CINQUIÈME FEUILLE
§ Les coquettes ne s'aiment pas , et ne sont pourtant bien que lorsqu'elles sont ensemble. Savez -vqus ce qu'elles cherchent en se prenant pour compagnes? Le plaisir de l'emporter l'une sur l'autre. Elles vont pourvoir à la nourriture de leur vanité , et faire assaut de charmes-, ce sont des visages, des tailles , des mines et de bons airs qui vont lutter ensemble.
Assurément je suis ou plus belle, ou plus jolie, ou plus aimable que Doris, dit Julie en son particulier; mais à la certitude que j'en ai , et que mon miroir m'en donne , il serait délicieux d'y ajouter une autre preuve ; et c'est la preuve de fait. Julie ne me vaut pas, dit de son côté Doris-, je TefTace; j'ai bien d'autres grâces qu'elle, et je n'ai pas besoin d'en être plus sûre que je le suis \ mais quelques certitudes de plus ne gâteront rien. Allons les multiplier, pour les rendre plus vives; mon amour-propre se chicane quelquefois là -dessus.
* Ces scènes détachées étaient de natare à pouToir être ioterrompues au point où Tauteur le jugerait convenable, sans que, pour cela, le tableau parût inachevé j mais il ne devait pas, sUl voulait s^arréter ici, nous promettre en quelque sorte , par la bouche de la suwante, une nouvelle scène entre Lucidor et le grand -prêtre de la Fortune. Au reste, tout ce qui précède n'est ni assez piquant ni assez original pour laisser de bien vifs regrets au lecteur.
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allons le rassasier d'évidence. Et voilà Doris et Jalîe qui vont se trouver. Elles s'embrassent, en s'exnmînant sourdement d'un œil critique. Doris croil étonner Julie par ses grâces -, et Iulie s'imagine que les siennes inquiètent Dorb, et lui font peur.
Il est cinq ou six heures du soîr; où ira - 1- on ? Au spectacle, ou aux Tuileries. Et là, de quelque manière que les choses tournent, que leur vanité ail lieu de s'en applaudir ou non, ne craignez pas qu'aacunc de nos deux femmes rabatte de sa confiance, L' amour-propre des femmes vent bien avoir le r<îgal de se convaincre qu'il ne s'en fait pas trop accroire; mais s'il arrive quelque chose qui ne lui soit pas favorable, il saura bien y rcm<5dicr; tout ce qui prouvera contre lui ne prouvera rien. Menons nos deux coquettes aux Tuileries. Vous les voyex qui s'y promènent; elles se tiennent sous le bras. Ah! tes bonnes amies! Que croyez -vous qu'elles pensent, et que chacune d'elles dise intérieurement à l'autre? Venez, madame , venez , coquette que vous êtes ; venez orner mon triomphe, et voir confondre la vanitë que vous avez sans doute de croire que vous êtes aussi aimable que moi; avancez, que je vous montre le contraire ^ nous voici en bon lieu pour vider notre difTërend. Et là -dessus, elles marchent à grands pas; vous les entendez éclater de rire en parlant. Et de quoi parlentelles ? Elles ne le savent pas elles-mêmes; ce sont des mots qu'elles prononcent, afin d'ouvrir la bouche avec grâce. De quoi rient -elles? De rien. Ce n'est là qu'une coquetterie; leur but n'est que de faire dn
bruit, ponr en paraître plus vives, plus bruyantes, plus dissipées ; pour en tenir plus de place ; pour attirer l'attention de ces hommes qui se promènent aussi, qui viennent à elles, et qui, en passant, vont juf^er nos coquettes.
Quatre hommes sont passés. Il y en a trois qui n'ont regarde que moi, dit Doris en elle-même, et j'aurais eu le quatrième, s'il n'avait pas regardi^ ailleurs en passant, o.u si, par hasard, ses yeux ne s'ëtaient pas d'abord trouves sur Julie. Ainsi , je pense , il est clair que je vaux mienx qu'elle. U n'y a pas à en douter ; c'est une aQ'aire de calcul ; j'ai trois contre un , et cet un, qui m'a manqué, je l'aurai au retour.
