LIVRE XI. iS
bien saisi son plan , je le priai de me pei^mettre de le développer dans un mémoire que je luji mettrais sous les yeux 5 mais je le prévins que , dans les réformes , rien ne me semblait plus à craindre que Tambition de tout détruire et dç tout innover ; que j'avais beaucoup de respect pour les anciennes institutions ] que je déférais volontiers aux leçons de l'expérience , et que je regardais les' abus , les erreurs, les fautes passées comme ces mauvaises herbes qui se mêlent au pur froment , mais qu'il faut extirper d'une main légère et prudente pour ne pas nuire à la moisson.
Mon mémoire fut divisé en huit articles principaux : la distribution des écoles et des objets de l'enseignement selon l'utilité commune ou les convenances locales ; les établissemens relatif à l'un et à l'autre de ces objets ^ la discipline ] la méthode *, les relations graduelles, et l'exacte correspondance des extrémités à leur centre 5 la sur^ veillance générale 5 les moyens d'encouragement^ la connaissance et l'emploi des hommes que l'instruction aurait formés.
Dans l'ensemble et dans les rapports de cette vaste composition, j'avais pris pour modèle l'institut des jésuites , où tout était soumis à une règle unique , surveillé , maintenu , régi par une autorité centrale , et mis en action par un mobile universel. La plus grande difficulté était de substituer au lien d'une société religieuse , et à l'esprit de corps qui l'avait animée , un motif d'intérêt et un ressort d'émulation qui réduisit la liberté aux termes de l'obéissance. Car le^ moeurs et la discipline à établir dans la classe des maîtres, comme dans celle des disciples, devaient
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être la base de cette institution. Il fallait donc que , non-seulement dans leur état actuel , mais dans leur perspective et dans leurs espérances , les places y fussent désirables ^ et , afin que Texclusion ou le renvoi fût une peine, je demandai que la persévérance et la durée de ces fonctions honorables eussent progressivement des avantages assurés.
Le garde des sceaux approuva mon plan dans toutes ses parties ^ et , pour ce qui demanderait des récompenses encourageantes, il m^assura que rien n'y serait épargné. «Nul professeur, homme de mérite, ne vieillira dans l'obscurité, me dit-il^ nul écolier distingué dans son cours d'études ne demeurera sans emploi. Vous promettez de me faire connaître, des extrémités du royaume, l'élite des talens ;'moi , je m'engage à les placer. Je voi^que nous nous entendons , ajouta-t-il en me serrant la main ; nous nous accorderons ensemble ^ je compte sur vous, Marmontel ; comptez sur moi de même , et pour la vie. »
Comme l'abbé Maury m'avait assuré que le garde-des-sceaux était un homme droit et franc , je n'eus aucune peine à prendre avec lui l'engagement qu'il me proposait 5 et, en achevant de développer et de perfectionner mon plan , je crus travailler pour sa gloire.
J'avais formé , à la campagne , une liaison qui , dans ce travail , me fournit de grandes lumières.
Le cinquième de mes enfans , Louis, venait de naître, et sa mère était sa nourrice. L'aîné des trois qui me restaient , Albert , était dans sa neuvième année ] Charles avait quatre ans acomplis , lorsque je pris la résolution de les faire