LIVRE X
leurs ordres pour imprimer leurs facéties , et un journal pour les répandre. J'y étais insulté tous les jours. Je n'avais pas la même commodité pour me défendre ; et , quand je Taurais eue , cette petite guerre n'aurait pas été de mon goût. Cependant je voulais m'égajer à mon tour ^ car y me fâcher contre des rarlleurs , c'eût été faire un triste personnage.
J'imaginai de mettre en action leur intrigue et de les peindre au naturel , n'ayant , pour les rendre plaisans, qu'à rimer leur propre langage. Us imprimaient leup prose , je récitais mes vers ; et tous les jours c'était à qui ferait mieux rire son monde.
C'est ainsi que fut composé mon pocme sur la musique pour la défense dePiccini \ peut-être aurais -je mieux fiut de laisser parler Roland ^ ' Atys^ Didon , etc. *, mais je n'ai pas toujours fait ce qu'il y avait de nneux à faire \ et j'avoue que , cette fois , je ne crus pas son injure et la mienne assez vengées par le silence du mépris. Au reste , si , d'une dispute aussi frivole et aussi éphémère , j'ai fait un poëme en douze chants , ce sont les incidens qui m'y ont engagé , et par une pente insensible. J'aurais pu , je l'avoue , mieux employer mon temps \ mais mon Vavail habituel exigeait du relâche , et c'étaient ces momens de dissipation et de délassement que je donnais à Pofymnie.
Le temps de mon séjour à Saint-Brice fut marqué par un événement d'un intérêt plus sérieux ; ce fut la reuaite de M. Necker du pinistère des finances. J'ai déjà dit que son caractère n'était rien moins que séduisant. Il ne m'avait jamais donné lieu de croire qu'il fût mon ami. Je n'étais
pas le siea*, nmisr conone îLiM BMiiqnàil autant d'esiinuB et de bieuy«illanee <|ue j'en pooTaîs attendre d'im h<Miime am«i. ftoidenictit poli , et que ^ de m(m eôlé, j'avaia une haute opinion de .se& tsiens^ , de »e« luimèiTea , de Tambition qu'il avait eae dfi se signaler dans ea place en fidâam le bien de TÉtat 9 )e m'affligeai <& sa retnûte.
J'avais d'ailleurs pour madame Neduer la plus fiincère vénération ; ear je n avais vu en elle que bonté , sagesse et vert» ; etraffactson partieulière dont elle m'bonqrait méritait bien que je prisse part à un événement dont jene doutais pas qu'elle ne fut très-affectiée.
Lorsque je Tappris à Saint-Brice y les croyant déjà retirés dans leur maison de campagne à Sainl<^Ouen , j^ m'y rendis sur l'heure. Ils n'y étaient pas arrivés encore , et 9 poursuivant ma route y i: alhiis les tTrOuver à Paris. J« les rencon^ " trai en ch^omin». <(c VouSt veni^ nous voir P médit Iteckes *, montez dans noire voiture , et veoes à SalnirOuen. » Je les y acec«npagnai. JNousfàmes " seuls toute la soirée avec Germani , frère de Necker *, et ni le mari ^ ni la femme ne me dis* simulèrent leur profonde tristesse. Je tachai de la diminuer en parlant des regrets qu'ils laisse-» raient dans le publie y et de la juste emisidéra-» tîon qui les suivrait dans leur retraite^ en quoi je ne les flattais pas. « Je ne regretle y me ^t Necker , que le bien que j'avais à faire , et que î'aui^ais fait , si Ton m en eût laissé le temps. »
Pour moi , je ne voyais alors , dans sa situa-^ tion ,, qu'ui^. retraite honorable , ime fortune indépendante , du repos , de la liberté , des occupations dont û aurait le choix , ime société fpii n'était pas de cdles que la Êiveur attire etque
