler comme d'une faveur qu'il me faisait; mais je trouvai la faveur impertinente, et je l'en remerciai sans en vouloir. Autant que je m'en souviens , mon remerciment fut plaisant : Vous m'aimez donc? lui dis -je; à la bonne heure! continuez, mon cher; apportez -moi souvent votre belle figure et ces beaux airs de tête , ils me divertissent déjà ; c'est toujours quelque chose. Eh! que sait-on? à force de rire de la bonne opinion que vous en avez, je m'y accoutumerai peut-être; on se fait à

' J'arrêtai dans mon esprit que je travaillerais a la rechute de ce mari, Peut-ou coDceroir quelque clione de plus dramatique et de plus pJaisanl que cette scèoe de Taoité fe'miniae ? Si elle e'tait mise en dialogue et transportée au théâtre, on croirait y reconnaître des personnages de Molière; tant le Spectateur montre ici cette pénétration désespérante qui lui fait découvrir les ruses les plus secrètes du cœur des femmes.

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tout. Tenez , je gagerais qae vons avez pn plaire à quelque femme \ coutlDueE , voua dis-je.

« Apparemment, cette épreuve que je loi proposais lai parut trop douteuse ; car il me quitta. Hébs! s'il . avait tenu bon, je n'aurais TOulu répondre de rien ; il aurait pu réussir. Les femmes l'appelaient le beau garçon ; cette réputation-là est biea intéressante pour nous ; car nous sommes à foOes , ou si disposées à le devenir ! Si ce n'avait pas été lui que j'eusse atmé, c'aurait été le litre qu'on lui donnait } cela revient au même , et mène tout aussi Iran.

« Après que je l'eus congédié, mon mari eut une aOkire de conséquence, dont le jugement dépendait d'un homme en place. Mon mari l'allait voir souvent et n'en rapportait pas de grandes espérances. J'allai le voir à mon tour, j'en reçus l'accueil le plus obligeant \ il me pria d'entrer dans son cabinet , et là, il me fit la réussite de notre affaire d'une difficulté insurmontable. Je ferais pourtant l'impossible, ajoutat-il, pour obliger une aussi belle dame que vous. Là-dessus il me baisait la main , avec des yeux qui aplanissaient toutes les diflicultés, si j'avais voulu aller par le chemin qu'ils m'enseignaient. Monsieur, lui dis-je d'un air sec et sérieux , notre affaire est perdue , je l'abandonne. Un homme aussi zélé que vous l'êtes pour moi , n'est plus en état de rendre justice ; cependant j'informerai mon mari des dispositions où je vous laisse , et je suis persuadée qu'il a trop d'honneur pour abuser du mépris que vous feriez du vôtre.

« Je vis à ces mot5 son visage s'alouger de moitié \

je lui fis la charité de ne vouloir pas le regarder fixement , et je sortis dans une situation d'esprit que je ne puis bien exprimer. Une autre femme que moi, à qui pareille chose serait arrivée , et qui , en la racontant, voudrait se peindre.un peu en beau, dirait qu'elle sortit toute scandalisée, et s'arrêterait là. Mais voici ce qu'elle supprimerait, et ce que j'avoue ; c'est que je fus scandalisée aussi, mais en hypocrite-, car je n'étais pas fâchée qu'on m'eût donné le scandale ; ma colère était sans rancune. Au bout du compte , une laide aurait été plus respectée. »

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