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l'on n*a vaît voulu que se débarrasser de lui ; qu'on ne l'avait accompagné à Spa que pour s'y amuser 5 qu'il n'était point dupe de ces b^les manières , et qu'il savait très-bien qii'il tardait à sa femme qu'il fut parti. Elle prit la parole en lui disant
Î[u'il était injuste ; que , s'il eut témoigné la plus égère peine de la laisser près de sa mère, nî l'une ni Vautré n'auraient voulu abuser de sa complaisance ; qu'au surpluis , quoique l'on eût laissé ses ïnalles à Aix-Ia-Cihapelle , elle était résolue à partir avec lui. « Non, madame, dit-il, restez ; il n'est plus temps , je ne veux point de sacrifices; — Assurément , réplîqua-t-elle , c'en est un que de quitter ma mère dans l'état où elle est , mais il n'en est aucun que je ne sois prête à vous faire. — Je n'en veux point , répéta-t-il en se levant de table. » Madame de Séran voulut tâcber de l'adoucir. «Pour vt>us, madame , lui dit-il , je ne vous parle point. J'aurais trop à vous dire ; seulement je vous prie de ne pas vous mêler de ce qui se passe-entre madame et moi. )> Il sortit brusquement , et nous laissa tous trois consternés. Après avoir tenu conseil un moment , Sious fumes d'avis que sa femme aUât le trouver. Elle était pâle et tout en larmes. Dans cet état , elle eut attendri le cœur d'un tigre *, mais lui , de peur de s'adoucir , il avait défendu de la laisser entrer , et avait ordonné que des chevaux de poste fussent mis à sa cbaise au petit point du jour.
C'était de tous les maîtres le plus ponctuelle-* ment obéi. Son valet de chambre représenta que , s'il laissait entrer madame , il serait chassé eur-le-champ , et que monsieur , dans sa colère , serait capable de se porter aux* plus ex-
trèmes Violences. Nous espérâmes que le som^ taeil le calmerait un peu , et je demandai seu-^ lemetit que Ton vint m^avertir dès le moment de son réveiU
Je n^Tais point dormi ^ je n^étaîs pas mëm^ déshabillé , lorsqu'on vint me dire qu'il se levait, J -entrai chez lui , et , dans les termes les iplus toucbans, je lui représentai l'état où il laissait sa femçae. « C'est un jeu, me ditnl , vous ne connaissez poiiit les femmes \ je les cenûaispoursioii Inallieur. » Lalprésaicedeses valets^melbi^çaau «lenée; et, lori^u'il fut près de partir : « Adieu, xurni-iimi 9 me<lit«il en me serrant la main , plaigfte^ le plus mjsJlieutèux des bernâmes. Adieu. >i Et , de Pair dont il serait nftopté à l'éofaafaud> i\ mônt^ en yoitute et partit.
Alors , 1^ douleur de inadanie de'MaPÎgnyse ehai]^eRlit en ipdignation 1 « 11 ^e rebute , iious dit^Ue ; il veut me révolter , ily réussira. J'étai$ dispo^éeà l'aimer , le ciel m'en os ttéinoîfi \ j'au-r Tais lait mon bonheur , ^a gloire de le rendre heureux ; mais il ne veût-rpas- l'être*, il fi juré do me forcer à le haïr. »
Nous, passâmes trois jours à Spa , les jeunes femmes à disafper la tristesse ^ont^lles avaient Fimetitfeiiite , et moi a réflécbirsur les suites fà^ cheubes qiie ee vo^age-pouVait avoir. Je ne prén voyaia|>as epci^re^e cbagriaj^ eruelqu'il ftllait lumsefmser*
A mesure que le sang se dépurait dans les veines de'iiotrefxialckde, il se^hxtaitsttccessiyeme&t sur sa peibuetpartottt^dneQrps, UQOgflile^y d'elleiT inême/sécfaait ettoiÂbattenqpoussièi^e. C'était la son ariut ; et , "du momeiit ^ue cette écume 4u sang avait commencé à seTépk&dre au^dehors, Iç
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ttiedecm Favait regardée comme rappelée à la TÎe. Mais elle , k qui cette galle inspirait du dé« goùt> et qui en trouvait la gnërison trop lente , voulut Taccëlérer ; et, prenant pour cela le temp» de notre absence , elle s^était enduit tout le corps de cérat. Aussitôt la transpiraticm de cette hu« meur avait cessé , la galle était rentrée , et noua trouvâmes la malade dans un état plus désespéré que jamais. Elle voulut- retourner à Paris ; nous b ramenâmes à peine , et elle ne fit pliis que languir*
Pour la laisser reposer* en chemin , nous venions à petites journées. A Liège, où nous avions Couché , je vis entrer chez moi , le matin , un bourgeois d'assez bonne mine , et qui me dit : c( Monsieur, f ai appris hier au soir que vous étiez ici ^ je vous ai de grandes obligations , je viens vous en remercier. Mon nom est Bassompierre ^ je suis imprimeur-Kbraire dans cette ville ; j'imprime vos ouvrages^ dont j'ai un grand débit dans toute FAllemagne. J'ai déjà fait quatre éditions copieuses de vos Contes moraux; je suis à la troisième édition de Bélisaire, — Quoi ! monsieur , lui dis - je en l'interrompant , vous me volez le fruit de mon travail , et vous venez vous en vanter à moi !• — Bon! reprit -il , vos privilèges ne s'étendent point jusqu'ici : Liège est im pays de franchise. Nous ayons droit d'imprimer tout ce qu'il y a de bon; c'est là notre comn^erce. Qu'on ne vous vo^e point en France, où vous êtes privilégié, vous serez encore assez riche. Faites-moi donc la grâce de venir déjeûner che2 moi •, vous veirrez une des belles imprimeries de l'Europe , et vous serez content de la manière dont vos ouvrages y sont exécutés. »
