LIVRE XII. ïSt
4'annoncer au roi, en 1781 , dans le compte qu'il lui rendit , que les revenus ordinaires excé* daient alors.de dix millions deux cent mille livres la dépeuae ordinaire et annuelle de Fétat. Cétait avertir 1q3 Anglais , que , sans aucun nouvd im*^ p6t, et même sans aucune nouvelle économie, la France allait avoir des fonds pour deux cam-* pagne \ car dix millions de revenus libres suffi-* «aient pour^voir deux cents millions d'emprunts, résultat bien capable de bâter une bonne paix, Nedcer n'en fut pas moins taxé de vanité pour avoir publié ce compte.
Dans un ministre babile,. cette manière ou^ verte d'exposer ses opérations et la situation des affaires a sans doute ses avantages , et le succès en est infaillible cbez une nation réflécbie et qapa})le d'application ; mais, pour une nation légère , qui , sur parole et san3 esamen , juge lés bommes et les cboses ., cette métkode a ses périls ^ et Neck^ dut bien les prévoir. Il n'y a de sûreté à prendre un tel public pour juge , que lorsque les cJ^jéts que r<H]i met sous ses yeux sont d'une éyid^ce palpable : or , pour la mul-^ titude, les états de finance n'auront jamais cette clarté. Personne, dans le monde, pe veut pâlir sur ides calcjuls. 11 es^t donc bien facile de troui»bler l'opinion sur l'exactitude d'un compte ; et jdès .que le doute s'élève , c'est un nuage que la malignité ne manque jamais de grossir. Necker, en faisant une cbose ea^emplàire pour les mif nistres à v^ir , satisfaisante pour le roi , jmpo-» santé pour l'Angleterre 9 encourageante pour la aatipn , ra.ssujrante pour le crédit , en nt dQuc |ine très-bardie, très-périUeuse pour luinnême,
Je Vaî vu 9 daps le temps , muni de ^ièf^m
«t pottr en soutenir le poids« Il était conTenu avec Sartines, qu'au-delà des fonds que le trésor royal lui faisait tous les ans -, celui-ci , dans les cas pressans , pourrait user du crédit personnel du trésorierde la marine, jusqu'à la concurrence 'de cinq à six millions ; et il comptait sur son exactitude à se tenir dans ces limites , lorsqu'il apprit du trésorier lui-m^eque, par obéissance pour son ministre , il avait porté la 5omme de ses avances et de ses Inllets sur la place à vingtquatre milUons payables dans trois mois* Ce fut comme un coup de massue pour le directeur des finances ^ car , n'ayani pris aucune mesure pour faire face k un engs^ementqu'ûn lui avait dissimulé , il dlait arriver.au terme sans savoir comment le remplir. Il y pourvut^ mais soit qu'il Y eut de la part de Sartines de la mauvaise volonté, ouseulement de l'imprudence, Neckerne vit plus pour lui-même de sûreté à travailler avec un tel homme ; il s'en plaignijt au roi >, et lui de* manda décidément ou m retraite, ou celle de Sartijoes^
Maurepas étak à Paris , retenu par la goutte^ he roi , avant de {»«ndre une résolution , lui écrivit pour le consulter. Lorsqu'il reçut la lettre du roi^ m'a dit le duc de Nivernais , nous étions auprès de son lit ^ safenune et moi.. Il nous la bit. L'altematiuejut lon%4emps débats tue; mais enfin ^ se décidant hùrméme , il faut , nous dit-il , sacrXer Sartines y nous ne poussons nous passer de JVecker*
Le roi , eu renvoyant Sartines , consulta Nec* ker«ur le chois du successeur au'il devait lui dcmner , et Necker lui iudiqua le maréchal de. L'on mt coioUen les événcmeos 4S| h
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conduite de la guerre firent applaudir im tel choix. Le vieux .ministre n'en hit» que plus ja^ loux*, et son cabinet fut . dès^Ws comme ub centre d'activité pour la cabale ennemie de Nec-^ ker. Elle croyait avoir aussi une protection dans les princes frères du roi^
Quelque réservée que fut à leiïr égard la conduite deNecker, (m avait cru s'apercevoir qu'elle leur semblait trop rigide ; mais, ce qui était bien
Ï»lusvrai, cette rigidité diéplaisait à leur cour, et es échanges , les cessions ^ les ventes , toutes les affaires que les gens en crédit avaient coutume de négocier avec le roi , ayant à redouter , dans ce directeur des finances , un examinateur clairvoyant et sévère , il leur tardait à tous d'en être délivrés.
. Plus de pièges tendus à la facilité du roi^ plus de faveurs surprises , plus de graeeç légèrement et furtivement échappées; surtout plus de moyens de cacher, comme dans les recoins du portefeuille des ministres , les articles secrets d'un bail , d'un marché ou d'un privilège , et dans tous les réduits obscurs du labyrinthe des finances , les bénéfices clandestins que l'on se serait procurés. L'homme qui coupait la racine à tant d'abus ne
(mouvait manquer d'hêtre haï. Le mémoire qui 'accusait d'en avoir imposé au roi, fut dcmc vivement appuyé.
Malheur à moi si ye faisais tomber sur les princes , frères du roi, le plus léger soupçon d'avoir voulu favoriser la calomnie ! mais le mensonge savait prendre à leuil yeux les couleurs de la vérité , comme les plus vus intérêts avaient pris les couleurs du zèle.