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la dé&y€|ar éloîgae ; et dma aan imrfinsur , tout ce quela'vieprtvfie et domestique: pouvait atr^îr d8 jdo^temu} pour un àomme sage«. Maïs jt'avosc que je ps^lulf^ d^aprèS: mes gaàte i^ms que d^a-prèfi les fîeas ; car JR penaais bunt oue ^ ssm» rocctq>«ûosi dtes icffiisires pdbiHiaes et rioftncnee q^elle^ â^sHm^nt ^ il ne pomiraît être content. Sa &mfi>e ptKut «ewible au soioL cpe je {«eiuiM d^aâalblir rhnpvesaioax du coup, dont îli était fpappét Aiofit ma liabon avec eux, bien loin d'élue a&ibUe par oeii évémtmemy u^en fut qnt plua ëtroiie,
M^ femme , pour Titinour de moi , répondaità leurs prévenances et à leui« înnritations , mais elle avait pour M* Necker une aversiea. insurmoutaUe. File avait apporté de Lyon la pecsu^^ 3iop 4|ae AI . Necker était la cauae de la^cniagrâce de M. Tun^ftt , ie biieiifaite«r de sai ianiiEe'; et y h V4s%rà demadamie Nei^ier , elle ne toonvatt pas em ^ik €eî ak altrayam qn'dl& avait eUenixLémtt fivfc aea amû«
Bien, dâffinfente et faâen pin» aimable était xx9» autre Genevoise , la bille Vecmenoux , la plus iadme amte de M., et M"^*. Necker». Depuis que î^avaîft foit ecntnaitsance avec, elle ^ ehes e^s épouiL ddnii elle »ymi formé tes* nœuda , je Tavais )OUÎ0urs (mltivée; maisu son: smicié pour ma iomm^ depuis mon maviage , fut pour nous mi nouveau lien.
MadacM de VersMmoaat , aa premier abord , émt l'imi^ de Minerve , mais sur ce vîaage im^ priant briUritbtentÀC cet air de bonté, de à&a^ eeur 9 cette sérénité , odte gaieté qaïve et décente qui embellit: la ntiao», et q«i rend la sagesse aimaide. L'indÛKUscm dent elle et^ma femme se
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prirent mutuellement fiit de la sympathie , si Ton ù'entend par-là que le parfait accord des esprits , des goûts et des moeurs. Avec quel plaisir cette femme, habituellementsolitaire et naturellement recueillie , nous voyait arriver & sa maison de campagne de Sèvres ! avec quelle joie son âmé se livrait aux douceurs de Tinuinité , et s'épanouis-» sait dans les petits soupers que nous allions faire à Paris avec elle ! Assez jeune encore pour goûter les charmes de la vie , la mort nous Fenleva; mais , en la regrettant , j^ai reconnu depuis que ; pour elle , de plus longs jours n^auraient étérem-*plis que de tristesse et d'amertume. Plus tard , elle aurait trop vécu.
J'en reviens à Saint-Brice et au tendre intérêt qui nous y occupait , dans ce temps-là , ma femme et moi ; c était sa nouvelle grossesse. Le bon air^ Texercice , la vie réglée de la campagneltii avaient été favorables \ et Thiver nous ayant ramenés à Paris , elle y mit au monde le plus beau de nos enfans. Ainsi , pour nous encore ^ tout semblait
})rospérêr ; et, jusque-là , rien de plus doux que a vie que nous menionst»
Atys , en dépit de Tenvie , avait le même succès qu'avait eu Roland. Les beaux airs de ces deux opéras , chantés au clavecin , faisaient les délices de notre société dans les concerts de la comtesse d'Houdetot , et de sa belle-sœur madame de la Briche.
Celle-ci , bonne musicienne , et chantant avec goût , qùoiqu'avec une faible voix , avait la rare modestie de réunir chez elle des talens qui effaçaient les siens \ et, loin d'en témoigner la moindre jalousie , elle était la première à les £iire briller. Parfait modèle de bienséance , sans aucune affec-