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Pour voir celle exécution , je me rendis cliea Bassompierre. Le déjeuner qui m'y attendait était un ambigu de viandes froides et de poissons. Les Liégeois me firent fête. J'étais à table entre les deux demoiselles Bassompierre qui , en me versant du vin du Rliin , me disaient : « Monsieur Marmontel , qu'allez - vous faire à Paris , ou Ton vous persécute ? Restez ici , logez chez mon papa ; nous avons une belle chambre à vous donner. Nous aurons soin de vous^ vous composerez tout à votre aise , et ce que vous aurez écrit la veille sera imprimé le lendemain. » Je fus presque tenté d'accepter la proposition. Bassompierre , pour me dédommager de ses lar-. cins, me fit présent de la petite édition de Molière que vous lisez -y elle me coûte dix miUe écus.
A Bruxelles , on me donna la curiosité de voir un riche cabinet de tableaux. L'amateur qui l'avait formé était , je crois , un chevalier Vérule , homme mélancolique et vaporeux , qui , persuadé qu'un souffle d'air lui serait mortel , se tenait rentermé chez lui comme dans une boîte. Son cabinet n'était ouvert qu'à des personnes considérables ou à de fameux connaisseurs. Je n'étais rien de tout cela; mais, après avoir pris ime idée de son caractère , j'espérai l'amener à me bien recevoir. Je me fis présenter à lui. (c Ne vous étonnez pas , lui dis- je , nionsieur le chevalier, qu'un homme de lettres qui fréquente à Paris les artistes les plus célèbres , et les amateurs des beaux-arts , veuiUe pouvoir leur dire des nouvelles d'un homme pour lequel ils ont tous l'estime la plus distinguée. Ils sauront que j'ai passé à Bruxelles, et ib ne me pardonneraient
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pas d^y avoir passé sans vous avoir vu , et sans m'êlre informé de l'état de votre santé. — Ali ! monsieur , me dit - il , ma sauté est bien misé^ rable ; » et il entra dans des détails de ses maux de nerfs^ de ses vapeurs , de la faiblesse extrême de ses organes. Je Técoutai ^ et , après lui avoir bien recommandé de se ménager , je voulus prendre congé de lui. a Ëh quoi ! monsieur , me dit-il , vous en irez-vous sans jeter un coup d'œil sur mes tableaux? — Je ne m'y connais pas , lui dis^je , et je ne vaux pas la peine que vous prendriez de me les montrer. )5*Cependant je me laissai conduire , et le premier tableau qu'il me fit remarquer fut un très-beau paysage ae Berghen. « Ah l j'ai pris d'abord , m écriai je , ce tableau pour une fenêtre par laquelle je voyais la campagne et ces beaux troupeaux. — Voilà , me dit -il avec ravissement , le plus bel éloge que l'on ait fait de ce tableau. » Je témoignai la même surprise et la même illusion en approchant d'un cabinet de glace , où était enfermé un tableau de Rubens qui représentait ses trois femmes , peintes de grandeur naturelle ^ et, ainsi successivement , je parus recevoir de ses tableaux les plus remarquables l'impression de la vérité. Il ne se lassait point de renouveler mes surprises : je l'en laissai jouir tant qu'il voulut , si bien qu'il finit par me dire que mon instinct jugeait mieux ses tableaux que les lumières de bien d'autres qui se donnaient pour connaisseurs^ et qui examinaient tout , mais qui ne sentaient rien.
A Valenciennes , une curiosité d'un autre genre manqua de me porter malheur. Comme nous étions arrivés de bonne heure dans cette place ,
je crus pouvoir employer le reste de la soirée à me promener sur le rempart- , pour voir les fortifications. Tandis que je les parcourais , un oflScier de garde , à la tête de sa troupe , vint à moi et me dit brusquement : « Que faites-vous la ? — Je me promène , €ft je regarde ces belles fortifications. — Vous ne savez donc pas qu'il' est défendu de se promener sur ces remparts , et d'examiner ces ouvrages ? — Assurément je l'ignorais. — D'où êtes-vous ? ■ — De Paris. — Qui étes-vous ? — Un homme de lettres , qui , n'ayant jamais vu-de place de guerre que dans des livres , était curieux d'en voir une en réalité. — Ou logez-vous? » Je nommai l'auberge et Ibs trois dames que j'accompagnais : je dis aussi mon nom. (c Vous avez l'air d'être dé bonne foi , dit-il enfin^ retirez-vous. » Je ne me le fis pas* répéter.