Bourboulon, Tauteur dumémoire, trésorier du
comte cTArtxnâ, s^était rendu agrëablie h ce pr&ice^ Fier de sa protection , il allait donc lèle levée ';. et , s^aTouantraccnsateur de Necker, il le défiait de lui répondre. Tant d'assurance avait un air de vérité y et en imposait au public. Bien des gens> avaient peine à croire que Necker eût tout k coup changé si merveilleusement la situation desfinances \ et, sans lui faire un crime du compta spécieux qu'il en avait rendu ^ ils pensaient que ce compte avait été fait avec art pour entretenir le crédit ^ annoncer des. moyens de soutenir la guerre , et nous feciliter la paix. Maurepas accueillail cette opinion d'un air d'intelligence , et semblait applaudir à la pénéti*atîon de ceux qui devinaient si bien.
Mais Necker ne crut pas devoir s'aeconmioder d'une semblable apologie-, et, incapable de composer avec ropinion sur l'article de son. bon-^ neur, il denttnaa.auxroi qp'il.bii permit de mettre sous ses yeux ^ en présence de ses mimstres , lie* mémoire de Bourboulon, et d'y répondre article par article. Le roi y consentit \ et Maurepas^ Mi-^ romesnil^ Yergemies y, trois ennemis-de Necker y assistèrent à ce travaâ. Le mémoire y ftit lu et démenti y d'un bout à Tautre , par des pièces qui constataient la situation des finances , et dont fe compte rendu au roi n'était qu'un, développe-^ ment*
À ces j^euves incontestables, lèstrciisministres^ n'eurent pas l'ombre d'un doute â opposer ; mais^ lorsque le roi demanda en confidence à Maure-^
Sas ce qu'il pensait de ces calcula et de ce compte e finance : Je le troiwe^ sire^ aussi plein d& vente que de modestie ^ répondit le vieuxcouc-^
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Apre$ cet examen , il fallait que la fausseté de Faccusation fyit punie , ou que Necker fut soupçonné de s'en être mal défendu. Il avait méprisé les libelles injurieux qui n^attaquaient que Sa personne *, mais devait-4i négliger de même celui qui décriait son administration ? Plus le roi était juste et reconnu pour Vèlre , plus on devait croire impossible que Bourboulon fut encore souffert dans la maison des princes , s'il était cen vaincu de mensonge et de calomnie. Or , après cette conviction, il restait dans sa place , et semontrait partout y même au souper du roi.
Dans cette ccmjoncture j sur laquelle j'insiste à cause des suites funestes que la résolution de Necker allait avoir , tl avait trois partis à prendre : Tun de se 6er davantage à sa propre réputation , de tout dissimuler , et de tout endurer >usqu'à la mort de Maurepas, qui n^étaitpas bien ékHgnée ; Fautre de se détendre tout simplement en faisant imprimer sur deux colonnes le mémoire de Bourboulon et les pièces qui démentaient ce mémoire calomnieux ^ Fautre de demander au roi que son accusateur , convaincu de calomnie , en fût puni. Le premier eût été Fa vis des esprits les plus sages. Que n'a^uH attendu ? (me dit le duc de Nivernais lui-même , après la mort de Maurepas ) six mors de patience nous^ Tauraienî conservé; et la paix fût venue , et les finances , rétablies par im bon économe sous le meilleur des rois , nous auraient fait long-temps jouir de son règne et de ses vertus. Le second eût été encore un parti raisonnable -, car le public syant les pièces sous les yeux , la vérité eût été manifeste et le détracteur confondu. Mais de prétendus amis de Necker ne pensèrent pas qu*il
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fut digne de lui d'entrer en lice avec un pareiS agresseur. Il fallait, selon moi , le mépriser ou le combattre. Il demanda qu'il fût puni. Il est vrai, quil était tous les ^urs menacé de libelles encore plus atroces et plus infàmes: ; et , si on ne faisait pas un exemple de Bourboulon, il était . impossible que Necker , abandonné par la baine du vieux ministre à Finsolence et à la. rage d'une cabale autorisée , ne perdit pas au moiu^ une partie de cette considération qui était Tàme de< son crédit. Ce fut au nom de ce crédit, de cette opinion puissante , sans laquelle il ne pouvait ïien , qu^il demanda , pour toute peine , que son détracteur fut cbassé de la maison du comte d'Artois. La réponse de Maurepas fut qu'il demandait l'impossible, ci C'est donc , insista Necker , au Eoi lui-«mème à sendce témoignage à la vérité par quelque marque de la confiance dont il m'honore , » et , ce qu'il demanda fut l'entrée an eonseil d'état. le dois dire qu'il regardait comme un grand mal que ,.d9DS ce conseil où se délibérait ce qui dépend le plus de la situation des. finances, l'administrateuc des finances ne fut pa^« admis de plein droit ^ etil avait raison d'y croire sa présence au moins très^utilie. Mais Maurepas ne vit, ou feignit de ne voir dans une demanxie si juste qu'une vanité déplacée. uQui ? vous,. lui dit-U , au conseil ? et vous n'allez point à la messe.. -^M* k comte , répondit Necker , cette raison» n'est bonne ni pour vous ni pour moi. Sully n'allait pas àlan]iss$e,.etÇulLyentraitau conseil.» Maurepas, dans cette réponse, ne saisit que le ridicule de se comparer à Sully ; et , an lieu de l'entrée au conseil, il lui ofiiît de demander pour, lui Ic^ ent^ ées du cabinet. Necker ne dissimula.