‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 105 sur 117 · SUR LES CULTES. Z']'J · texte numérisé non relu

SUR LES CULTES. Z']'J

forcée de ïnënager et qu'elle tache d'affaiblir ; manège qui me semble indigne d'une législation souveraine et puissante , dont le caractère doit être la grandeur et la majesté.

J'observerai de plus que , dans nos lois prohibitives , ces dispositions hostiles ne sont pas toutes également relatives à tous les cultes , et qu'à parler sincèrement , elles n'en regardent qu'un seul.

• Par exemple , à quel autre culte que le catholicisme s'adresse la prohibition des cérémonies extérieures ? Le déisme philosopliique n'a pas. même des temples \ c'est une pure contemplation , une adoration mentale , solitaire et silencieuse.

Le déisme oriental a des temples , des assemblées , des fêtes solennelles ; mais ce n'est vraisemblablement ni de la religion de Confucius , ni de celle de Mahomet , ni même expressément de celle de Moïse , que nos lois se sont occupées.

Ce n'est pas le polythéisme , ce ne sont pas les (êtes de Cérès , de Cybèle , que l'on craint de voir célébrer.

Soyons de bonne foi ; ce n'est pas même le christianisme en général que peuvent regarder Tios lois prohibitives ; c'est le catholicisme seul 5 car lui seul a des cérémonies et des signes hors de ses temples 5 lui seul oblige ses ministres à garder habituellement un costume particulier. Aucune autre secte n'a rien de cet extérieur qu'interdisent nos lois.

L'apparence d'égalité que présente le vague d'une prohibition commune à tous les cultes n'est donc qu'une vaine formule ; et , en réalité , Tintcrdiction des cérémonies et des signes exté*

rieurs n'atteint que le catliolicisme. C'est aussi \e catholicisme qu'on a supposé dangereux , lorsqu'on a cru devoir se préserver des entreprises des ministres du culte , relatii^ement à [état cixdl des dtojrens , comme le dit expressém^it la loi du 7 vendémiaire (28 septembre )-

Qu'il me soit donc permis d'in^rroger cette politique ennemie du culte catholique , et de lui demander, non pas en zélateur, mais en législateur, sans partialité , sans aucune ostentation de mes sentimens personnels , quelles causes de suspicion , particulières à ce culte ou personnelles à ses ministres , ont donné lieu à des précautions si scrupuleusement sévères ?

Si le catholicisme , comme l'idolâtrie , avait pour emUèmes les passions , les vices et les crimes déifias , sans doute il faudrait abolir ou du moins tenir enfermées ces licencieuses images.

Mais aue peuvent avoir de scandaleux et de nuisible les symboles dçs plus modestes et des plus douces vertus ? Que peuvent avoir d'alarmant ou pour les mœurs , ou pour les lois , des exemples d'humilité , de patience , d'indulgence, d'abnégaûo^ de soi-même: 9 de bienfaisance univei^selle ?

Quel est , surtout , le sig^e qu'on veut défende aux catholiques d'arborer dans Içurs fètes et 4axis leurs funérailles? Le signe de leur foi et de l^urs espérances , leur gage d'înpnortalité , le '^i^e de l'aQiour d'un Dieu , et. de S4^ dévouement pour le salut des homiHfies.

AV r q^o ce »gne i^j^t^îçux , rob)et de la v^néra^on de tant d'homme^ r^comms^dajbles pfu; leur génie et leurs lun^èves , soit regardé avec mépris par des hommes qui se prétendent

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i>lus éclairés , plus sages , c'est là <:ë que permet a liberté de la pensée *, mais que ceux-là même nous disent quel mal peut faire au monde , sur le frontispice d'un temple , ou sur le cercueil d'un chrétien y ou sur la tombe d'un homme juste qui est mort victime des méchans ^ quel niai peut faire , dis-je , l'image de cehii dont le dernier soupir demandait à son père le pardon de ses ennemis ? QuVt-il de dangerinx ce symbole de paix dans un temps où l'esprit de con* ciliation , de concorde est si nécessaire ? dans un temps où le seul espoir du repos , du salut public y Tiest peut-être fondé que sur l'oubli des crimes et sur le pardon des injures ?

Serait-ce à vous surtout , hommes coupables que la clémence de nos lois laisse vivre , malneureux qui n'auriez de refuge que le n^nt 9 si la miséricorde était bannie du ciel et de la terre *, serait-ce à vous de. rebuter le culte d'un Dieu qui pardonne et qui enseigne à pard^mer ? Ah! souhaitez plutôt de le trouver partout ce culte miséricordieux \ croyez en un Dieu l'édeBq>teuF, c'est là votre seule espérance. Par mieUe autre expiation apaiseriez- vous vos rémoras? etqjnelle autre victime laverait dans son sangle SMig doiit vous êtes couverts ?

Croyance superstitieuse, dis^Kt les incrédules, en insultant au plus sublime exemple de 1» plus héroïque de toutes les vertus.

Eh bien ! que la croyance des Chrysostôme , des Ambroise , des Augustin , des Newton , des Pascal , des Bossuet , sok , si l'on veut , Une folie ^ car il ne s'agit point ici de controverse théologique , et ce n est pas la vérité de ce euke que je défends -y je pafle de son û^ooenee , et j^ 4»-

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mande quel est celui de ses symboles qu'ail seratc dangereux d*exposer au public , surtout après que tant de siècles y ont accoutumé tous lés yeux.

