‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 80 sur 117 · LIVRE XVé · texte numérisé non relu

LIVRE XVé

Il n'y avait aucune espérance de rompre Tunion dea communes , ni dé vaincre leur résistance. Tous-lea joura il letar arrivait des différeines villes du royaume des félicitations de commande sur leur fermeté courageuse. Dans ces adresse» il était dit crue , si on semait des pièges autour de rassemblée nationale , elle n^a« vait qu'à tourner sea regards, quVJlé apercevrait derrière elle viiïgt- cinq millions de Français ,

3ui) les yeux attachés sur sa conduite , attenaiait en sileiKie quel serait leur sort et celui, de leur postérité. 11 ne fallait pas s'attendre à voir un parti ausd déclaré reculer d'un pas , ni fléchir.

Il s'en* fallait bien que dans Tautre parti la résolution fui. aussi unanime , ni la résistance aussi ferme. On a vu U' division arrivée dans le clergé* La noblesse n'était guère plus sûre d'ellemême ; déf soixantedéputéd de cet ordre avaient désavoué hautem^it dans leur chambre le refus que l'on avait fait de la médiation du roi. Du côté du clergé, lelendeii^ain de la séance royale , cent soixante, curés s'étaient rendus dans la s#lle commune. Deux jours après , deux évoques encore , celui d'Orange et celui d'Autnn y avaient passé. Le même jour l'humble et doux archevêque de Pïiris y avait présenté, ses pouvoirs. Da côté delà noblesse, quarante-sept gentils* hnnmes , et ^ dans ce nombre , des hommes remarquables- s'étaient réunis ^ux communes. Le reste deâi deux premiers ordres ne pouvait différer de suivre cet exemple 5 et daps Vi^ftat de crise où étaient leis a(^ail^es , tout délai^était dangereux. Le roi fit pour les^ décider ce ifa^il aurait fallii qu'il fîtavant la séance royale. La lettre qu'il leur

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adressa , en leur sauvant l'humiliation de céder aux communes , leur donna lieu de s'honorer d'un sentiment d'amour pour lui et de respect pour sa volonté. Ce fut à lui qu'ils se rendirent, et ce jour (le 27 juin) fut marqué par la réu-t nion des trois ordres dans la salle commune des états, généraux.

Cette réunion solennelle se fit d'abord dans un profond silence ; mais , lorsqu'elle fut consonmiée , à ce silence respectueux succéda tout à coup une explosion de joie qui se communiqua et se r^andit au dehors.

Le peuple , susceptible encore de sentimens honnêtes et de douces émotions, vient d'appremdre que son triomphe est l'ouvrage du roi , et , doublement heureux de l'obtenir et de le lui devoir , se presse vers ce palais où quel- (mes jours auparavant l'avaient emporté ses alarmes. Il le fait retentir du vœu le plus doux des Français. H demande à voir ce bon roi , à lui montrer comme il sait l'aimer , à le rendi^e témoin des transports qu'il lui cause.

. 1^ roi parait sur le balcon de son appartement , la reine est avec lui ; et tous les deux entendent leurs noms retentir jusqu'au ciel. De douces larmes coulent dans leurs embrassemens, et par un mouvement dont tous les coeurs sont attendris , la reine serre dans ses bras l'objet de leur reconnaissance. Alors ce peuple , qui depuis s^est montré si féroce, et .qui était encore oou ^'aime à le répéter) , saisit l'instant de payer à a reine ses sentimens d'épouse par un bonheur de mère. Il lui demande à voir son (ils , il demande à voir le dauphin. Ce précieux et faible enfant j porté dans les bras de la reine y est pré-

sente par Vamour maternel à la tendresse nationale. Heureux de ne devoir pas vivre assez* pour voir quels seraient les retours de cette trompeuse faveur ! ■

Apres le bon roi , le bon ministre , s^écrîe alors la multitude ; et d'unie commune impulsion elle se précipite vers l'hôtel des finances , qu'elle fait retentir encore de bénédictions et de vœux.

Durant la nuit de ce grand jour , Versailles illuminé ne présenta partout que le tableau dé la félicité publique. *

Rien de plus doux que le spectacle d'une nation exaltée par des sentimens généreux. Mais l'enthousiasme dans le peuple est dangereux, lord même qu'il est le plus louable •, car le peuple ne connaît point d'intei'valle entre les extrêmes \ et , d'un excès à l'autre ^ il se laisse emporter par la passion du moment. Il sentait alors tout le prix de la liberté. Mais cette liberté récente , dont il était commue enivré , allait bientôt le dépraver , en faisant fermenter en lui les élémens de tous les vices*

Déjà , sous le nom spécieux de bien public ^ était répandu dans la foule un esprit de licence , de faction ^t d'anarchie. L'indépendance et la perpétuité d'une assemblée nationale où dominaient les communes , et , dans cette assemblée, la souveraineté du peuple transmise et concentrée dans la volonté de ses représentans , avec le caractère du plus ef&ayant despotisme ; une constitution qui ferait du royaume une démocratie armée , sous une ombre de monarchie, gouvernée en réalité par un corps aristocratiqtie^ périodiquement électif, mais toujours élu au gré du parti dominant \ tel était le projet formé par

la faction rëpublicaine. Or ,on avait bien calculé qu'on y trpuveFait 4^» ciUtocks-, et 4{in8 les aasams qu'on. avait à Hyrer^ ou qu'çpr.aviât à soutenir, on prévoyait qu'on aurait besoin d'un peuple ivre 4e JUberté , etforç^enéde n^e.

Ce fut alors ,q\ie 4e co^ris ce que m'avait

{)rédit Cbamfort du syst^e des &fsûmx, pour ivrer le bas pe;uple a^ux furies de, la, di^C^rde, eî le tenir sans cesse dans desimouveipfHifi convulsife d^ frayeur ou d'aveugle au4aqe.

Au chagii'j^ <lu malaise dans un^çpips de:di* sette , à la cberic du pain , à jb pe^r d'en B«in-

Ïuer, a cette inquiéùide que motivait «ssess la iflScultë des convois et iju on exagérait encwre , on ajoutait, pour irriter le peuple, les plus noii>es suppositions de complots tr*«nés cwjire lui. On l'effrayait pour le rendre teiirible , et tous le* jours il devenait plus oBahrageu^x ^t. pbis fwoucbe de défiance et de soupçon.

Les brigands <î<»qibus sc«as le nom de Marseillais , appelés à Paris pour y être les suppôts de la faction républicaine , gens de rapine, ^t de carnage , et aussi altérés de sang ou'^ffajnés de butin, en se mêlant parmi le peuple, lui inspiraient leur férocité.

Là présence des tribunaœtle contenait encore^ et lui était Taudaee d» crime 5 mais on croyait à tousmomens le voir fisancîrfr cette JfeiMe, barrière , et la foule des vag^tbonds mêlés parmi les factieux et prêts à les servir augmentait) toais les jours : les ports > les quais en étaient converfs y. i'hotel de ville en était investi ; ils saaablaiest » autour du Palais, insultera l'inaction de la justice désarmée \ on en tenait douze mille occupés inutilement à creuser la butte de Montmartre ^ et

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