‹ OEuvres completes de MarivauxChapitre 28 sur 49 · LE CABINET DU PHILOSOPHE · texte numérisé non relu

LE CABINET DU PHILOSOPHE

Iuàriyaux, dès les premiers mots de cet opuscule , en explique et en justifie le titre. Il n'est pas, dit-il, l'auteur, mais simplement l'éditeur des diverses pièces de'tachees dont il va faire jouir le public , et il les a trouvées dans le cabinet ^un philosophe , après sa mort. II se propose de les publier comme elles lui tomberont sous la main , sans s'astreindre pour cette publication à aucun ordre méthodique. D'après cela, on ne peut attendre de nous une analyse détaillée de ce recueil. Nous nous contenterons d'indiquer rapidement ici les principales matières qu'il contient, nous réservant de nous arrêter à chacune d'elles, s'il y a lieu, à mesure qu'elle passera sous nos yeux en son ran(; , et d'examiner alors comment l'auteur l'aura traitée. La galanterie et son langage, qui, apprécié à sa juste valeur, n'est décent que dans la forme ; les divers genres d'esprit qu'honore ou dédaigne une société corrompue ; la religion , ses menaces , et l'inconcevable vanité des gens qui se damnent de peur du ridicule ; l'amour et ses effets contraires, selon qu'il est né brusquement, ou qu'il s'est développé avec lenteur; la prééminence des grâces sur la beauté; l'avantage qu'il y a, en fait de religion, de persuader plutôt que de convaincre; la singulière insouciance

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de.rboDime sur l'avenir de son âme; les résultats de. la pauvreté , ou , pour mieux dire , de la bontc qu'on a d'être pauvre ; l'instinct moral plus puissant que les luis positives pour éloigner l'homme du crime ; les ruses de la coquetlel'ic 1 l'injustice du monde envers les femmes; la tactique habile d'un amant pour arriver à son but, eu le dissimulant; les caractères de l'homme fier, du glorieux et du fanfaron; enfin, quelques idées asseï paradoxales sur le style , et fort saf^es sur la critique ; tels sout les principaux sujets effleurés en courant par notre philosophe imaginaire. Ajoutez à cela quelques scènes dialoguées, sous le tilre de Chemin de la Fortune, et une espèce de conte intitulé le foyageur dans le Nouveau- Monde; vous aurez l'inventaire k peu près exact da cabinet que va nous ouvrir Marivaux.

Z^ Chemin de la Fortune est une alléj<orie dont le fond n'a rien de neuf, et les détails rien de piquant. 11 s'agit de prouver que, pour s'enrichir pcomptement, il ne faut pas être difficile sur le choix des moyens; et l'auteur met en scène, ih propos de cette vérité triviale, un personnage nommé le Scrvpule, qui n'est certainement pas ce qu'on pouvait imaginer de plus comique. Il n'en est pas de même du Voyageur dans le Nouveau- Monde; c'est un conte charmant, dont l'idée première est très - heureuse.

Un jeune homme, trompé par son ami et sa maîtresse, et forcé de quitter la France pour avoir tué en duel cet umi perfide, se lie en pays étranger avec un sage, qui lui offre de le conduire parmi des hommes incapables de se contrefaire. Le jeune homme accepte ; le sage lui donne d'abord à lire quelques livres qui traitent de la connais- Mnce du cœur humain; puis il le ramène en l'rance. L'exile croit reconnaître son pafs et plusieurs personnes

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