SUR LE CABINET DU PHILOSOPHE
de sa société ; mais son compagnon lui assure et lui persuade que ce monde nouveau est le double du monde dSins lequel il a précédemment vécu ; ils n'ont d'ailleurs entre eux, ajoute-t-il, qu'une ressemblance extérieure. Le jeune homme s'en aperçoit de reste , à la franchise extrême dont usent dans leurs relations habituelles tous les gens qu'il rencontre. Ce n'est pas qu'il les entende réellement exprimer tout ce qu'il apprend d'eux par eux-mêmes; seulement , grâce à la soudaine lumière dont son esprit a été éclairé par la sagesse de son nouvel ami , il lit sans effort dans les secrètes pensées, dans les gestes , dans les regards de ceux qui naguère l'auraient pris pour dupe II finit , comme on peut croire , par découvrir qu'il est vraiment de retour en France, où il n'y a rien de changé , si ce n'est sa propre raison , désormais moins exposée à l'erreur. Il en éprouve d'autant plus de plaisir à continuer ses observations ; et le lecteur jouit avec lui de ses découvertes. Rien de plus divertissant que de voir tous ces personnages passer devant nos yeux, le masque à la main.
Ce conte , le morceau le plus long et le plus agréable du Cabinet du Philosophe y ne nous doit pas rendre injustes envers les pensées et les pièces détachées qui composent le reste de l'opuscule. Marivaux y a mis presque toutes ses qualités brillantes, et par un rare bonheur, il n'est pas tombé souvent dans ses défauts ordinaires.