‹ OEuvres completes de MarivauxChapitre 21 sur 49 · VINGTIÈME FEUILLE · texte numérisé non relu

VINGTIÈME FEUILLE

J'apprends qu il a paru dans le public une Feuille intitulée : un Spectateur français , où Ton fait la critique d'Inès, tragédie de M. de La Motte. Quelques personnes , trompées parle titre, auront pu m*attribuer cette critique 5 je crois donc devoir avertir qu'elle n'est point de moi ' , que je ne sais d'où elle part, et même que je ne l'ai point lue. Ce n'est point parce qu'elle est dirigée contre l'ouvrage d'un homme illustre, que je prends soin d'avertir qu'on ne s'y

* Je crois donc dev^oir avertir qu'elle n'est point de moi. Ce soin ëUit à peu prés inutile; car tout le inonde saTaitque Marivaux e'tait Tami de La Motte, et d^ailleurs ceux qui avaient lu dans un des prëcëdens numéros du Spectateur un éloge si exagéré de la tra-* gédie de Rotnulus , étaient sans doute persuadés d'ayance que celle d'Inès de Castro ne pouvait être Tobjet d^aucune censure amére de la part du même écrivain. Il faut croire que Marivaux ne fut pas fâché de trouver un prétexte pour abandonner un moment les objets ordinaires de ses spéculations philosophiques, et pour prendre la défense d'un ami contre dHnjustes détracteurs. Cette fois, il put, sans faire tort à son goût, parler le langage de Tamitié; il avait a louer un ouvrage vraiment remarquable. Aussi le jugement qu^il eu a porté peut-il être en grande partie ratifié par la critique la plus scvére.

mi-'prenne pas, et qu'elle ne m'appartient point. II est vrai que j'estime infiniment M. de La Motte, et je semis d'un esprit bien peu sensé, si je n étais de ce sentiment; mais en ma qualité de Spectateur des hommes, M, de La Motte, avec tout son mérite et toute sa réputation , ne m'elTraic point, et devient h mes yens un homme comme un autre, c'est-à-dire, un simple sujet d'obsei-vation , de même que l'iiomme dont on ne parle point, et qui se perd dans la ioule. Il n'y a ni petit ni grand homme pour le philosophe^ il y a seulement des hommes qui ont de grandes qualités mêlées de défauts, d'autres qui ont de grands défauts mélésde quelques qualités ; il y a enfin des liommes ordinaires, autrement dits médiocres, qui valent bien leur prix , et dont la médiocrité a ses avantages. En effet , on peut dire en passant que c'est presque toujours aux grands hommes en tout genre que l'on doit les grands maux et les grandes erreurs ; s'ils n'abusent pas eux-mêmes de ce qu'ils peuvent faire , du moins sont-ils cause que les autres abusent pour eux de ce qu'ils ont fait.

Mais , poor revenir à mon sujet , je n'avertis que la critique d'Inès n'est point de moi, que parce qu'elle n'en est point. Si elle est bonne, que le véritable auteur en soit loué, je ne veux le bien de personne; si elle est mauvaise, j'ai assez de mes fautes, sans me charger de celles d' autrui. En fait de critique ou d'éloge , je suis bien aise que personne ne fasse pour moi ; je m'en liens au peu que je sais faire ,- et je veux ■ avoir tort ou raison par mes propres oeuvres. Je ne

ferai plus qu'une réflexion là-dessus. La critique d'/- /zé^ est inlitulëe : Un Spectateur français. Je n'ai rien à dire à Fauteur qui a pris mon titre ^ mais si j'avais été homme à faire valoir exactement le privil^e de mon livre , Fimprimeur de cette critique, mise sous mon litre, n'aurait pas trouvé son compte avec moi. Passe pour celte fois, où je me contente de dire que cette Feuille anonyme ne m'appartient point; mais, si on y revenait , je prendrais les mesures convenables en pareil cas , et je ne souifrirais pliis une confusion dç litres, dont le moindre inconvénient serait de me faire ou plus d'honneur ou plus d'injure que je n'en mérite. En effet, une trop grande complaisance de ma part pourrait me charger de l'iniquité de tout homme dangereux, et hardi qui voudrait écrire sans être connu, et par là livrerait mon caractère et l'innçcence de mes mœurs à la discrétion de son audace. . ^ Puisqu'il s'agit ici lïlnès, et qu'il m'a fallu discontinuer la suite des sujets que j'ai coutume de traiter d^ns mes Feuilles , je vais donner la moitié d'une Lettre qu'un de mes amis m'écrit de Paris à la campagne où je suis. Je l'avais prié de me dire son sentiment sur celte tragédie, et voici comment il s'explique. Les réflexions qu'il fait dans sa Lettre me tiendront lieu d'un Spectateur ordinaire.

