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^preuve <jue les rêves d'une imagination ardenie et sombre , dont les vapem^ troublaient sa mal^ beureuse tète , et dont la maligne influence ai*^ grissait et empoisonnait ses plus douces affec-^ tions ^ ce délire enfin . d'un espnt ombrageux , timide, efiàroucbë par le malbeur, fut bien réelr lement la maladie de Rousseau et le tourment de sa pensée.
On en voyait tous les jours des exemples dans la manière injurieuse dont il rompait avec les gens qui lui étaient les plus dévoués , les accusant tantôt de lui tendre des pièges , tantôt de ne venir chez lui que pour l'épier , le trahir et le vendre à ses ennemis. J'en sais des détails iii<eroyables ; mais le plus étoimiuit de tous fut la monstrueuse ingratitude dont il paya l'amitié tendre , officieuse , active de ce vertueux David Hume y et la malignité profonde avec laquelle , en le calomniant , il joignit l'insulte à Toutrage.Yous trouverez dans le recueil même des Œuvres de Rousseau , ce monument de sa honte. Vouis y verrez avec quel artifice, il a ourdi sa calomnie ; vous y verrez de quelles fausses lueurs il a cm tirer , contre son ami le plus vrai , contre le plus h(mnète et le meilleur des hommes , une conviction de mauvaise foi , de duplicité , de noir^ ceur ; vous ne lirez pas sans indignation , dans le récit qu'il fait de sa conduite envers son bien^ faiteur , cette tournure de raillerie qui est le sublime de l'insolence :
Premier soiMet sur la joue de mon patron.
Second sou^iet sur la joue de mon patron.
Troisième soufflet sur la joue de mon patron.
Je crois l'opinion universelle bien décidée sur le compte de ces deux hommet ; mais si , à l'idée
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qu^on a du caractère de David Hnme , il man«
Suait encore quelque preuve, voici des faits ont )'ai été témoin* Lorsqu'à la recommandation de milord Maréchal et de la comtesse de Boufflers , Hume of- .frit à Rousseau de lui procurer en Angleterre une ^retraite libre et tranquille , et que Rousseau ayant accepté cette oflre généreuse , ils furent sur le point de partir , Hume , qui voyait le baron d'Holbacb ^ lui apprit qu'il emmenait Rousseau dans sa patrie. « Monsieur, dit le baron , vous allez réchauffer une vipère dans votre sein ; )e vous en avertis^ vous en sentirez la morsure. »
Le baron avait lui-même accueiUi et choyé Rousseau ^ sa maison était le rendez-vous de ce qu^on appelait alors les philosophes ; et , dans la pleine sécurité qu'inspire à des âmes honnêtes la .sainteté inviolable de l'asile qui les rassemble , d'Holbach et ses amis avaient admis Rousseau dans leur commerce le plus intime. Or , on peut voir dans son Emile comment il les avait notés. Certes , quand l'étiquette d'athéisme qu'il avait attachée à leur société , n'aurait été qu'une révélation 5 elle aurait été odieuse. Mais , à Fégard du plus grand nombre , c'était une délation calomnieuse , et il le savait bien ^ il savait bien que le théisme de son vicaire avait ses prosélytes et ses zélateurs parmi eux. Le baron avait donc appris à ses dépens à le connaître ; mais le bo|i David Hume croyait voir plus de passion que de vérité dans l'avis que le baron lui donnait, n ne laissa donc pas d'emm^aer Rousseau avec lui , et de lui rendre dans sa patrie tous les bons offices de l'amitié. Il croyait , et il devak
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•roire avoir rendu lieureux le plus sensible et le meilleur des hommes ; il s^en félicitait dans toutes les lettres qu^il écrivait au baron d'Holbach , et il ne cessait de combattre la mauvaise opinion crue le baron avait de Rousseau. Il lui faisait Téloge de la bonté , de la candeur , de Tingénuité de son ami. « m^est pénible j lui disait-il , de penser que vous soyez injuste à son égard. Croyez-moi , Kousseau n*est rien moins ou'im méchant homme. Plus je le vois , plus je 1 estime et je Taime. » Tous les courriers , le» lettres de Hume à d'Holbach répétaient les mêmes louanges , et celui-ci , en nous les lisant , disait toujours : Il ne le connaît pas encore ; patience ^ il le connaîtra. En eSet , peu de temps après , il reçoit une lettre dans lacpielle Hume débute ainsi : P^ous a^iez bien raison , monsieur le ba-^ ron ; Rousseau est un monstre. Ah ! nous dit le baron , froidement et sans s'étouner : // le con^ naît enfin, v
Comment un changement si brusque et si soudain était-il arrivé dans l'opinion de l'un et dans la conduite de l'autre ? Vous le verrez dans l'exposé des faits publiés par les deux parties. Ici , ce que j'ai dû consigner , attester , c'est que, dans le temps même que Rousseau accusait Hume de le tromper , de le trahir , de le déshonorer à Ijondres , ce même Hume , plein de candeur , de zèle et d^amitié pour lui , s'efibrçait de détruire à Paris les impressions funestes qu'il y avait laissées , et de le rétablir dans l'estime et la bienveillance de ceux qui avaient pour lui le plus d'aversion et de mépris.
Quel ravage im excès d'orgueil n avait-il pas fait dans une âme naturellement douce et teudriil
lO MÉMOIEES.
avec tant de lumières et de talens ^ que de ^1* blesse , de petitesse et de misère dans cette vanité inquiète*, ombrageuse ^ irascible et vindi* cative , qu'irritait la seule pensée que Von eût voulu la blesser ^ qui le supposait même sans aucune apparence , et ne le pardonnait jamais î Grande leçon pour les esprits enclins à ce vipç de l'amour-propre ! Sans cela personne n'eût été
{)lus chéri, plus considéré que Rousseau \ ce fut e poison de sa vie : il lui rendit les bienfaits odieux, les bienfaiteurs insupportables, la reconliaissance importune ; il lui fît outrager , rebuter Tamitié ^ il Ta fait vivre malheureux , et momîr presque abandonné. Passons à des objets plu»
doux et qui me touchent de plus près.
Ni la vie agréable que je menais à Paris , ni celle plus agréable encore que je menais à la campagne , ne dérobaient à mon cher Odde et à ma sœur la délicieuse quinzaine , qui ^ tous le$ ans , leur était réservée , et que j'allais passer avec eux à Sanmur t C'était là véritablement que toute ]a sensibilité de mon âme était employée à jouirt Entre ces deux époux qui s'aimaient run l'autre plus qu'ils n'aimaient la lumière et la vie , je me voyais chéri et révéré moi-même comme la source de leur bonheur. Je ne me rassasiais point de l'inexprimable douceur de considérer mon ouvrage dans ce bonbeyr de deux âmes
Îmres , dont tous les vœux appelaient sur moi es bénédictions du ciel. Leur tendresse me pénétrait , leur piété me ravissait l'âme. Leurs mœturs . étaient , pour ainsi dire , le naturel de la vertu dans toute sa simplicicé. A cette jouissance continuée et de tous les momens se joignait celle de ks voir chéris , honorés dans leur ville : ma*