‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 106 sur 117 · SUR VES CULTES. S · texte numérisé non relu

SUR VES CULTES. S

lem $ plus faibles , qui, n o^ant proposer de bannir le catholicisme, voudraient au moins le rendre invisible à leurs yeux. Tous les déserteurs de ce culte n'en sont pas aussi pleinement détachés qu'ils prétendent Tètre ; la rencontre de ces emblèmes religieux qu'ont révérés leurs pères les tourmente de souvenirs ; il leur répugne de reconnaître, à leur costume modeste et simple , les ministres du culte qu'ils ont abandonné. Ces cérémonies mystérieuses réveillent en eux je ne sais quel sentiment involontaire mêlé de respect et de honte ^ le son même , la son de l'airain dans les airs les rappelle comme transfuges , les accuse copime infidèles j et, soit qu'il leur annonce des fêtes ou des funérailles , ce n'est jamais pour eux qu'un affligeant reproche ou qu'un présage menaçant.

Aussi a-t-on vu de tout temps que le catholique parjure à sa religion en est le plus cruel , le plus implacable ennemi ^ et l'on peut dire de lui ce que , àMï&Athcdie , Joad dit deMathan :

Ce temple l'importune , et son impiété Voudrait anéantir le Dieu qu'il a quitté.

Mais enfin , selon les principes d'une bonne législation et d'une saine politique , n'y a-t-il point des raisons d'équité , de prudence , de tenir tous les cultes dans un état d'égalité qui n'en laisse primer et dominer aucun ? Rien de plus sage , peut-on dire , que le maintien de cette égalité -, rien de plus juste qu'une police qui , d'un côté , réprime le fanatisme politique , qui de l'autre contienne le fanatisme religieux ; qui même s'oppose aux progrès d'un trop ardent prosélytisme , et ne laisse à aucun des cultes le

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pouvoir d'en exclure ni d'en gêner aucun ! Tel a été en dernier lieu Tesprît et le système des lois prohibitives , et en particulier la loi de vendémiaire ( septembre ).

Je n'attaque point ce système ; mais je pose en principe que cette égalité , que les lois ont droit d'établir , se borne à n'accorder à aucun des cultes permis ni privilège , ni préséance , ni prérogative quelconque , et ne consiste pas à réduire au niveau leurs avantages naturels 5 car , en fait de propriété , il en est des cultes comme des hommes ; il n'est pas au pouvoir des lois d'empêcher qu'un homme excellent n'obtienne parmi ses semblables des prédilections personnelles , qu'il n'exerce sur eux la supériorité des lumières et des vertus, le pouvoir des bienfaits, l'ascendant du génie , Tattrait de la persuasion. De même il ne doit pas être au pouvoir des lois d'interdire à un culte son empire sur la pensée, et les moyens qu'il peut avoir d'attirer à soi les esprits , si ces moyens sont innocens. Le droit d'égaler tous les cultes n'est que le droit de n'en favoriser aucun.

Cependant , si Tun d'eux ne pouvait être pleinement libre sans être vraiment redoutable , ne serait-il pas d'une bonne et sage politique d'en prévoir lés dangers et de les prévenir ? Je consens, j'applaudis à cette règle de prudence -, mais j'observe que la plupart de nos lois révolutionnaires se sont autorisées de préventions vagues, d'inquiétudes ombrageuses , de sombres méfiances et de chimériques frayeurs. Rien de plus facile que d'élever sur l'innocence même de^ nuages et des soupçons ^ rion de plus commua que d'affecter de craindre ce que l'on veut rendre

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odieuic. Défendons-nous , législateurs , de toute opinion légèrement conçue ou malignement inspirée. Gardons-nous des impressions que laissent trop souvent aux amis de la vérité les rumeurs de la calomnie.

Tout est susceptible d^abus , et les meilleures choses , et les cultes eux-mêmes. Mais les abus viennent des hommes , dont chacun répond de soi-même ^ et qui sont tous également sous la surveillance des lois.

n s'agit donc ici de voir si Tesprit du catholi-* cisme autorise ou condamne les maux dont on Faccuise , les crimes commis en son nom ^ sMl j induirait ses ministres , et si les passions qui arborent ses enseignes ne le trahissent pas lui-même en affectant de le servir.

Je n'afiaiblirai point les raisons que Ton croit avoir d'être en garde contre ce culte. Les voici ces raisons ^ et dans toute leur force. La France a eu depuis Clovis une religion dominante , une église exclusivement protégée et favorisée , successivement enrichie , décorée de dignités , et formani; le premier des ordres de l'étal. Or , nous dit-on, voyez quelle est dorénavant sa décadence et sa ruine ! Dépouillée de sa splendeur , déchue de tous ses privilèges et de toutes ses dignités , privée de toutes «es richesses , comment ne peuton pas la craindre après lui ^voir tout ôté ? Peutelle ne pas être Fei^nemie irréconciliable d'une constitution qui ne permet pouf elle aucune fondation, aucune dotation commune, et qui réduit ses prêtres à ne subsister que des dons d'une charité personnelle ? Peut-elfe ne pas détester une révolution qui a profané , détruit ou ensanglanté ses autels , qui l'a chassée de ses temples ,

qui a fait proscrire , emprisonner , bannir ^ égorger ses ministres ? Oui , tout delà , sans doute , est fait pour aigrir , pour exaspérer des esprits livrés aux mouvemens des passions humaines ; mais à ces mouvemens s^opposeid le frein d'une religion gui dompte la nature et qui commande le sacrifice de tous les intérêts et ae tous les ressentimens ] d'une religion qui , depuis sa naissance , et à l'exemple dé son modèle , n'a respiré que l'humilité , la patience , la douceur , robéissance aux lois , la paix avec les homtnes , la soumission la plus profonde aux décrets de la Providence , l'indulgence et l'amour ehvers ses ennemis , la crainte même et le mépris diis prospérités de la terre , l'abandon de tous les biens de l'avarice et de l'orgueil ; car tel est le catho* licisme ; tel a été son caractère , son Caractère inaltérable depuis qu'un Dieu ( je parle son langage ) , un Dieu patient jusqu à la mort a été son législateur.

Les temps sont changés , nous dit-oh.

Oui y les temps sont changés *, mais lareligion ne l'est pas. A travers les persécutions , au milieu des prospérités , elle est restée incorruptible , et ses maximes sont les mêmes que du temps des TertuUîen.

Mais 9 A tel fut l'esprit de ses premiers disc»-

Sles y à-t-il toujours été celui de ses pontifes , e ses prêtres ? .L'est-il encore ? Et si Fambition , la haine , la vengeance , les ont tant de fois animés , qui nous répond qu'ils n'en soient pas susceptibles dans tous les temps ?

Où en serions-nous , grand Dieu ! A on raisonnait ainsi la politique sociale ? et que resterait-il aux hommes dç Jièuïs ftu^ihés natureltes ,

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