‹ OEuvres completes de MarivauxChapitre 42 sur 49 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Lbs PKBciDBHS, ciccptë LA VERDURE; M. RONDELET.

M. AONDELBT9 chantant.

Ta la ra ra ra... Bonjour, mesdemoiselles; ou bien, bonjour, mesdames ; car vous autres filles, ou femmes, vous vous ressemblez toutes ; n'est-ce pas ?

Là SUlVàMTE.

Vous avez l'abord familier.

M. BONDBLET.

C'est que je suis sans façon. Je n'ai point le talent des complimens ; aussi je n'en fais guère.

Là SVIVàNTE.

Ce n'est pas de cette manière qu'on se présente ici.

U. BONDBLET.

Eh! comment donc s'y prendre ? On ne saurait se présenter qu'en se montrant ; eh bien , je me montre , me voilà. A qui en avez -vous ? Qu'est-ce qui vous fâche ?

l"™'»rm.) Quel

HERMIDA8.

A l*air sérieux que vous prenez , aurais-je le malheur d'être importun ?

LA SUIVANTE

C'est un accident qui vous menace.

UEEMIDAS.

Fasse le ciel qu'il ne m'arrive pas !

LA SUIVANTE

Vous l'éviteriez en abrégeant. Expédions ; quel homme éles-vous ?

BEEMIDAS.

Un amateur des belles-lettres.

LA SUIVANTE

Quoi 1 des lettres de l'alphabet ?

HEKMIDAS.

Non. Je suis ce qu'on appelle communément un beU esprit.

LA FOETUNE, d^unair ennajé.

Un bel-esprit !

LA SUIVANTE, bâillant.

Un bel-esprit ! C'est fort bien fait à vous.

LA FOETUNE, hâillantplus forl.

Ah!

REEMIDAS.

Que dit la déesse ?

LA SUIVANTE

Elle bâiUe.

HEEMIDAS.

Aurait-elle la bonté d'accepter un livre que je lui dédie ?

LA SUIVANTE , nonchalamment.

Eh ! comme il vous plaira ; mais la déesse ne lit guère , et je vous dis qu'elle bâille.

Dites-lui que je le remercie. Bonsoir. Qu'on lire mon ridciii.

■leiRiDifl.

Esl-cc que la déesse va s'endormir ?

ti HITIVAKTE.

Oui ; c'est votre livre et s;i iliîdicace qni opèrent ; loiit ce (|iiî est bel-esprit l'invite anitez au sommeil ; et moi qui vous parle , je Uû reMenible un peu là-dessus. Bontwir,

Comment I bonsoir I J'allais vous lire quelque chose de mon livre.

Là SCIVIUTE.

Oh ! cela n'empêche pus que vous ne Usiei , siirtoul la préface ; nous n'en dormirons qne mieux. nesMiDis.

Est-ee là l'accueil qu'on fait ici aux gens comme mot ? Il me prend envie de vous réveiller par une chanson.

Li SmVjlHTB.

Ah ! oui-dà ; c'est une autre affaire. Voyons.

L* VOBTONB, u r^veillmnl.

n me semble que j'entends parler de chanson P Est-«lle jolie }

BEBMiniS.

Oui, madame, c'est une chanson de guiaguelle.

Ll FOBTONE.

Ah I c'est encore ce bel-espril. Que me veut-il? Est-ce un laurier qu'il demande? Je n'en ai point qui lui convienne. Cet liomme-là se méprend. Qu'il s'adresse à Apollon ; qu'il lui porte ses bel les -lettres ; je ue connais

que des lettres de change- Reniiez- lui son porte-feuille ; qu'Apollon y fâtise honneur ; ce n'est point à moi k payer ses dettes.

(EIUh nndorl.)

BCBMIDIS.

Je vous demande pardon de vous avoir crue sensible aux belles choses.

Lt. SUIVANTE.

Monsieur le bel-esprit, vous faites quelquefois des vers, sans doute ?

HISMIDAS.

Vous eu saurez des nouvelles.

N'y manquez pas. Voilà de quoi faire contre nous une belle et bonne épigramme qui nous apprenne h vivre ; car cela est honteux.

HBBMIDAS.

Vous ne la sentiriez pas.

LA SUIVAHTB.

Attendez ; nous ne vous donnons rien; mais du moins emportez un conseil. Au lieu de faire de si bellefi choses, et de les dédier à la Fortune , qui n'y entend rien , dédiei vos ouvrages à la malice humaine; elle est riche, elle vous paiera bien ; la bonne dame n'est pas délicate sur tout ce qui l'amuse. Avec elle, il vous en coûtera la moilié moins de peine pour avoir de l'esprit ; vous brillerez avec une commodité infinie , et ce sera le Pérou pour vous.

( Hftmid» «Tt . m loinl la ^piulei. )

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