‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 23 sur 117 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

dans son salon , et qu'elle avait fait dire qu^on, Tattendît, comme nous parlions de Voltaire, tout à coup un rideau se lève , et , à côté du buste de ce grand homme , mademoiselle Clairon , vêtue en prétresse d'Apollon , une couronne de laurier à la main , commence à réciter cette ode avec Fair de l'inspiration, et du ton de l'enthousiasme. Cette petite fête eut, depuis , le mérite d'en faire imaginer une plus solennelle , et dont Voltaire fut témoin.

Peu de temps après , le comte de Valbelle , amant de mademoiselle Clairon , enrichi par la mort de son frère aine, étant allé jouir de sa fortune dans la ville d'Aix en Provence, et le prince d'Anspach s'étant pri§ de belle passion

Sour notre princesse de théâtre , elle fut obligée e prendre une maison plus ample et plus commode que celle où nons logions ensemble. Ce fut alors que j'allai occuper, chez la comtesse de Séran , l'appartement qui m'était réservé , et ce fut U que M. Odde vint passer une année avec moi.

J'aurais voulu me retirer avec lui à Bon -, et , pour cela , j'avais en vue un petit bien à deux pas de la ville , où je me serais fait bâtir une cellule. Heureusement ce bien fut porté à un prix si haut, qu'il passait mes moyei^s , et il fallut y renoncer. Je me laissai donc aller eucore à la société dé Paris , et surtout à celle des femmes , mais résolu à me préserver de toute liaison qui pût altérer mon repos.

Je faisais ma cour à la comtesse de Séran aussi assidûment qu'il m'était possible , sans lui être Importun. Elle avait la bonté de vouloir que j'al-i lasse passer le priatemps avec elle en NQrmai]^-*-

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dîe , iam ^oti petit château de la Tonr , qu'elle étnbcHîssait. Je l'y accompagnaî. Que n'auraîs-jé pas quitté pour elle ? Tout ce que peut avoir de charme ratnitié d'une femme et sa société la plus intime , sans amour, î^e le trouvais auprès de celle-ci. Certainement, s'il eût été possible d'être amoureux satis espérance , je l'aoraîs été de madame de Séran \ mais elle me ntarquait la limité dés sentim^ns qu'cHe araît pour moi , et de ceux u'il m'était permis d'avoir pour elle , avec tant 'ingénuité , qu'il n'arrivait pas même à mes désirs d'aller au-delà.

J*étaïs ausST lié d^amitié pure et simple avec des femmes qui , strr le déchn de leur âge , ti*aLraientpas cessé d'être aimables, et dont PonteneBe aurait dît : On voit hîen (jue Tatnout a passé par là. Je n'avais pas pour elles cette vénération qui n'est réservée qti'à la vertu ; mais elles m'inspiraiem tm sentiment de biettvefflance qui lie m'y attacïiâît guère moins , et qui les flattait davantage. J'étafe toucbé de voir la beauté vieillissante s'attrister devant son miroir de n'y j^his retrouver ses charmes. CeBe de mes amies qui s'affligeait le plus de cetteperte irréparable , c'était madame de L. p***. Elle me rappelait , daâs sa méluncôKe , ces paroles d'une beauté célèbre dans la Grèce , suspenciant son miroir ^ temple de sa divinité :

U le iffWA à Vénos, piûsçjB'eile est tOQJotxs belle ;

n redouble trop mes enjaw.

Je ne saurais aie voir dans ee nwoîr fiièfe , ¥i telle que je fus, ur ictle foe |a éiiit.

. Le coeur le plus sensible , le plus* déHcal , 1^ plus aimant , Ir^it celui !0e madaiiie i^h. P^.

Sans stvoir la prétentioiii de h éédomma^ de ce <{ixe les ans hû avaient fait perdit , je éhet" ehais k Vetk ccmsoler par ce«i5 tes soind d*!]»! ami raisonnafble e¥ teinlre ; et , cmnme un ittakde docile , elle aeeeptdit tous les soulagettrens q«e Im présentait ma raiison. £Qe avait m è kft e prévenn mes conseils, en essayant de faire <fivevsion k ses ennuis par le gottX. de Pé^ïde , et ee goàt cbar^ mait n^ loisii^.

Dans le premier éeiat de sa béante, personne ne s^était aoulEé qu^eUe eât autant d'esprit iju'eBe en «vait reçu de la nature. Elfe PigAoraît eBemême. Tout occupée de se» antres charmes , et ne Itérant m^ii ses pïakirs , sa mofiessë et som indolence laissaient epilime atidormie au fond de sa pensée une foule de perceptSons délicates , fines et justes , qui 8*y étaient logées , pour ainsi dire , à son insu , et ^r , dansi le triste loisir qu*elle avait eu enfin œ se les rappeler , semâaient éclore en ft>ule et comme a elles-mêmes. Je les voyais dans nos entretSena se réveiRer et se répandre avec beaucoup de grfices et dé facilité. Elle survait , par complaisance , mes étudies et mon travail ^ dits m'aidait dans mes recber cfaes ; mais, tandis que son esprit s-oecupart, son cpeur était vide; c'était là son tourment. Toute sa senaîbifité se porta vers notre amitié mutuelle , et , renfermée dans les limites des seuBs sentimens

Soi convenaient à son âge et au mien , efie n'en evîhtque plus vive. Soit à Paris , soit à la catnpagne , j^étais le plus assidu qu'il m'était possible auprès d'e%. Je quittais même asseâs souvent pcyr. ^e des, sociétés où , par goût, je me serais pbi davantage , et je feisais pour Tamitié ce tfjae bien rarement j'avais fait pour Famour ; mais

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personne au monde ne m'aimait ' antant qU^ madame de L. P'^** , et , quand je m'étais dît ; (c Tout le reste du monde se passe de moi sans regret , » je ne balançais plus à tout abandonner pour elle. Mes sociétés philosophiques et littéraires -étaient les seules dont elle ne fut point jalouse *, par toute autre dissipation je l'affligeais, et le reproche m'en était d'autant plus sensible , qu'il était plus discret , plus timide et plus doux. Dans ce temps-là mes occupations se partageaient entre l'histoire et l'Encyclopédie. Je m'étais fait un point d'honneur et de délicatesse de remplir dignement mes fonctions d'historiogra-

{>he ^ en rédigeant avec soin des mémoires pour es historiens à venir» Je m^adressai aux personnages les plus considérables de ce temps^là , pour tirer de leurs cabinets des instructions relatives au règne de Louis XV, par où je voulais commencer , et je fus moi-^même étonné de la con-« fiance qu'ils me marquèrent. Le comte de Maillebois me livra tous les papiers de son père et les siens. Le marquis de Castries m'ouvrit son cabinet où étaient les mémoires du maréchal <le Belle-Isle ; le comte de Broglio m'initia dans les mystères de ses négociations secrètes ; le maréchal de Contades me traça de sa main le plan de sa campagne , et le désastre de Minden. J'avais besoin des confidences du maréchal de Richelieu , mais j'étais en disgrâce auprès de lui , comme tous les gens de lettres de l'académie. Le hasard fit ma paix , et c'est encore une des circonstances où 1 occasion, pour me servir, est yenue au-devant de moi.

Une amie particulière du maréchal de Biche^ }ieu se trouvant avec moi dans une maison d^

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