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doubkit mon droit de présence. J^avais hérité , k la mort de Thomas , de la moitié de la pension de deux mille livres qu'il avait eue , et qui fut partagée entre Gaillard et moi, commeravait été celle de l'abbé Batteux. Mes logémens de secrétaire au Louvre et d'historiographe de France k^ Versailles, que f avais cédés volontairement , me valaient ensemble dix-huit cents livres. Je jouissais de mille écus sur le Mercure. Mes fonds dans l'entreprise de rile des Cygnes étaient avantageux sèment placés ; ceux que j'avais mis dans les octrois de la ville de Lyon me rendaient l'intérêt légal, comme ceux que j'avais placés dans d'autres caisses. Je me voyais donc en état de vivre agréablement à Paris et à la campagne ; et dèslors ye me chargeai seul de la dépense de Grignon. La mère de ma femme, sa cousine et ses oncles y avaient leurs logémens , lorsqu'il leur plaisait d'y venir-, maiit^'i^^'était chez moi qu'ils venaient.
Je me donnai une voiture qui , trois fois la semaine , dans une heure et demie, me menait de ma campagne au Louvre , et après la séance de l'académie me ramenait du Louvre à ma cam-^ pagne.
Dès-lors, jusqu'à l'époque de la révolution, je ne puis exprimer combien la vie et la société eurent pour nous d'agrément et de charme. Ma femme était heureusement accouchée de son quatrièmeenfant.M.etmadamed'Angiviller l'avaient tenu sur les fonts de baptême*, ils s'en étaient' fait une fête , et nous avaient donné , dans cette ' occasion , les plus vifs témoignages d'une tendre amitié. Leur filleul Charles leur devint cher comme s'il eût été leur enfant,
l6o MÉMOIRES.
Nous fimes , peu de temps après , I^eureuse acquisition d^une autre société d'amis dans M. et madame deSèze. Tout ce qu'un naturel aimable peut avoir d'attrayant , ma femme le trouva dans madame de Sèze ^ aussi se prirent-elles de cette inclination qui nait de la conformité de deux bonnes et belles âmes. A Végard de M. de Sèz« , )e ne crois pas qu'il y ait au monde une société plus désirable que la sienne. Une gaieté naïve , piquante, ingénieuse; une éloquence naturelle , qui, dans la conversation même la plus familière, coule de source avec abondance ; une prestesse , une justesse de pensée et d'expression qui , à tout moment , semble inspirée ; et , mieux que tout cela , un cœur ouvert , plein de droiture , de sensibilité , de bonté , de candeur ; tel était l'ami que l'abbé Maury me faisait désirer depuis long-temps , et que me procura le voisinage de nos campagnes. ;*
De Bre vane , où de Sèze , dans la belle saison , passait ses momens de repos ; de Brevane, disje , à Grignon, il n'y avait guère que la Seine à passer, et que la plaine qu'eUe arrose; nos deux coteaux se regardaient. Un jeune bomme que nous aimions , et qui nous aimait l'un et l'autre., )aous fit confidence à tous les deux» du désir mutuel que nous ayions de nous connaître. Dès nos premières entrevues, nous voir, nous goûter, nous cbérir , désirer de nous voir encore , ejn fut VeSeï simultané , et tout éloignés que nous sommes, cet attachement est le même. Au moins, de mon côté , rien , dans ma solitude , ne m*a plus occupé ni plus intéressé que lui. De Sèse est l'un des hommes rares dont on peut dire : Il faut l'aimer , si on ne l'a point aimé encore -, îl
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faut l'aimer toujours , dès qu'on Taîme une fois. Crcis amet , qui nunquàm atnavit , quijam ama- \fit, cras amet (Catul. ).
Le jeune homme , qui avait pris soin de nous lier ensemble , était ce Laborie, connu dès l'âge de dix-neuf ans par des écrits qu'on eût attribués sans peine à la maturité de l'esprit et du goût ; nouvel ami qui , de son plein gré , et par le mouvement d'une âme ingénue et sensible , était venu s'oflfrir à moi, et que j'avais bientôt appris à estimer et à chérir moi-même.
Dans cet^aimable et heureux caractère , le besoin de se rendre utile est une passion habituelle et dominante. Plein de volonté pour tout ce qui lui semble honnête , la vitesse de son action égale celle de sa pensée. Je n'ai jamais connu personne d'aussi économe du temps ; il le divise par minutes , et chaque instant en est employé ou utilement pour lui-même , ou plus souvent encore utilement pour sçs amis.
Les changemens de ministres apportèrent encore quelques améliorations dans ma fortune.
Le traitement d'historiographe de France, qui, autrefois , était de mille écus 9 avait été réduit à dix-huit cents livres par je ne sais quelle mesquine économie. Le contrôleup^énéral d'Ormesson trouva juste de le remettre sur l'ancien pied.
L'on sait qu'en arrivant au contrôle-général , M. de Galonné annonça son mépris pour une étroiteparcimonie. Il voulait, en particulier, que les travaux des gens de lettres fussent honorablement récompensés. En ma qualité de secrétaire perpétuel de l'académie française, il me fit prier de l'aller voir. Il me témoigna l'intention de bien traiter l'académie 5 me demanda s'il y
avait pour elle des pensions , comme il y en avaft pour Vacadémie des sciences et pour Tacadémie des' belles-lettres 5 je lui répondis qu'il n'y en avait aucune : à quoi pouvait monter , pour les
Îilus assidus, le produit du droit de présence ; je 'assurai qu'il ne pouvait aller qu'à huit ou neuf cents livres , le jeton n'étant que de trente sous. Il me promit d'en doubler la valeur.. U voulut savoir quel était le traitement du secrétaire ; je répondis qu'il était de douze cents livres. Il trouva ue c'était trop peu. En conséquence , il obtint u roi que le jeton serait de trois livres , et que le traitement du secrétaire serait de mille écus. Ainsi mon revenu d'académicien put se monter a quatre mille cinq ou six cents livres.
J'obtins encore un nouveau degré de faveur et de nouvelles espérances sous le ministère de M. de Lamoignon , garde des sceaux. Voici quelle en fut l'occasion.
L'une des vues de ce ministre était de réformer l'instruction publique et de la rendre florissante ; mais , comme il n'avait pas lui-même les connaissances nécessaires pour se foimer un plan, un système d'étude qui remplit ses intentions, il consulta l'abbé Maury, pour lequel il avait beaucoup d'estime et d'amitié. Celui-ci, ne se croyant pas assez instruit sur des objets dont il ne s'était pas spécialement occupé, lui conseilla de s'adresser à moi 3 et le ministre le pria de m'engager à l'aller voir. Dans l'entretien que nous eûmes ensemble , je vis qu'en général il concevait en homme d'état , et dans toute son étendue , le projet qu'il avait formé. Mais les difficultés , les moyens , les détails , ne lui en étaient pas assez connus-, pour nous assurer l'un et l'autre si j'avais