Que répond à cela Julie ? Convient - elle qu'elle a perdu ? Oh ! que non. Elle a fort bien vu ces trois hommes n'honorer eirectivement que sa compagne de leurs regards ; elle n'a eu que le quatrième, elle le saiti c'est un fait qu'elle ne peut contester. Mais qu'est-ce que cela prouve? Bien. Doris a fixé les trois autres par un fracas de coquetterie supérieure à la sienne, par un ton de voix d'une hauteur indécente, par des regards elTroatés qui ne manquent jamais d'arrêter les hommes, qui les débauchent, qui subornent leur jugement. Doris n'a pas les yeux plus beaux qu'elle, pas même si beaux; mais elle les a plus hardis, elle les jette à la tête; et c'est parce qu'ils ont moins de modestie , moins de pudeur, qu'on s'y est arrêté préférablement aux siens, qui, h modestie égale , n'auraient pas souffert de concurrence. Que Doris plaise à ce prix-là, ajoute Julie, je ne lui
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envie pas la misérable vanité qu'elle en tire. Si dlel appelle cela ^tre plus aimable qu'une autre, k hi bonne heure ; mais si ou voulait étaler sa gorgel comme elle, avoir les épaules aussi découvertes , I aussi déhanché, et une figure aussi cavidière, i n'aurait pas beau jeu.
Pendant que Julie tient ce petit monologue en elle même, et se console ainsi du désagrément de cette première aventure, une autre troupe d'hommes passe. Julie, dont la gorge, quoi qu'elle en dise, n'est pas mieux vêtue que celle de Doris, ne s'y prend pas plus honn()[cment ni plus loyalement que sa rivale, pour triompher celte fois-ci. Elle imagine à son tour quel- ,^B que vivacité, quelque folie; pnr exemple, un cri pour un faux pas , et elle force ainsi ces hommes à la regarder la première. Il est vrai qu'ensuite, pour retenir leurs yeux sur elle, il en coûte aux siens autant de hardiesse et de corruption qu'elle en a reproché k ceux de sa compagne; mais tout cela lui échappe, elle ne s'en aperçoit pas. Sa rivale n'a d'abord gagné qu'en trichant; pour elle, elle a gagné de bon jeu, comme qui dirait par la force des cartes.
Mais, mesdames, leur dirai-je, est-ce \k vaincre? Êtes-vous venues disputer d'effionterie ou de beauté? Car aucune de vous, ce me semble, ne peut se flatter de l'emporter ici comme belle. Et en ceci pourtant, je crois que je me trompe moi - même. Entre deux femmes qui, en pareil cas, se ménagent aussi peu l'une que l'autre, c'est, sans difficullé, l'immodestie
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de la plas jolie qui pique le plus. Ainsi , il y a toujours combat de beauté entre elles.
§ La coquette ne sait que plaire, et ne sait pas aimer; voilà pourquoi on l'aime tant. Quand une femme nous aime autant qu'elle nous plaît, pour Tordinaire, elle ne nous plaît pas long-temps*, son amour nous a bientôt fait raison du pouvoir de ses charmes.
§ La femme vertueuse, avérée pour telle, et par conséquent inaccessible à la fleurette, n a plus de sexe, quelque aimable qu'elle soit, aux yeux d'une infinité de gens ; ce n'est plus une femme pour eux, elle ne leur est bonne à rien. Dites-leur : Elle est belle femme; ils vous répondront : Fort belle. Mais c'est un mot qu'ils disent , et non pas une réflexion qu'ils font avec vous.
§ Les vraies coquettes n'ont l'âme ni tendre ni amoureuse; elles n'ont ni tempérament ni cœur. Je crois qu'il ne leur en coûterait rien d'être sages, s'il ne fallait pas quelquefois manquer de sagesse pour garder leurs amans. Leurs bontés, toujours rares, ne sont pas des faiblesses ; ce sont des actes de prudence. Elles n'ont pas besoin d'être faibles ; mais vous avez besoin qu'elles le soient un peu.
