‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 43 sur 117 · LIVRE XI. iSy · texte numérisé non relu

LIVRE XI. iSy

Je laissai donc passer sous les yeux de Tacademie tous les poëmes mis au concours ; mais ils furent tous rejetés. Enfin , voyant qu^on s'affligeait que le plus vertueux héroïsme ne fût pas dignement loué , je confiai à Facadémie Fessai que j'avais fait , sans aspirer au prix. EUe voulut bien l'approuver •, et le ^omte d'Artois , à qui l'on fut obligé d'annoneér le mauvais succès du concours , apprit en même temps ce que l'un des membres de l'académie avait fait pour y suppléer. Le prince ordonna que le m^e concours fut encore ouvert pour 1 année suivante ^ mais il voulut connaître en secret mon ouvrage , et il me permit de l'envoyer au prince régnant de Brunswick.

Peu de jours après le comte d'Artois me fit dire^par M. de Yaudreuil, qu'il avait commandé pour moi une très-riche boîte d'or. Je répondis que , dans toute autre occasion , je recevrais avec respect les présens du frère du roi ; mais que dans celle-ci je ne pouvais rien accepter qui me fit soupçonner d'avoir voulu m'attirer une récompense ; que cette riche boite ne serait qu'un prix déguisé ; que, si le prince avait la bonté de m'en donner une de carton sur laquelle fût son portrait , je la recevrais comme un don très-précieux pour moi ; mais que je n'en voulais point d'autre. M. de Vaudreuil insista; mais il me vit si fenne dans ma résolution , qu'il renonça à l'espérance, de l'ébranler ; et ce fut la réponse qu'il rapporta à M. le comte d'Artois.

(c Marmontel ne consulte les bienséances que pour lui-même , lui dit le prince ; mais il ne me convient pas à moi de lui faire un présent mes- Kjuin^ » et ^près avoir réfléchi un moment :

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u Eh bien! reprit-îl , je luî donnerai monjportrait en grand.» Le bailli de Crussol,8on gentilhomme de la chambre , fut chargé d^en faire faire une belle copie , et le cadre en fut décoré des attributs les plus honorables pour moi.

Le prince régnant de Brunswick ne reçut pas moins favorablement mon hommage ; il y ré-

Îondit par une lettre de sa main et pleine de onté , à laquelle étaient jointes deux médailles d'or frappées en mémoire de son vertueux frère. Ce fut vers ce temps-là qu'à sa quatrième grossesse , ma femme convint avec moi de la nécessité de prendre son ménage ^ mais , comme la séparation se fit de bon accord avec ses oncles et sa mère , nous nous éloignâmes le moins qu'il fut possible. Ma femme ne fut pas insensible à l'agrément d'être chez elle à la tête de sa maison. Pour moi j'éprouvai , je l'avoue, un grand soulagement de vivre avec l'abbé Morellet dans une pleine indépendance, et il en fut lui-même bien plus à son aise avec moi. U avait fait venir auprès de lui une autre nièce jeune , aimable , pleine de talent et d'esprit , aujourd'hui madame Chéron , à qui ma femme cédait son logement. Ainsi tout se passa de la meilleure intelligence.

€e qui rendait notre nouvelle situation encore plus agréable , c^était l'aisance où nous avait mis un accroissement de fortune. Sans parler du casuel assez considérable que me procuraient mes ouvrages , la place de secrétaire de l'académie française , jointe à celle d'historiographe des bâtimens , que mon ami M. d'Angivilier m'avait fait accorder à la mort de Thomas , me valaient un millier d'écus. Mon assiduité à l'académie y

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