Ce serait là , dît-on , pour le catholicisme une distinction , et la loi n'en veut point. Si , par distinction , Ton n'entend qu^une diflférence visible, on aura beau vouloir qu'il n'y en ait point entre les cultes^ leurs temples seront ouverts, et les -rites , les chants , les prières publiques , les feront assez reconnaître. Si , par distinction , l'on entend quelque prérogative , ce n'en sera pas une pour le catholicisme ; car il sera permis égaler ment à tous les cultes d'^avoîr , comme lui , leurs symboles et leurs signes extérieurs. C'est une

1>rofe5Sion de foi visible et solennelle qu'il sera ibre à chacun de faire , et qu'il ne sera libre à aucun d'insulter. Le croissant , l'arche d'alliance, les tables de la loi , tout sera ostensible , et de l'égalité civile résultera Tordre et la paix.

Mais les signes d'une croyance qu'on ne veut plus voir dominante ta rendent plus sensible , plus puissante sur les esprits. Oui, c'est là Te ' TOLcm des lois coërcitives que Ton a. cru devoir imposer au catholicisme. Ses solennités , ses ot— fices, la pompe de ses fêtes, l'imposante célébration de ses mystères , jusqu'à ses processions rustiques, qtiî semblent rendre plus abondantes l'es bénédictions du ciel, lorsque, dans les campa-* ^es , la voix des laboureurs les appelle sur les moissons ^ mais , plus que tout cela encore , les -«onsolatioiis que la religion apporte à la nature dans les accidens de la vie , aux malades et aux mourans dans les accès de la souffrance , dans les angoisses de la mort i tout cela , dis-^e , a para

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trop puissant sur les esprits et sur les âmes. H en a été de ce culte comme d'un arbre dont on redoute l'ombrage spacieux , et dont les uns attaquent les racines, les autres brisent les rameaur^ de même , on a travaillé h l'envi , les uns à extirper la religion catholique, les autres à la dépouiller de tout ce qui semblait devoir contribuer à son accroissement ou étendre son influence; et il faut convenir que , dans le système pervers que l'on avait conçu , cette mesure était prudente. Le projet d'une politique destructive de toute morale ne pouvait être mieux raisonné , et nos dépravateurs ont été censéquens.

On savait bien que le catholicisme était la pro«* fessîon de toutes les maximes qu'on voulait nous faire abjurer , l'ami de toutes les vertus qu'oit voulait bannir ou proscrire , et l'ennemi de ions les vices qu'on voulait qu'engendrassent la licence et l'impiété.

On savait bien aussi que le catholicisme était de tous les cultes et le plus populaire et le plu» attrayant pour cette classe d'hommes que l'on avait dessein de corrompre et de dépraver. Son avantage est de leur oflnr des objets consolans pour eux , des amis qui , du haut du ciel, s'intéressent à leurs travaux , à leurs peines , à leurs disgrâces; un Dieu surtout ^ un Dieu, l'exemple et le modèle de ces humbles vertus dont le peu-

ÎAe a besoin dans sa condition pénible , et qui tti-même a tant souflfert pour leur enseigner à souffrir.

Tout cela , sans doute , répugne à des esprits superbes ; mais le peuple n'a pas cet orgueil incrédule : ce qui parle à son coeur captive aisé-

ment sa raison. Un Dieu , Fami des malheureux, qui recueille leurs larmes , qui écoute leurs soupirs ; un Dieu qui soutient leur courage et c[ui exalte leurs espérances ^ un Dieu qui , après quelques momens d'afflictions et de souffirances, leur promet une gloire , une félicité sans 6ii : ce Dieu consolateur leur est U'op nécessaire pour ne pas obtenir leur amour et leur foi , et Le besoin d'y croire fera plus de chrétiens qu^une fausse philosophie ne fera jamais d'incrédules. C'est ce qu'ont bien compris ceux qui se sont fait un système de dénaturer tput un peuple ; ib ne pouvaient chasser des cœurs l'humanité, tant qu'il y resterait quelques u^apes d'une religion compatissante et charitable : ils n'ont dressé leurs échafauds que sur les débris des autels.

Il ne faut donc pas s'étonner si des esprits qu'anime encore le feu trop mal éteint des mêmes passions qui nous ont été si funestes conservent, pour un culte qui comprime ces passions , une antipathie invincible ; ils veulient trouver dans le peuple des complices qui leur ressemblent ; ils se croiraient perdus , s'ils se voyaient partout environnés de gens de bien. La paix est leur fléau : la justice, l'humanité, dont la voix les poursuit, dont le nom les eâbaie, sont pour eux comme des furies. Depuis qu'ils ont évoqué l'enfer et l'ont déchaîné sur la terre, ils ont pris le ciel en horreur ; ou, si pressés parleurs remords ils ont recours à la prière , l'espérance d'obtenir grâce leur manque tout à coup ; et , comme le Macbeth du poète anglais, iksont forcés de dire : Je ne saurais prier.

Il est une autre classe d'hommes moins vîo-

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