LIVRE IX
croyez qu'on lui en saura gré. v Son r61e eut le plus grand succès | (Stla pièce ^ quW redemanda à Versailles ( en 1 7 ^7 a) , y parut si changée qu'on ne la reconnaissait pas : }e n'y avais pourtant rien changé.
Ce ne fut que trois ans après que }e donnai la Fausse Magie ; et , quoique le succès n'en fut pas d'abord aussi brillant que celui des deux attires, il n'a pas été moins durable. Depuis plus de vingt ans qu'on la reyoit fréquemment remise au tbéâtre , le public ne s'en lasse point. U est vrai cependant que ces petits ouvrages ont perdu de leur lustre et la ileur de leur agrément , en perdant les acteurs pour lesquels je les avais &its.
La même année ( 1772 } Y eus à la cour une apparence de succès d'un autre genre , et bien plus sensible pour moi^ ce fut TefSet que mon épltre au roi isur Tincendie de l'Hôtel*Dieu obtiiJt ou parut obtenir. Ma vanité n'y était poiu: rien , mais l'impression vive et profonde que j'avais £iite y me oisait-on^ allait changer le sort de ces pauvres malades dont j'avais fait entendre les gémissemens et le& plaintes ; et , pour la première fois de ma vie , je croyais voir en moi un bienfaiteur de l'humanité. J'en étais glorieux , )'aurais donné mon sang pour que l'événement eût couronné mon oeuvre , mais }e n'ai pas eu ce bonheur^
L'ode à la louanjpe de Voluire est à peu près de la même date. Voici quelle en fui Toccasion. La société de mademoiselle Clairon était plus nombreuse et plus brillante <pe jamais. La conversation 7 était vive, surtout q«and la poésie en était le sujet ; «t l'homme de lettres ; avait ,
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pour interlocuteurs , des gens du monde d^un goût exquis et d'un esprit très - cultivé. Ce fut dans Fun de ces entretiens , quVn parlant des poètes lyriques , je dis que l'ode ne pouvait plus avoir , parmi nous , le caractère de vérité et de dignité qu'elle avait dans la Grèce , par la raison que les poètes n'avaient plus le même ministère à remplir ; que les bardes seuls, dans les Gaules, avaient eu ce grand caractère , parce qu'ils étaient , par l'état , chargés de célébrer la gloire des béros.
« Et aujourd'hui, me demanda-t-on , qui empêche le poëte de revêtir ce caractère antique , et de le consacrer à ce ministère public ? » Je répondis que , s'il y avait , comme autrefois , des îetes , des solennités , où le poëte fût entendu , la pompe de ces grands spectacles lui élèverait l'âme et le génie. Pour exemple, je supposai l'apothéose de Voltaire , et , sur un grand théâtre , au pied de sa statue, mademoiselle Clairon récitant des vers à la louange de cet homme illustre : « Croyez-vous, demandai-je, que l'ode, destinée à cet éloge solennel , ne prît pas , dans l'esprit et dans l'âme du poëte , un ton plus vrai , plus animé (jue celle qu'il compose froidement dans son cabinet ?» Je vis que cette idée faisait son impression , et mademoiselle Clairon surtout en parut vivement émue. De là me vint le projet de faire , pour essai , cette ode que vous trouverez dans le recueil de mes poésies.
En la lisant , mademoiselle Clairon sentit que son talent y pouvait suppléer au mien , et voulut bien prêter encore à mes vers le charme de l'illusion qu'elle savait si bien répandre.
Un soir donc que la société était assemblée