a Apros vous avoir informé de tout ce que vous vouliez savoir, je vais à présent vous satisfaire sur le chapitre d'Inès. Le public a déjà fait son éloge par la grande avidité qu'il a marquée pour la voir , et moi qui vous parle , j'étais de ce public-là , et même de

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la portion de ce pabltc la plus avide; ainsi c*est déjk vous dire en gros ce que je pense de Tonvrage. Je n'ai pas le temps d*en faire le détail , et je vous en dirai ce que je pourrai , sans ordre , et suivant que les dio* ses me viendront.

« Je trouve d'abord qu'il règne un extrême intérêt dans cette tragédie ; mais de cet intérêt rare qu'il n'appartient qu'à peu d'auteurs dejeter dans ces sortes d'où* vrages ; intérêt qui vient moins des faits que de la manière de les traiter ' ; intérêt encore plutôt répandu dans toute b pièce, que marqué seulementen quelques endroits. Dans les tragédies ordinaires, parait -il une situation intéressante? elle frappe son coup, et voilà qui est fini jusqu'à ce qu'il en revienne une autre. Ici, chaque situation principale est toujours tenue présente à vos yeux-, elle ne finit point; elle vous frappe partout sous des images passagères qui la rappellent sans la répéter; vous la revoyez dans mille autres petites situations momentanées , qui naissent du dialogue des personnages, mais si naturellement que vous ne les soupçonnez point d'être la cause de l'effet qu'elles produisent. De celte façon, dans

■ Intérêt qui vient moins des faits que de la manière de les traiter. Que le talent de La Motte ait e't^ pour beaucoup dans Pimmenie auccés à*Inès, c^'est ce dont on conviendra aisément; mais il ne faut pas aToir Tair de compter pour rien le vif intérêt quHnspirait le sujet même , l'un des plus touchons qu'il y ait au théâtre f a dit Voltaire j il ne faut pas oublier que Gimoens a fait verser aussi bien des larmes par le simple rëcit de cet épisode des annales portugaises.

tout ce qui se passe actuellement d'intéressant, rëside encore, comme à votre insu, tout ce qui s'est passé ; de là vient que vous éles remué d'un intérêt si vif et si soutenu, et d'autant plus infaillible, que, hors les endroits extrêmement marqués, tous ne distinguez plus les instants où il vous gagne, ni les ressorts qui le font naître..

«c Et certainement, c'est là ce qu'on peut regarder comme le trait caractéristique d'un grand maître. On auraitbeau chercher l'art d'en faire autant, il n'y a point d'autre secretpourcelc^que d'avoir une âme capablede s^ pénétrer jusqu'à un certain point des sujets qu'elle envisage. C'est cette profonde capacité de sentiment qui met un homme sur la voie âe ces idées si convenables, si significatives -, c'est elle qui lui indique ces tours si familiers, sisympatliiquesà nos coeurs ^ c'est elle qui lui enseigne ces mouvemens fai ts pour aller les uns avec les autres, et pour entraîner avec eux l'image de tout ce qui s'est déjà passé -, c'est elle enfin qui prête aux situations qu'on traite ce caractère séduisant qui sauve tout, qui justifie tout, et qui même, exposant des choses qu'on ne croirait pas régulières, les met dai)S un biais capable de nous assujettir toujours à bon compte. En effet, le biais est dans la nature-, mais il cesserait d'y être, si on ne. savait pas le tourner^ en fait de mouvement, la nature a le pour et le contre, il ne s'agit que de bien ajuster.

