‹ OEuvres completes de MarivauxChapitre 20 sur 49 · TT · texte numérisé non relu

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19a LE SPECTATEUR

après , plein d*une amitië pour moi qœ je devais à son bon cœur plus qu*à mes soins. Je lui demandai mille fois pardon de ne lui avoir pas donné d*assez vifs témoignages de la mienne, je versai nn torrent de larmes •, il me serra la main , et mourut. Je fus quelques jours ensevelie dans la douleur la plus profonde. ' U ne m'avait point laissé d*enfans. Sa nièce, qui était orpheline , me tint lieu de fille; je me chargeai de son éducation et de sa fortune, et je rompis sans retour avec tout ce qu on appelle plaisirs du monde, et avec toutes les personnes qui s'y livraient. Je ne fréquentai plus qu'un certain nombre de femmes retirées , qui m'associèrent à leurs fonctions dévotes; mais je me rebutai bientôt de leur commerce. Je ne leur entendais parler que de leur directeur; leur vie se passait en scrupules, qui demandaient qu'on le revit quand on venait de le quitter, et puis qu'on y retournât après l'avoir revu, et puis qu'on l'envoyât prier de revenir quand on ne pouvait l'aller chercher. Cela ne me plaisait points je trouvais beaucoup d'imperfection dans ce besoin éternel qu'on avait de la créature pour aimer le Créateur ; je croyais voir là-dedans que la chair était plus dévote que l'esprit, et il me paraissait enfin que ce violent amour pour Dieu pouvait fort bien ne servir au cœur que de prétexte pour une autre passion.

« Un de ces directeurs mourut, et la dame à laquelle il appartenait en pensa devenir folle. Son pieux désespoir me scandalisa. Dieu, qui lui restait, ne lui suillsait pas pour la consoler. Je quittai pour toujours ces

dévotes qui ne pouvaient s^accommoder des volontés du ciel , et je me retirai à la campagne , où je fais mon séjour ordinaire, et où mon curé prend soin de -ma conscience, sans avoir rien à démêler avec mon cœur. »

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