‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 13 sur 117 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

et la bonté de nommer BéUsaire* « Je ne Tai point 9 répondit le roi *, c'est le seul de ses ouvrages que Marmontel ne m'ait point donné. — • Choisissez donc vous-même , sire , lui dit-elle , im livre qui m'amuse ou qui m'intéresse. — J'espère , lui dit-il , que celui-ci vous intéressera ; » et il lui donna un recueil de vers faits au sujet de sa convalescence. Ce fut pour elle , après le souper , un ample et riclie fonds d'éloges d'autant plus flatteurs , que l'esprit y laissait parler le sentiment.

Si le roi avait été jeune , et animé de ce fen qui donne de l'audace et qui la fait pardonner , je n'aurais pas juré que ta jeune et sage comtesse eut toujours passé sans péril le pas glissant du téte-à-tète \ mais un désir faible , timide , mal assuré , tel qu'il était dans un homme vieilli par les plaisirs plus que par les années , avait besoin d'être encouragé , et un air de décence , de ré* serve et de modestie n'était pas ce qu'il lui fallait. La jeune femme le sentait bien. Aussi , nous disait-elle , il n'osera jamais être que mon ami , l'en suis sure \ et je m'en tiens là. »

Elle lui parla cependant un jour de ses maitresses, et lui demanda s'il avait jamais été véri^ tablement amoureux. Il répondit qu'il l'avait été de madame de Châieauroux. « Et de madame de Pompadour ?— Non y dit-il , je n'ai jamais eu de Tamour pour elle. —Vous l'avez cependant gar* dée aussi long-temps qu'elle a vécu. — Oui , parce que la renvoyer , c'eût été lui donner la mort.» Cette naïveté n'était pas séduisante \ aussi madame de Séran ne fut-elle jamais tentée de succéder à ime femme que le roi n'avait gardée C[ue par pitié»

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Elle en était k ces termes avec lui , loi'squ^eSp et moi nous quittâmes tout pour accompagner aux eaux notre amie malade et mourante.

Madame de Séran recevait régulièrement y tous les courriers , une lettre du roi , par l'entremise de Janel ^ j'en étais confident -, je Tétais aussi de» réponses ; je Tai été depuis , tant qu^a duré leur correspondance ; et je suis témoin oculaire de riionnèteté de cette liaison. Les lettres du roi étaient remplies d'expressions qui ne laissaient rien d'équivoque, a Vous n'êtes que trop respectable ! . . Permettez-moi de vous baiser les mains; permettez au moins , dans Téloignement , que j.e vous embrasse. » Il lui parlait de la mort du dau*^ phin , qu'il appelait notre saint héros; et lui di-^ sait qu'elle manquait aux consolations dont il avait besoin sur une perte aussi cruelle •Tel était son langage , et il n'aurait pas eu la complaisance de d^uiser ainsi le style d'un amant heureux.. J'aurai lieu de parler encore de ces lettres dn roi , et de l'impression qu'elles firent sur un esprit moins facile à persuader que le mien. En at'* tendant , j'observe ici que le roi , à son âge , n'é-r tait pas fôché de trouver à goûter les charmes d'une liaison de sentiment , d'autant plus pi-^ quante et flatteuse , qu'elle lui était nouvelle , et que , sans compromettre son amour-propre ,. elle le touchait par l'endroit le plus déBcat.

Quoique le bruit que faisait BéKsaire et la célébrité que les Contes moraux avaient dans le nord de l'Europe , m'eussent déjà rendu assee. remarquable parmi cette foule au milieu de laquelle je vivais , une aventure assez honorablcu pour moi m'attira de nouvelles attentions. \}i% matin , en passant devant la grande auberge oitk

tIVRE viir. 4?

w tenait le Hîdotto^ je m'entendis appeler p«r mon n(Hn. Je lève la tête , et je vois à la fenêtre d'où venait la voix , ijp homme qui s'ëcrie , c'est lui-même ^ et qui disparaît. Je ne l'avais pas reconnu \ mais dans l'instant je le vois sortir de l'auberge , courir à^hioi et m'embrasser en disant r « L'heureuse renconti»e ! » C'était le prince de Brunswick. ((Venez, ajouta^-il^que Je vous présente à ma femme ; elle va être bien contente^ » Et , en entrant chez elle : <( Madame , lui dit-il , vous désiriez tant de coimaitre l'auteur de Béllscdre et des Contes moraux ! le voici , je vous le présente. Son altesse royale , sœur du roi d'Angleterre y me recul avec la même joie et la même cordialité dont le prince me présentait. Dans ce moment , les magistrats de la ville les attendaient h la fontaine , pour la faire ouvrir devant eux et leur montrer la concrétion de soufre pur qui se formait en stalactite sous la pierre du réservoir j espèce d'honneur qu'on ne rendait qu'à des per» Bonnes principales. «ÂlIez-y sans moi, dit le princeâ sa femme ^ je passerai plus agréablement ces ro(miens avec -Marmontel. » Je voulus me refuser à cette faveur ; mais il fallut rester avec lui au moins un quart d'heure , enfermés tète à tète ;, et il l'employa à me parler avec enthousiasme des gens de lettres qu'il avait vus à Paris , et des heureux momens qu'il avait passés avec eux»

Ce fut là qu'il me dit que l'idée aJBiigeante qui lui était restée de notre commerce , était qu'il fallait renoncer àTespérance de nous attirer hors de notre patrie , et qu'aucun souverain de l'Eu- V rope n'était assez rie ne , assez puissant pour nous, dédommager du bonheur de vivre entre nous.

Enfin y pour l'engager à se rendre à la fontaine y

je fus obligé de lui marquer le désîp d'en voir moi-même l'ouverture , et j'eus l'homieur de l'y accompagner.

Gomme ils devaient partir le lendemain , la

{)rîncesse eut la bonté de m'inviter à aller passer a soirée avec eux au Bidottq. Elle dansait dans le moment que j'y arrivai ; et aussitôt elle quitta la danse , qu'elle aimait passionnément , pour venir causer avec moi. Jusqu'à une heure après minuit, elle, sa daree de compagnie ( mademoiselle Stuart) et moi , nous nous tînmes dans notre coin à nous entretenir de tout ce que voulut savoir de moi cette aimable princesse. Il est possible que sa bonté me fit illusion \ mais , dans son naturel , je lui trouvai beaucoup d'esprit et d'agrément, (t Comment donc , lui disais-je , vous a-t-on élevée pour avoir dans le caractère cette adorable simplicité ? que vous ressemblez peu à ce que j'ai pu voir de personnes de votre rang \ — C'est , me répondit mademoiselle Stuart, qu'à votre cour on enseigne aux grinces à dominer , et qu'à la nôtre on leur enseigne à plaire. »

La princesse, avant de me quitter , eut la bonté de vouloir que je lui promisse de faire un voyage en Angleterre , lorsqu'elle y serait elle- même. a Je vous en ferai les honneurs , me dit-elle (ce sont ses termes ) , et ce sera moi qui vous, présenterai au roi mon frère. » Je lui promis qu'à moins de quelque obstacle insurmontable , j'irais lui faire ma cour à Londres; et je pris congé d'elle et de son digne époux, véritablement pénétré des marques de bonté que j'en avais reçues. Je n'en fus pas plus fier; mais, dans le cercle du JRidoUo, je crus m'apercevoir que j'étais plus considéré. Il semble, mes enfans , qu'il y ait de la yanité à Yous

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