« Éclaircissons cela par un exemple '. Le prince, mal-

' Eclaircissons cela par un exemple» Il dut cooTetair que tout ce

rgS LE SPECTATEUR

grë la convention faite avec sa maîtresse de cacher lenr amour, à cause du danger qa*il y a ^e le dëcouvrir, Tavoue pourtant, par nne ▼ivadté qui le prend Mod' tôt qu on Fen accnse. Un gënie borné aurait ftU son personnage pins discret; il n*anrait pas méiné imaginé qu'on pftt se conduire antreiiient, et; sani jeter les yeux plus loin, il s'en serait tenu ati parti qui avait d'abord la mine la pins raisonnable , et qui était que le prince gardât là -dessus le silence. C'est justement avec cet espnt-Ià qn'on fait des ouvrages si froids; tous les poèmes dramatiques qui sont médiocres , sont pleins de ces régularités glacées. Mais il y a unie conduite sensée d'un ordre supérieur, et c'est celte que tient un auteur persuadé qu'il y a des occurrences où c est agir judicieusement que de mettre une étourderie apparente à la place d'une action qui se présente d'abord, et qui serait dans Tordre ordinaire de la raison; qu'enfin il y a des instans où la passion fournit à un homme des vues subites, auxquelles il est impossible qu'il résiste, fussent-elles étourdies, et qui doivent remporter sur tout ce qu'il avait auparavant résolu de faire , et qu'il avait cru le plus sage. En effet, tout passionné qu'est cet homme, il corn-

qui précède nVst pas trop clair et a besoin d^un exemple ])Our être éclairci Marivaux , obligé dVcrire très-rapidemcot les feuilles du son Speclateurf ne rencontre pas toujours Texpression la plus précise , ni le tourde phrase le plus lucide. De là quelquefois une sorte d'obscurité, qui Tient plutôt de sou stjle même que du fond des pensées. Malheureusement ce que Marivaux ajoute dans le paragraphe suivant^ est entaché du même défîiut.

pare rapidement ce qu'il sent alors à ce qu il avait projeté, et peut-être n'a- t-on jamais le sens ni plus droit ni plus vif que dans de pareils momens. La passion est souvent meilleure ménagère de ses intérêts qu'on ne pense, et je croirais que la raison même dans de grands besoins la secourt de Mit ce que ses lumières ont de plus sûr^ car l'homme est fait de teile sorte, que tout ce qu'il a lui sert, et vient à lui quand il le faut.

a Mais je m'écarte ^ revenons au fils d'Alphonse» Pourquoi était -il convenu avec sa maîtresse de ne pas avouer leur amour? Parce qu'il croyait que cet amour n'était encore connu de personne. Mais il voit que la reine l'a pénétrée^ cela change la thèse. Elle l'en accuse devant son père. N'en eut -elle encore qii^un soupçon, c'est tout de même pour Inès que si elle en était sure; cette amante n'en sera pas moins l'objet de ses fureurs, quoique objet douteux. Il serait donc inutile pour le prince de s'en tenir à la négative. Bien plus, il va devenir dangereux de nier; car dans l'état où sont les choses, c'est priver Inès de la seule défense qui peut lui rester contre la 'reine, et cette défense, c'est l'aveu franc et hardi que le prince fera de son amour pour elle. On pourra respecter, ou du moins ménager une tille de qualité, chérie d'un prince héritier présomptif de la couronne, d'un héros qui fait lui-même les délices de tout un peuple. Ajoutez à cela je ne sais quoi de courageux que sent un homme dont l'âme est haute , qui le dégoûte bientôt de toute prudence craintive, et qui lui dit qu'on

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n'oserait le braver, et le pousser à bout dans uœ chose à laquelle il a déclaré qu'il s'intéresse.

« Voilà donc tout ce que le prince envisage', dans le détroit où il se voit; voilà les idées en consé^aence desquelles sa pasàon inquiète lui fait négliger une conventioaqi^Nin auteur ordinaire aurait crue saorée.

« Eh bien I cette hardiesse ne lui réussit pas \ le roi n'en menace pas moins Inès; et quelques personnes voudraient même qu'il la fit soustraire, comme si le pnnce, qu*il s'agit de gagner^ en devait par là devenir plus docile. Mais passons cela. Le roi, dis- je ^ n'en menace pas moins Inès ; il la fait même prison^» nière de la reine , dont il ne oonnait ni la malice ni la noirceur. Oh ! pour lors le prince se taira -, n'ayez pas peur qu'il parle. Il croyait servir Inès en avouant qu'il l'aimait, il s'est trompé -, il va croire qu'il l'assassinerait en avouant qu'il est marié avec elle. Voilà bien la passion qui promène toujours nos idées d'une extrémité à l'autre; et quelquefois c'est les mener bien. Ainsi, c'en est fait, jamais il ne dira son mariage, et pour tirer Inès de péril, il n'y sait plus rien que de l'enlever; c'est ce qu'il tente, et c'est ce qui ne leur réussit pas non plus. Il est vrai qu'Inès lui fait manquer son coup , et se refuse à une action violente et rebelle. Et que ne la force-t-il à le suivre?

