LIVRE IX
ballet de Novère , un opéra français de Tlphigénie en jiulide, Gluck en avait fait la musique \ et cet opéra , par lequel il avait débuté enFrance , avait eu le plus grand succès. La jeune reine s^était déclarée en faveur de Gluck \ et Piccinî , qai, en arrivant, le trouvait établi dansTopinion publique , à la ville comme à la cour , non-seur lementn^avait pour lui personne , mais à la cour il avait contre fui Todieuse étiquette de musicien protégé par la maîtresse du feu roi , et à la ville il avait pour ennemis tous les musiciens fran* çais , à qui la musique allemande était plus facile à imiter que la musique italienne , dont ils dés-, espéraient de prendre le style et Taccent.
Si j'avais eu un peu de politique , je me serais rangé du c6té où était la faveur \ mais la musique protégée ne ressemblait non plus , dans ses formes tudesques, à ce que j'avais entendu dePergolèse ^ de Léo, de Buranello, etc., que le style de Crébillon ne ressemble à celui de Kacine \ et, préférer le Crébillon au Racine de la musique , c'eût été un effort de dissimulation que je u aurais pu soutenir.
D'ailleurs , je m'étais mis dans la tète de trans-
{>orter sur nos deux' théâtres la musique itaienne ^ etl'on a vu que , dans le comique, j'avais assez bien commencé. Ce n'est pas que la musiq[ue de Grétry fût de la musique italienne par excellence;^ elle était encore loin d'atteindre à cet ensemble qui nous ravit dans celle des grands ' compositeurs ; mais il avait un chant facile , du naturel dans l'expression ; des airs et des duos agréablement dessinés ; quelquefois même dans l'orchestre im heureux emploi d'instrumens ; fufin , du goût et de l'esprit assez pour supplv
Mém. u. 5
q8 mémoires.
à ce qui lui manquait du côte de Fart et du génie ^ et , si sa musique n^avait pas tout le cliarme et toute la richesse de celle de Pîccîni, de Saccbini, de Paësîello , elle en avait le rhylhme , l'accent , la prosodie ; j'avais donc démontié qu'au moins dans le comique , la langue française pouvait avoir une musique du même style que la mu* jsique italieime.
Il me restait à faire la même épreuve dans le tragique , et le hasard m*en offrait l'occasioUf Le problème était plus difficile à résoudre ^ mais paj? d'autres raisons que celles qu'on imaginaitf
La langue noble est moins favorable à la mu»
sique, i». en ce qu'elle n'a pas de^ tours aussi vifs, aussi accentués, aussi dociles à l'expression du chant que la langue comique; 2®, en ce qu'elle a moins d'étendue , d'abondapce et de liberté dans le choix de l'expression. Mais une bien plus grande difficulté naissait pour moi de l'idée que j'avais conçue du poëme lyrique , et de la forine théâtrale que j^aurais voulu lui donner. J'en avais
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lant^le palais del' Aurore, son réveil, ses amours, les plaisirs de sa cour célesjte ; l'auti^is 3ombre et terrible, le complot de la Jalousie, et ;5es poisons versés dans Tâme de Procm^ le troisième , touchant , passionné ^ tragique. Terreur de Cért phale et la mort de son épouse peircée de ses traits, et expirante entre ses bpras.» je croyais avoir rempli . Tldée d'un spectacle inté|:c;ssant \ mais , n'ayant pas réussi dans ce coup d'essai , et m'attribuant en partie notre disgrâce , m^ défiance de moi-même allait jusqu'à Uv frayeur r