Un homme serait bien honteux de tous ses transports auprès d'une coquette qu'il adore, s'il pouvait savoir tout ce qui se passe dans son esprit, et le personnage qu'il fait auprès d'elle ; car elle n'a point de transports, elle est de sang-froid, elle joue toutes les tendresses qu'elle lui montre, et ne sent rien que le plaisir de voir un fou, un homme troublé, dont la
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àùmetice, l'ivresse et la dt-gradation , font honneor i SL'S cliarmea. Voy«iis, dil-t-ilc, jiisqn'oii ira sa (blie; conlemplons ce que je vaux dans les ëgaremens où je le jette. Que de soupirs! Que de sermens ! Que de discours eniport(;s et sans suite ! Comme il m'adore! Comme il m'idolâtre! Comme il se lail! Comme il me rcyanle! Comme il ne sait ce qu'il dit! Allons, nu vanité doit être bien conleuto. Il faut que je sois prodigieusement aimable; car il est prodigieuseoMnl fou.
Quelquefois aussi ollu se trompe. Cet homme, qu'elle appelle fou, peut n'être de son côté qu'un &pon, qui croit avoir nttutidri la friponne, et qni «'rfcrie en hii-mOme : Ali ! que je suis aimable , et qu'dlc est folle !
§ On parle des coquettes , on en parle devant des coquettes même. On leur dit qu'il est honteax de l'être. Elles le disent aussi de la meilleure foi du monde. Elles ne s'avisent pas de penser qu'on parle d'elles -, et ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'on n'en parle point non plus. Elles plaisent à tout ce qu'il y a là d'hommes ; et on ne trouve poiot coquette une femme qui plaît , on ne la trouve qu'aimable.
Je n'aime pas les coquettes, vous dit un homme qui fait le délicat en fait de femmes; et de toutes les femmes la plus coquette, c'est celle qu'il aime et qu'il adore.
§ Que veulent dire la plupart des romans? Ils nous font des amans si fidèles , qu'ils ont le courage de faire les cruels avec les plus belles femmes du monde qui
se jettent à leur tête. Ils ne sont pas seulement tentes de laisser tomber un regard sur elles ; le tout parce qu'ils ont une maîtresse. Cela ne vaut rien , et n'est ni vrai ni vraisemblable.
Il serait pourtant beau qu un homme, en pareil cas, résistât; encore serait-ce du beau qui choquerait la vue. On le souffrirait dans un chrétien , on ne Taimerait pas dans un galant homme.
§ Les hommes disent que les femmes ont la fai- / blesse en partage. Cela peut être vrai en soi*, mais avons -nous droit de le dire, ou même de le croire? Examinons, par exemple, la distribution des devoirs du mariage, telle que nous Favons réglée entre des créatures si faibles , et nous qui nous croyons si forts ; nous verrons si la balance est égale.
- Marions une fille à un brutal *, et il n'y a que trop de ces messieurs-là. De quel ton quelquefois ne parlet-il pas à sa femme? Taisez-vous, madame ; je le veux ; laissez-moi en repos 5 vous ne savez ce que vous dites; je le veux. Que ce superbe ye le veux est humiliant ! Le dernier des esclaves peut-il s'y accoutumer? Y at-il une âme pour laquelle il ne soit pas sanglant? H écrase l'amour-propre •, et j'ai pitié d'une femme dont on outrage jusque-là la dignité de compagne , dont on anéantit la volonté jusqu'à cet excès.
L'infortunée se plaint-elle, vous diraient lesfem-. mes , c'est encore pis \ le brutal s'en offense. Se révolte-t-elle à force de récidives-, elle est perdue-, les lois l'attendent pour la condamner, pour la punir de n'avoir pas la force de mourir dans le silence. Que
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faut-il donc qu'ellt; fssàe? Hiilas! lui dira-t-on, celsj est bien fâcheux; tâchez de prendre patience; vonS'l n'avez de ressource que dans vos vertus. C'est comme I si on lui disait : SoiilFrc, pleure, gémis, soupire^ 1 pratique des vertus impraticables , et tâche de te tral- J atif ainsi jusqu'à la mort, d'attraper le mieux que ta J pourras la fui de ta vie ; voilà tous les remèdes qa'onj saclu; à la peine, la patience et la mort.
Qu'on nous cite un seul article où nous ne soyoïu pas maltraitées, ajouteront les femmes; car ce son) toujours elles que je fais parler. Une femme se com* porte mal; elle a des amans; elle trahit la fîdt^Iit^l conjugale. Point de quartier pour elle; onl'eufermei^ on la séquestre, on la rétiuit à une vie dun; et fmgalc, on la déshonore; et elle le mérite. Mais que Ëiit-on à un mari infidèle, qui vit avec ses maîtresses, qui se ruine pour elles, lui, sa femme et ses cnfans? Que lui fait-on? Le voilà dans le cas où l'on enferme sa femme.