' f^oilà donc tout ce que le prince envisage. Les réflexions c(ui prëcident sont justes^ mais il y régne un peu de désordre, les expressions ne sont pas toujours assez précises , et Ton a besoin d^une attention soutenue pour n'y |»as trourer quelque obscaritc.

dira-t-On^ c'est son épouse. Oui^ maU une épouse à qui le mystère de leur union a conservé tous les droits d'une amante. Elle hait le crime ^ son époux en fait un qui n'est pas consommé, et celte épouse vertueuse , pour lui en sauver l'énormité , qu'y joindrait un succès coupable, se sacrifie elle-même à ce peu d'innocence qu'elle peut encore lui conserver. Quant au prince, il ne court aucun risque^ son père sera son juge, et ce père ne se vengera que sur Inès de la violence de son fils repentant. Que j'aime alors à voir la passion de ce prince, toute fougueuse qu'elle est, connaître pourtant les égards les plus tendres, et n'en relever pas moins de la tendre vertu d'Inès! Que cela peint bien les sentimens d'un époux, qui ne l'est jusqu'ici que sous la figure d'un amant favorisé, qui n'ose élre heureux qu'en tremblant, et qui voit encore la pudeur de son épouse s'alarmer du bonheur secret qu'il obtient !

tt Pendant qu'Inès lui représente tout ce que son action a de criminel envers son roi, ce roi, dont le prince vient de forcer la garde, arrive, et trouve son fils l'épéé à la main : Cherches -tu à m'ôter la vie? lui dit-il, ou quelque chose de semblable. Ces mots désarment le prince^ il jette son épée avec une promptitude qui exprime tendrement à son père tout l'abandon qu'il lui fait de sa personne , toute l'horreur qu'il a lui-même de l'idée qu'on lui impute, et toute l'étendue de son innocence à cet égard.

« On démêle bien que le père sent toute la force de ce geste et du discours qui le suit. Il continue pour-

tant de paraître irrité^ et je pense que c'est dans cet endroit- là que le prince, outre de se voir toujours plus malheureux, et sa maîtresse toujours plus exposée , retombe dans un transport de passion qui me semble admirable. Si Ton ne fluënage Inès, dit-il, il fera tout périr, il tuera tout. En Fentendant parler ainsi , vous croiriez qu*il ne connaît plus personne. Point du tout, il y a en lui un caractère généreux qui tient la main à son emportement. Du miKeu de ces projets de vengeance et de cette fureur aveugle, il sort machinalement une exception généreuse en faveur de son père qui le maltraité, et en faveur de Constance. Le spectateur ne pense pas alors à cette princesse; mais il se rappelle tout d'un coup sa douceur et sa vertu ; car il voit bien que ce sont là les seules causes de l'exception que le prince fait pour elle, pour elle qu'on veut lui faire épouser malgré lui ! Je ne sais rien de si beau que cela.

« Mais arrêtons-nous un peu sur le caractcre deConstance', de cette princesse rejetée du prince qu'elle aime, de cette femme qui ne sert, pour ainsi dire, qu'à mettre le holà partout, et qui, de quelque côté qu'on la

* j4rrétons-nous un peu sur le caractère de Constance. Dans celte dernière partie du jugement port^ par le Spectateur sur le chefdV'uvrc de son ami, on ne rencontre pas nu seul e'Ioge que la critit|ue soit tentée de démentir, et on reman[ue plusieurs aperçus ingénieux, dont elle pourrait faire son profit. Elle doit pourtant faire une observation, omise sans doute à dessein par Marivaux; cVst i\ui*Inès pèche essentiellement par le st^lc, qui seul assure aux ouvrages dramatiques une heureuse et longue existence.

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considère, fait un personnage comme disgracie, d*ai]leurs assez uniforme. Elle ne semble pas devoir mériter une grande attention^ et pourtant avez-vous rien de plus piquant qu'elle dans cette tragédie? Perdezvous un instant ses intérêts de vue? Combien ne vous les recommande-t-elle pas, par le sacrifice qu elle en fait elle-même, parla douleur qu'il lui en coûte de les négliger, par la contrainte où elle tient cette douleur, afin que son injure frappe moins la reine et le roi même, parla sensibilité qu'elle éprouve aux malheurs du prince et de sa maîtresse , par ce secours affectueux qu'elle leur prête sans qu'ils le sachent , et qu elle leur offre ensuite ; et tout cela sans faste, sans se parer d'aucune de ces ostentations romaines, qui gâtent ce qu'on fait de généreux en le vantant , et qui humilient ceux qu'on oblige? Oui , je l'avoue. Constance m'a charmé^ c'est un caractère absolument neuf ; on oublie de l'admirer, à force de l'aimer. Sa douceur et sa simplicité nous dérobant ce qu'il y a de grand dans son âme, je ne sens rien en elle de cette vertu affectée au théâtre, et avec laquelle peut-être on serait insupportable dans le monde. Constance est comme une personne qui vivrait parmi nous , qui vaudrait mieux que nous tons, et dont nous sentirions avec plaisir la Supériorité, sans y réfléchir avec l'étonnement qu'elle mériterait.

