SCÈNE VI
Lbs PKBciDBHS, ciccptë LA VERDURE; M. RONDELET.
M. AONDELBT9 chantant.
Ta la ra ra ra... Bonjour, mesdemoiselles; ou bien, bonjour, mesdames ; car vous autres filles, ou femmes, vous vous ressemblez toutes ; n'est-ce pas ?
Là SUlVàMTE.
Vous avez l'abord familier.
M. BONDBLET.
C'est que je suis sans façon. Je n'ai point le talent des complimens ; aussi je n'en fais guère.
Là SVIVàNTE.
Ce n'est pas de cette manière qu'on se présente ici.
U. BONDBLET.
Eh! comment donc s'y prendre ? On ne saurait se présenter qu'en se montrant ; eh bien , je me montre , me voilà. A qui en avez -vous ? Qu'est-ce qui vous fâche ?
l"™'»rm.) Quel
HERMIDA8.
A l*air sérieux que vous prenez , aurais-je le malheur d'être importun ?
LA SUIVANTE
C'est un accident qui vous menace.
UEEMIDAS.
Fasse le ciel qu'il ne m'arrive pas !
LA SUIVANTE
Vous l'éviteriez en abrégeant. Expédions ; quel homme éles-vous ?
BEEMIDAS.
Un amateur des belles-lettres.
LA SUIVANTE
Quoi 1 des lettres de l'alphabet ?
HEKMIDAS.
Non. Je suis ce qu'on appelle communément un beU esprit.
LA FOETUNE, d^unair ennajé.
Un bel-esprit !
LA SUIVANTE, bâillant.
Un bel-esprit ! C'est fort bien fait à vous.
LA FOETUNE, hâillantplus forl.
Ah!
REEMIDAS.
Que dit la déesse ?
LA SUIVANTE
Elle bâiUe.
HEEMIDAS.
Aurait-elle la bonté d'accepter un livre que je lui dédie ?
LA SUIVANTE , nonchalamment.
Eh ! comme il vous plaira ; mais la déesse ne lit guère , et je vous dis qu'elle bâille.
Dites-lui que je le remercie. Bonsoir. Qu'on lire mon ridciii.
■leiRiDifl.
Esl-cc que la déesse va s'endormir ?
ti HITIVAKTE.
Oui ; c'est votre livre et s;i iliîdicace qni opèrent ; loiit ce (|iiî est bel-esprit l'invite anitez au sommeil ; et moi qui vous parle , je Uû reMenible un peu là-dessus. Bontwir,
Comment I bonsoir I J'allais vous lire quelque chose de mon livre.
Là SCIVIUTE.
Oh ! cela n'empêche pus que vous ne Usiei , siirtoul la préface ; nous n'en dormirons qne mieux. nesMiDis.
Est-ee là l'accueil qu'on fait ici aux gens comme mot ? Il me prend envie de vous réveiller par une chanson.
Li SmVjlHTB.
Ah ! oui-dà ; c'est une autre affaire. Voyons.
L* VOBTONB, u r^veillmnl.
n me semble que j'entends parler de chanson P Est-«lle jolie }
BEBMiniS.
Oui, madame, c'est une chanson de guiaguelle.
Ll FOBTONE.
Ah I c'est encore ce bel-espril. Que me veut-il? Est-ce un laurier qu'il demande? Je n'en ai point qui lui convienne. Cet liomme-là se méprend. Qu'il s'adresse à Apollon ; qu'il lui porte ses bel les -lettres ; je ue connais
que des lettres de change- Reniiez- lui son porte-feuille ; qu'Apollon y fâtise honneur ; ce n'est point à moi k payer ses dettes.
(EIUh nndorl.)
BCBMIDIS.
Je vous demande pardon de vous avoir crue sensible aux belles choses.
Lt. SUIVANTE.
Monsieur le bel-esprit, vous faites quelquefois des vers, sans doute ?
HISMIDAS.
Vous eu saurez des nouvelles.
N'y manquez pas. Voilà de quoi faire contre nous une belle et bonne épigramme qui nous apprenne h vivre ; car cela est honteux.
HBBMIDAS.
Vous ne la sentiriez pas.
LA SUIVAHTB.
Attendez ; nous ne vous donnons rien; mais du moins emportez un conseil. Au lieu de faire de si bellefi choses, et de les dédier à la Fortune , qui n'y entend rien , dédiei vos ouvrages à la malice humaine; elle est riche, elle vous paiera bien ; la bonne dame n'est pas délicate sur tout ce qui l'amuse. Avec elle, il vous en coûtera la moilié moins de peine pour avoir de l'esprit ; vous brillerez avec une commodité infinie , et ce sera le Pérou pour vous.
( Hftmid» «Tt . m loinl la ^piulei. )