X.1VHE XIII
parlemens était un éloge pour lui. L'estime , et , en secret , la confiance du roi, Tayaient suivi dans sa retraite de Bâville. Mais, ou le chagrin de l'exil, ou quelque peine domestique lui fit abandonner la vie ( le i8 mai 1789 ) , et lui épargna des spectacles dont il serait mort de douleur.
Necker avait pris dans le conseil un ascendant qu'on n'aura point de peine à concevoir , en voyant ce qu'avait produit son retour dans le ministère. tJn hiver , aussi rude et plus long que celui de 1709 , faisait paraître encore plus étonnantes les ressources de ce ministre. Aucun nouvel impôt, aucun nouvel emprunt connu*,et au moyen d'un peu de lenteur qui n'excitait aucune plainte, les rentes , les pensions , les dettes exigibles régulièrement acquittées ; et de tous les pays du monde, les blés affluant dans nos ports pour nous sauver de la famine •, des secours accordés aux malheureux dans les campagnes ; des soulageinens aux malades , aux vieillards , aux enfans délaissée dans les hôpitaux ; des frais immenses pour assurer , pour accélérer l'arrivée des subsistances 5 tels étaient les services que Necker rendait à l'état ; et il est vraisemblable que, si , sans intervalle , conservé dans le ministère , on lui eût laissé mettre à profit le bénéfice de la
f)aix, dans la situation prospère où l'on aurait vu e royaume , personne n'eut pensé aux états généraux 9 personne au moins n*en eût parlé.
Mais la parole du roi une fois engagée de les assembler au mois de mai, il était difficile à Necker de l'y faire manquer sans s'aliéner les esprits. D'ailleurs , il ne l'a pas dissimulé lui-même , il souhaitait dans le fond de son âme la convocation des états : ce Je pensai , dit-il , en parlant de
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sa conduite à> cette ^[>oque , je penaai qu^en entretenant la tranquillité dans le royaiune , ea soutenant Vëdifice chancelant des finances , ^ subvenant à la disette des subsistances , et en aplanissant ainsi toutes les voies au jdus grand et au plus désiré des événemens , j'aurais rempli suffisamment ma tache, j'aurais acquitté mes devoirs d'homme public, de bon citoyen et de fidèle serviteur d'un roi qui voulait le bien de l'état.i» Quant aux motifs qui l'animaient , il nous les a expliqués de mème.« J'avais connu, dit-il, mieux que personne, conibieu était instable et passage le bien qu'on pouvait faire sous un gouverne» ment où les principes d'administration changeaient au grë des ministres, et les ministres au gré de l'intrigue. J'avais observé que , dans le cours passager de l'administraticm des hommes publics , aucune idée générale n'avait le temps de s'établir, aucun bienfait ne pouvait se conso^ lider. )> Il se souvenait de ce cabinet de Maurepas, où lui-même il montait ai/ec crainte et mélancolie j lorsqu il fallait entretenir de réforme et décano^ mie un ministre i^ieilU dans le faste et les usages de la cour. C'était la vive impression qu'avaient faite sur lui les contrariétés , les dégoûts , les obstacles qu^ilas^ait essuyés lui-même , et les com^ bats qu'il aidait eus à livrer ou à soutenir^ qui loi faisait regarder les états généraux comme un port dé salut pour la chose publique.
Mais, si cette convocation avait ses avantages, elle avait aussi ses dangers ; et la forme surtout qu^on lui aurait doimée pouvait être d'une importance grave et d^une extrême conséquence.
Necker parut d'abord ne pas vouloir prendre sur lui le risque de cette première opération. H
demanda an roi de rappeler auprès de lui cette assemblée de notables dont il avait éprûuvé le zè^ , pour se consulter avec e«Kt.
. Les exemples dit temps passé, pour la composition des états généraux , étaient inconstans et divers^ mai&Ie plus grand nombre de ces exemples étaientfaTorablesà la classe priyilégiée, et si celui de i6i4 était suivi, comme le parlement le demandait et croyait Tobtenir, Tordre de la noblesse et celui du clergé s'assuraient la prépondérance. Leux'S droits, leurs privilèges leur seraient conservés et garantis pour Ta venir \ et, en échange du service que le parlement leur aurait rendu , il serait constitué lui-même , datis Tintervalle des assemblées , leur représentant perpétuel. Mais , dans la classe populaire , Tesprit public avait pris un caractère qui ne s'accordait plus avec les prétentions de la classe parlementaire et féodale. Le laboureur dans les campagnes , l'artisan dans les villes , rhonnéte bourgeois occupé de son négoce, ou de son industrie , ne demandaient qu'à être soulagés ; et , livrés à eux-mêmes , ils n'auraient député que des gens paisibles comme eux. Mais dans les villes , et surtout à Paris , il existe une classe d'hommes qui , quoique distingués par l'éducation , tiennent au peuple par la naissance , font cause commune avec lui , et, lorsqu'il s'agit de leurs droits, prennent ses intérêts, lui prêtent leurs lumières, et lui donnent leurs passions. C'était dans cette classe que se formait depuis long-temps cet esprit novateur , contentieux , hardi, qui acquérait tous les jours plus de force et plus d'influence.
L'exemple tout récent de l'Amérique septentrionale , rendue à elle - même par son propre
courage et par le secours de nos armes , nous était sans cesse vanté. Le voisinage des Anglais ^ l'usage plus fréquent de voyager dans leur pays ^ Fétude de leur langue , la vogue de leurs livres , la lecture assidue de leurs papiers publics , Tav^e curiosité de ce qui s'était dit et passé dans leur parlement , la vivacité des éloges qu'on donnait à leurs orateurs , l'intérêt qu'on prenait à leurs débats , enfin jusqu'à l'affectation de se donner leurs goûts , leurs nM>des , leurs manières , tout annonçait une disposition prochaine à s'assimiler avec eux ; et véritablement ce spee* tacle de liberté publique et de sûreté personnelle^ ce noble et digne usage du droit oe ]^opriété dans l'acceptation volontaire et l'équitable répartition de l'impôt nécessaire aux besoins de l'état , avait droit d'exciter en nous des mouvemens d'émulation. C'était d'après de tels exemples que des hommes instruits, remuans et audacieux avertissaient partout le peuple de ne pas oublier ses droits, et le ministre d'en prendra soin.
Le ministre ne demandait qu'à maintenir les droits du peuple , car la ligue des parlemens , du clergé et de la noblesse contre l'autorité royale l'avait réduit à regarder le peuple comme le refuge du roi. Mais , contre une si grande masse de résistance et de, crédit, il se sentait trop faible , et il avait besoin d'être fortement appuyé.
Il n'était pas bien sûr de l'être par l'assemblée des notables. Cette assemblée où domineraient l'église , l'épée et la robe , et dans laquelle les notables des villes n'auraient pas même le tiers des voix , ne devait guère être favorable aux communes.