(( Avez-vous remarqué ce que vaut l'aveu qu'elle fait au roi de l'amour qu'elle a pour son fils ? Queles sentimens d'un cœur qui se choisit un pareil confident

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sont respectables ! Qae ce dicnx est btea garant d*aiie âme dont les faiblesses mêmes n'enfanteront qne des actions vertueuses ! Pour la reine sa mère , je ne Taime point. Mon sentiment est que MCde La Motte s'est trompe dans ce caractère vcetlefemme là déplaît, mcHns parce qu'elle est mëdiante, que par sa manière derétre^ Une reine comme elle doit être plus décemment sensible à ses affronts, et laisser aux femmes du commojjt cet éclat humiliant qu'elles font des leurs. Je voudrais donc qu'elle dissimulit sans en valoir mieux, que ses emportemens n'apprissent pas que c'est elle qui a ear poisonné Inès, et qu'elle ne fût soupçonnée de ce coup qu'à cause de l'intérêt qu'elle avait à le faire.

« Après cela, je conviens que sa méchanceté va au profit des autres personnages^ le malheur dlnès en est plus touchatxt, la vertu de Constance plus sensible, le roi moins libre de se dissimuler les torts de son fils, et plus obligé de le punir quand ils le rendent criminel. La passion du prince en est plus exercée , et son silence obstiné sur son mariage en est plus raisonnable^ car il y a apparence que, soit qu'il meure ou qu'il vive, l'aveu qu'il en ferait perdrait Inès, à qui l'on ne peut jusqu'ici rien reprocher, sinon qu'il Taime. Enfui cette méchanceté nous amène le bel endroit où le roi, après avoir condamné son fils par une rigueur qui n'est point dans nos mœui-s à la vérité , mais que la loi bien exactement observée ne désavouerait points où le roi, dis-je, parlant à la reine qui a poursuivi la mort du prince, lui dit :

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Pourquoi jugez-Tous sa mort si nëôessaire '

et ajoute après :

Je Yois trop qu^aujourd^ui rnoo fils n*a plus de mère!

K Cet endroit me fera encore remarqi^er une chose ^ c'est cette connaissance intime et réciproque qu'au milieu de leurs divisions le père et le fils, dans toute la pièce, ont de Famour qu'ils conservent Fun pour l'autre. Jamais ils ne s'aiment plus , et ne se le font plus entendre, que dans leurs actions qui le démontrent le moins ', et pour surcroît de peine, il faut qu'ils gênent leurs sentimens, l'un dans la crainte que son père se s'en serve pour le gagner, l'autre dans la crainte que son fils n'arrache à la nature une grâce que la justice lui refuse.

tt Voilà de grandes sources d'intérêt ; mais c'eât bien dommage que le prince aille mourir. Aussi le conseil que le roi tient pour le juger me blesse-t-il en partie; sa tournure ingénieuse ne me console pas de l'arrêt qu'on y prononce. Le juge qui absout le prince, tout son rival qu'il est , je l'estime tout d'abord ^ mais quand l'autre le condamne politiquement, après avoir cité les obligations qu'il a à ce prince , oh ! je suis son serviteur ; sa justice s'expliqua d'une façon trop bizarre; le parallèle que j'en fais avec les obligations qu'il cite me la rend odieuse, toute louable qu'elle est dans le fond. Outre cela, je m'aperçois tout d'un coup qu'on a voulu faire contraster trop spirituellement les avis de ces deux juges ; l'auteur est trop là-dedans , lui qui ne paraît nulle part que là, et je sens malgré moi que

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cela ne s'accorde pas rtecl'iiitiîrât sërieux et de bonne foi qui m'occupe. Peot-étre ai-je tort de penser comme cela; mais il est comme impossible de ne pas tomber dans ce tort, si c'en est an , et par là mon tort est celui de l'auteur. -*

« Je ne sais pourquoi je n'ai presqoe nen>dit du personnage d'Inès % qui contribue «le tout $on>rAle au plaisir que donne cette tragédie, et dont les discoonj dans le dernier acte snrtout, emportentlecœur. Adieu y mon ami ; le papier me manque, f ofe. *

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