Et remarquez que cette femme a caché son libertinage autant qu'elle a pu ; elle était même hypocrite , de peur d'être scandaleuse. Son vice était timide, il se sauvait dans les ténèbres ; à peine en a-t-elle joui '.
■ ^ peine en a-t-elle joui. Ce*t preiqje li roime idée que Racino ■ renilue par ces deux vers admirables de Phèdre .-
C'csl, dans l'un ctl'auUe autour, le cri de la nature. Mari Ta ni, tout ce passage sur l'injustice du monde eoTeri les femmei, i
Jetez les yeux sur un mari infidèle. Y a - 1 - il rien de plus effronté que son libertinage? Prend - il quelques mesures pour le cacher à sa femme? Eh ! qu'importe qu'elle le sache? Il en sera quitte pour la voir pleurer. Le cachera-t-il à ses amis ? Ils n'en feront que rire. Aux indifférens? Que lui diront - ils? N'est -il pas le maître de ses actions ? Ne lui est-il pas permis de corrompre les mœurs, et de donner des exemples de vices ? Bagatelles que tout cela.
Mais sa femme est punie , encore une fois ; et que lui fait-on à lui ? Nous le demandons *, que lui en arrive-t-il ? Où sont les maris qu'on enferme , qu'on séquestre ? Sont-'ils seulement déshonorés dans le monde ? Point du tout. Monsieur un tel est un homme qui se dérange, dira- t-on-, sa femme est aimable, sa maîtresse ne la vaut pas.
Qu'est-ce que cela signifie, sa femme est aimable ? Est-ce là tout ce qu'il y a à dire. Et quand lui - même n'est qu'un magot, qu'il est laid de visage et d'esprit, vous ne pardonnez pas à cette aimable femme de le trahir avec éclat, tout aimable qu'elle est! Cette injustice-là passe l'imagination.
Nous disons qu'on lui pardonne à ce mari; vrai*^ ment, qu'on ne s'en tient point là ! Comment donc ! son libertinage, ou plutôt sa galanterie le rend illustre; elle en fait un héros qu'on est curieux de voir; on se le montre au spectacle ; on épie le moment qu'il
preuve d'une sensibilité et parfois d'une éloquence très -remarquables.
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respects, d'assicluitiis , de raille tendres soins. CestI la manière de plaider de l'amour. Elle y rëpoud psr I des froideurs, par des refus redoubliïs, par des fiertés, par des fuites, par des assurances qu'il prend une J peine inutile, et enfin , no sachant plus que dire, par J des incrédulités sur le besoin insupportable qu'il a, dit-il, d'être payé. Laissez-moi, vous me fatiguez; j vous êtes importun; et puis, vous nie parlez d'une J chimère ; je ne vous dois rien. Elle a beau dire, poiot I de trêve de la part de l'amant; c'est un plaideur] obstiné qui redouble de chicanes, c'est-à-dire, d'em-' pressemens, d'ardeur, de plaintes, de désespoir, et J d'écritures en billets doux.
Que fera-t-e!Ie? Il faut bien en venir à un a niodement. ]Mais est -il bien vrai que je vous doive? La dette est- elle constante ? Je ne saurais me le persuader. Ne tient -il qu'à cela; l'amant en jure, et en est cru sur son serment. Eh bien! nous verrons, ne me pressez point. Soit, dit-il; mais donnez-moi toujours quelque chose à compte. Et quoi? Un motî dites seulement que je ne vous déplais point. Eh ! qui vous dit que vous me déplaisez?
A ce discours, elle rougit; c'est-à-dire qu'elle entre en paiement. Sa réponse et sa rougeur sont deux kcomptes. On est interrompu; l'amant sort. Quand vous reverra-t-on P Autre à-compte. Il revient le lendemain , mais plus tard qu'à l'ordinaire. On boude. Encore un à-compte. Il s'excuse, il a eu des affaires indispensables ; il se met à ses genoux , il soupire ; on ne boude plus. Autre à-compte. Et ainsi d'à-comples
en à-comptes, qu elle lui distribue petit à petit, et qu elle fait durer plus ou moins.
