‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 34 sur 117 · LIVRE X; lig · texte numérisé non relu

LIVRE X; lig

Je travaîlkis à rEncyclopédîe. Je me levai?

avec le soleil ; et , après avoir employé huit ou dix heures de la matinée à répandre sur le pa« pîer cette foule d'observations que jVvais faites -dans mes études , je donnais le reste du jour à ma femme et à mon enfant. 11 faisait déjà nos délices.

A mesure que le bon lait de notre jeune Bourguignonne faisait couler la santé dans ses veines ^ nous voyions sur son petit corps , sur tous ses jDuembres délicats , les chairs s'arrondir , s'a^ •fermir ^ nous voyions ses yeux s'animer ; nous voyions son visage se colorer et s'embellir. Nous croyions voir aussi sa petite âme se développer , et son intelligence éolore. Déjà il semblait nous entendre, et commençait à nous connaître ; son sourire et sa voix répondaient au sourire , à la -voix de sa mère-, je le voyais aussi se réjouir de mes caresses. Bientôt sa langue essaya ces pre* miers mots de la nature , ces noms si doux qui , des lèvres de l'enfant , vont droit au cœur du père et de la mère.

Je n'oublierai jamais le moment où , dans le jardin de notre petite maison , mon enfant , qui n'avait encore osé marcher sans ses lisières , me voyant h trois pas de lui à genoux , lui tendant les maàns , se détacha des bras de sa nourrice j et , d'un pied chancelant , mais résolu , vint se fcter entre mes bras. Je sais bien qpe Témotion

?[ue j'éprouvai dans ce moment est un plaisir que a bonne nature a rendu populaire ; maïs malheur à ces cœurs blasés à qui , pour être émus ^ il faut Aes impressions artificielles et rares' t Une femme de nos amis disait de moi assez plaisammcm : « U croit qu'il n'y a que lui au monde

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qui soit pèi*e. » Non , je ne prétends pas que ^ pour moi , Tamour paternel ait des douceurs particulières ; mais ce bonheur commun ne fûtil accordé qu'à moi , je n'y serais pas plus sensible. Ma temme ne Tétait pas moins aux premières délices de l'amour maternel ^ et vous concevez qu'auprès de notre enfant nous n'avions l'un et l'autre à désirer aucun autre spectacle , aucune autre société.

Notre famille cependant et quelques - uns de nos amis venaient nous voir les jours de fêtes. L'abbé Maury était du ncmibre , et il fallait eutendre comme il se glorifiait d'avoir présagé mon bonheur.

Nous voyons ^ussi quelquefois nos voisins , le curé de Saint-Brice , le bon Latour , et sa digne femme qui aimait la mienne.

Nous faisions assez fréquemment des promenades solitaires \ et le but de ces promenades était communément cette châtaigneraie de Montmorency que Rousseau a rendue célèbre.

(I C'est ici , disais-je à ma femme , qu'il a rêvé ce roman d'Héloïse , dans lequel Û a mis tant d'art et d'éloquence à farder le vice d'une couleur d'honnêteté et d'une teinte de vertu. »

Ma iemme avait du faible pour Rousseau *, elle , lui savait un gré infini d'avoir persuadé aux femmes de nourrir leurs enfans , et d'avoir pris soin de rendre heureux ce premier âge de la vie. a n faut , disait-elle , pardonner quelque chose à celui qui nous a appris à être mères. )»

Mais moi qui n'avais vu, dans la conduite et dans les écrits de Rousseau , qu'un contraste perpétuel de beau langage et ae vilaines moeurs ; moi qui l'avais vu s'annoncer pour être l'apôtre

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