Commeje racontais mon aventure à nos dames, nous vîmes arriver le major de la place , qui , se trouvant heureusement un ancien protégé dé madame de Ponjpadour , venait rendre ses dtevoirs à la beîfe-soeur de sabienfeitrice. Je lie trouvai instruit die ce qui venait db m'arriver. 11 me dit que j'étais encore bien hctireux qu'on ne m'eût pas mis ea prison ] mais il m'offrit de me inener lui-même , le len<femain matin , voir tous les dehors de lia place. J'acceptai son oflte avec reconnaissance , et j'eus fe pfeisir de parcourir l'enceinte de la ville , tout à forsîr , et sans danger.
Pieu de temps après notre arrivée à Panrîs , nous eûmes la douleur de perdre madame Filleul. Jamais mort n'a été plus courageuse et pins ti'anquiïle. C'était une femme d'un caractère très-singulier , pleine d'esprit , et d'un esprit dont la
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{7éiiëtratian,Ia yivacité,la finesse ressemblaient an coup d*aril du lynx ; elle n'avait rien qui sentit ni la ruse ni l'artifice. Je ne lui aï jamais vu ni les illusions , ni les vanités de son sexe : elle en kvaitles goûts , mais simples , naturels , sans fantaisie et sans caprice. Son âme était vive , mais calme , sensible assez pour être aimante et bienfaisante 9 mais pas assez pour être le jouet de ses passions. Ses inclinations étaient douces , paisidIcs et constantes ; elle s'y livrait sans faiblesse , et ne s'y abandonnait jamais ; elle voyait les choses de la vie et du monde comme un jeu qu'elle s'amusait à voir jouer , et auquel il fallait dans l'occasion savoir jouer soi-même , disait-elle , sans y être ni fripon , ni dupe : c'était ainsi qn'eUes'y conduisait , avec peu d'attention pour ses intérêts propres , avec plus d'appBcation pour les intérêts de ses amis. Quant aux événemens , aucun ne Tétonnait , et dans toutes les situations elle avait l'avantage du sang-froid et de la prudence* Je ne doute pas que ce ne (ta: elle qui eit mi# madame de Séran sur lie chemin de la fortune ; mais elle ne fit que sourire à Fingénuité de cette jeune femme, lorsqu'elle lui entendit dire que, même dahsun roi , f&t-il te roi du monde , elle ne voulait point d'un amant qu'elle n'aimerait pas. « On t'en fera y lui disait-elle , des rois dont tu sois amoureuse l on te donnera des fortunes où l'on n'ait que la peine de prendre du plaisir! — Vraiment, disait la jeune femme, vous voudriez bien tous que je fusse toute-puissante , pour n'avoir qu*à me demander tout ce qui vous ferait envie ; mais , pendant que vous vous amuseriez ici , je m'ennuierais là-haut et j ^ mourrais de chagrin , comme madame de Pompadour. — Âllous , mom
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enfant, soyons pauvres , lui disait madame Fil*' leul , je serais à ta place aussi bète que toi ; » et le soir nous mangions gaiment le gigot dur ^ en nous moquant des grandeurs humaines < Ainsi ^ sans s'émouvoir de la vue et des approclies de la mort , elle sourit à son amie en fui disîmt adieu , et son trépas ne fut qu'une dernière défaillance.
A mon retour d^ Aix-la-Cliapelle , j 'avais trouvé la censure de la Sorbonne affichée à la porte de l'académie, et a celle de madame Geoffrin.Mais les suisses du Louvre semblaient s'être entendus pour essuyer leurs balais à cette pancarte. La censure et le mandement de rarchevèque étaient lus en chaire dans les paroisses de Paris , et ils étaient conspués dans le monde. Ni la cour , ni le parlement ne s^étaient mêlés de cette aâaire : on me fit di^e seulement de garder le silence y et BéUsaire continua de s'imprimer et de se vendre avec privilège du roi. Mais un événement, plus affligjeant pour moi que les décrets de la Sorbonne^ m attendait à Maisons, et ce fiit là qu'en arrivant j'eus besoin de tout mon courage.
J'ai parlé d'une jeune nièce de madame Gaulard , et de la douce habitude que j'avais prise de passer avec elles deux les belles saisons de Tannée , quelquefois même les hivers. Cette habitude entre la nièce et moi s'était changée en inclination.Nous n'étions riches m l'un ni l'autre; mais , avec le crédit de notre ami Bouret , rien n'était plus facile que de me procurer , ou à Paris , ou en province , une assez bonne place pour nous mettre à notre aise. Nons n'avions fait confidence à personne de nos désirs et de nos espérances ; mais , à la liberté qu'on nous laissait