‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 24 sur 117 · LIVRE ÏX. Ô · texte numérisé non relu

LIVRE ÏX. Ô

campagne , me dit qu'il était bien étrange qu'un Richelieu et qu'un homme de Fimportance de' celui-ci essuyât des désagremens et des dégoûts à l'académie française. « En eiSfet , lui dis -je , madame , rien de plus étrange ; mais qm en est la cause ? » Elle me nomma d'Alembert , qui avait pris , disait-elle , le maréchal en aversion. Je répondis a que Tennemi du maréchal à Facadémie n'était point d'Alembert , mais celui qui cherchait à l'aigrir contre d'Alembert et contre tous les gens de lettres. »

« Savez-vous , madame , ajoutai-je , quels sont les gens qui animent contre l'académie celui qui est fait pour y être honoré et chéri ? Ce sont des acad^^miciens qui n'y ont eux-mêmes aucune considération , et qui sont furieux contre elle. C'est l'avocat-général Séguier , le dénonciateur des gens de lettres au parlement^ c'est Paulmi , ce sont quelques autres intrus qui, mécontens d'un corps où ils sont déplacés , voudraient , avec Séguier, notre ennemi ^ former un parti redoutable. Voilà les gens qui tachent d'aliéner de nous l'esprit du maréchal , pour l'avoir à leur tête , etnousnuirepar son crédit. Quelle gloire pour lui que de servir ces haines et ces petites vanités ! Vous vosfez ce qui lui en arrive. Il obtient que le roi refuse d'approuver l'élection de deux hommes irréprochables. L'académie réclame contre ce refus , et le roi détrompé consent qu'aux deux premières places qui viendront à vaquer , ces mêmes hommes soient élus. C'est donc ce qu'on appelle im coup d'épée dans l'eau. Non ^ madame , le véritable parti d'un Richelieu à l'académie , le seul digne de monsieur le maréchal , c'est le parti des gens de lettres. >) . .

Elk tiPOt)»a que )'ayais rabon ; et , quelque» jours aprte le maréchal étaju venu dSuer à la xnème «avi^gne , sou amie voulut qu'il causât avec HUÙ» Je lui répétai à peu piè» les méoieji ckdses 9 quoiqu'en termes plus doux , et^ à Té* gard de a Alembert : «c Monsieur le maréchal ^ lui di»- je ^ d'Alembert vous croit l'ennemi de» gens de lettres , et FaBii de Séguier, leur déiioii* ciateur , voilà pourquoi il ne vous aime pas ; maiâ d'Alembert est un bon hoiDime , et jamais le sentiment de la haine n'a pris racine dans s<m cûeur* Il a épousé Tacadémie* Aimez sa femme comme vous en aimez tant d'autres ^ et venez H voir quelquefois ; il vous en saura gré ^ et voCia reeevra bien , comme font tant d'autres marié* y^

ILe mavëehal fut eontent de antoi j et , lorsqu'à hi pbee di^ fabbé Delille et à» &uard ^ irefiôséd par le roi ^ il fallut élire deux autres aeadémi-» GÎeBB , je fus invité à diner chez lui le jour de l'élection. A ce diner, ys trouvai Séguier, Paulmi^ Bis^j y Tévèque de Senlis. Leur parti n'était pas; Borabreux; et , quand il aiij^it eu quelques veôbe ckmlestines , k nôcr« était fooné et lié de &çoa à être &àm de prévaloir. Je ue 6s doue pas sesi-> bliant de croire que mms fuseioùs là pour parlei^ d'élections académiques , et , comvie à ub dfriejr de joie et de plaisir , amenant dès la soupe les propos qui riaiei^ le plus au maréchal ^ je le mis. en train de eauseff de l'ancieniie^ gahmierie y des jolies femme» de son temfa y. des hkwuts de la régence , que sais-je en&i ? du ihëâtere , et sus^ tout des actrices : si bien que le d^r se passa sans qu'il fàt dit uu: seul sMit de l'adadéme. Go ne fut qu'au scMrtir de table que l'évêque deSenlts, me tirant à l'écatf t ^ me demaudsi ^el ehoix noua

Page 1