Il est enfin temps de vous payer tout- à -fait, lui dit- elle. Je vous ai disputé mon cœur autant que je Tai pu*, mais il est juste que vous Fayez*, je vous le dois tout entier, et je vous le donne. Je vous aime. Vous m^aimez ! s*écrie - 1 - il. Ah ! vous me ravissez ! Est-il bien vrai? Oui, je vous aime. Mais prouvez Jemoi donc. En faut -il d'autres preuves que ce que je vous dis ? Oui , madame ; vous ne me donnez pas tout ce qui m'est du. Vous me payez mon cœur \ mais vous ne m'en payez pas les intérêts, ajoute-t-il, en lui serrant les mains , qu'elle lui permet de baiser mille fois. Elle lui dit alors : Eh bien ! vos intérêts , les voilà *, étes-vous content ? U ne répond rien ; car elle est bien loin de son compte. Mais elle y viendra. Rien ne va si vite que le paiement de ces intéréts-là , quand il est une fois commencé.
Si pourtant elle ne l'achève pas, si elle refuse de le consommer, elle gardera long - temps son créancier. Si elle le consomme , serviteur à la débitrice ^ la chance tourne ^ c'est elle qui devient la créancière , et le tout finit par une banqueroute qui la déshonore , quoique ce soit elle à qui on la fasse *• § Il y a bien de la différence entre un homme fier
' Qui la déshonore , quoique ce soit elle a qui on la fasse. On trouve la même pensëe dans Cbamfort : « L^amour est uo commerce orageux, qui finit toujours par une banqueroute ; et c^est la personne à qui on fait banqueroute qui est déshonorée. »
et un homme glorieux. La fierté part d'ua sentiment noble et louable; c'est une veilu quand elle est régltie, ce n'est un vice que quand elle ne l'est pas. Mais la vaine gloire est toujours un ridicule.
On peut dire à un homme : Vous êtes trop lier ; mais on ne lui dit point : Vous êtes trop glorieux; ce serait . ' lui dire une injure, ce serait l'appeler fat. Il sied bien à un homme d'être fier dans de certaines occa^ons; il n'y a point d'occasion où il ne se dégrade, quand il est glorieux. Ordinairement même le glorieux n'est pas lier. L'homme fier veut être intérieurement content de lui. Il sulUt au glorieux d'avoir contenté les autres ; c'est assez pour lui que ses actions paraissent louables. L'autre veut que les siennes le soient k ses yeux mêmes.
En un mot, l'homme fier a du cœur; le glorieux n'a que l'orgueil de persuader qu'il en a. L'un a de vraies vertus dans l'âme ; l'autre en joue qu'il n'a pas, et qu'il ne se soucie pas d'avoir. L'un a du plaisir à être honnête homme ^ l'autre voudrait bien souvent s'exempter de faire comme s'il l'était. U ne tient pas à la probité, il tient à l'honneur qu'elle procure. Aussi en manque - 1 • il dans mille petits détails qu'on ne sait point.
L'homme fier est un bon ami ^ c'est à vous personnellement que son amitié s'adresse. Le glorieux n'est ami de personne-, et quand il parait le vâtre, ce n'est pas vous qu'il Mme , c'est votre rang , c'est votre fortune , c'est l'éclat qui vous environne , et l'estime où vous êtes dans le monde; c'est-à-dire qu'il vous aime
comme riche, comme grand seigneur, comme puissant, comme accrédité, conjme honora des autres, et jamais comme homme ^qu il esttime et qui lui plaît. Vous n'êtes rien pour lui; vous ne râlez pas votre habit; il Faimetnieux que vous, quand il est magni-* fique^ r".
Distinguez pourtant le fanfaron du glorieu;c. On prendrait souvent le glorieux pour un fanfaron ; m^is Fhomme qui n'est que fanfaron peut être un trèshonnéte homme, il peut avoir toutes les vertus qu^il vous jQOiontre. Son défaut est de les avoir avec fa^te, de vouloir les rendre étonnantes ; et quelquefois il a dans Tâme de quoi pouvoir les rendre telles , de quoi tenir tout ce qu'il promet ; c'est seulement dommage qu'il le promette. Il peut être respectable dans le fond, pendant qu'il est un fanfaron dans la forme; U n'a quelquefois tort que dans les manières.