LIVRE
mis un peu plus de soin à ma toilette ; et dèslors je donnai une attention 'sérieuse à ce qui commençait à m^intéresser vivement. Aucun mot n^ëtait négligé j aucun regard ne m^échappait ; je faisais délicatement des avances imperceptibles, et des tentatives légères sur les esprits et sur les âmes. LVbbé ne semblait pas y faire attention ; mais sa sœur, son frère et sa nièce me paraissaient sensibles à tout ce qui venait de moi.
Vers ce temps, l'abbé fit un voyage à Brienne en Champagne , chez les malheureux Loménie ^ avec lesquels il était lié depuis sa jeunesse ; et ^ en son absence , la société devint plus familière et plus intime.
Je savais bien que de flatteuses apparence»
pouv^ent rendre trompeur Tattrait fl'une pre- :mière liaison ] je savais qudQe illusion pouvait : faire la grâce unie à la beauté ;^ deux ou troî» mois de connaissance et de société écat^it bien peu pour s'assurer du caractère d'une jeune personne. J'en avais vu plus d'une dans le monde que l'on n'avait instruite qu'à feindre et à dissimuler 'j mais on m'avait dit tant de bien du natut'el de celle-<;i , et ce naturel me semblait si naïf, si pur et si vrai , si éloigné de toute espèce de dissimulation , de feinte et d'artifice -, la bonté y l'innocence ^'la- tendre modestie^ en étaient si visiblement exprimées dans son air et dans son langage , que je. me sentais in visiblement porté à le croire tel qu'il s'annonçait ; et , si je n'ajoutais pas foi à tant de vraisemblance , il fallait donc me défier de tout , et ne croire jamais è . rien.
Une promenade aux jardins de Sceaux a^^bevit
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de me décider. Jamais ce lieu tie m'A patù si beau , jamais je n'avais respiré Tair de la campagne avec tant de délices ; la présence de mademoiselle de Montigny avait tout embelli : ses regards répandaient je ne sais quoi d'enchanteur autour d'elle. Ce que j'éprouvais ti'était pas ce délire des sens que l'on appelle amour ; c'était une volupté calme , et telle qu'on nous peint celle des purs esprits. Le dîrai-je ? il me semble que je connus alors pour la première fois le vrai sentiment de l'amour.
Jusque-là le plaisir des sens avait été le seul attrait qui m'eût conduit. Ici je me sentis enlevé hors de moi par de plus invincibles charmes ; c'étaient la candeur , l'innocence , la douce sensibilité, la chaste et timide pudeur, une honnêteté dont le voile ornait la grâce et, la beauté 5 c'était la vertu couronnée des fleurs de la jeunesse, qui ravissait mon âme encore plus que mes yeux \ sorte d'enchantement mille fois au-dessus de tous ceux des Armides que j'avais cru voir dans le xnonde.
Mon émotion était d'autant plus vive qu'elle ëtait retenue... Je brûlais d'en faire l'aveu \ mais à, qui l'adresser ? et comment serait-il reçu ?' La bonne mère y donna lieu. Dans l'allée où nous nous promenions , elle était à deux pas de nous avec son frère. « Il faut , me«dit-elle en souriant que j'aie bien de la confiance en vous , pour vous laisser ainsi causer avec ma fille , tète à tête. — ^Madame , lui dis-je , il est juste que je réponde à cette confiance , en vous disant de quoi nous nous entretenions. Mademoiselle me faisait la peinture du bonheur que vous goûtez à vivre ensemble tous les quatre en famille -, et moi , à