‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 83 sur 117 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

états aussi vastes ; que la justice avait besoin de Tépée et du bouclier ; que la sagesse et Féquité consistaient à savoir user et à ne jamais abuser de la force \ que c'était par là que les bons rois se distinguaient des rois faibles et des tyrans ; qu'il eût été à souhaiter, sans doute, que la tenue des états se fut passée dans une pleine sécurité sans avoir autour d'eux aucun appareil militaire ; qu'il en était ainsi dans les pays où le peuple veut bien se reposer sur la sagesse et la fidélité de ses représentans \ qu'il en serait de même en France dès que l'ordre et le calme y seraient rétablis \ mais que , tant que le peupïe et la classe du peuple la plus séditieuse et la plus violente , viendrait mêler l'insulte et la menace aux délibérations des états généraux , la force publique avait droit de s'armer pour le contenir.

(( On croit pouvoir , sire , ajoutaient ceux qui demandaient l'usage de l'autorité réprimante, on croit pouvoir apaiser le bas peuple aussi aisément qu'on l'irrite y après qu'on Faura fajt servir au dessein d'une subversion générale dans le royaume , on voudra ramener le tigre dans sa cage et lui faire oublier combien il est terrible quand il veut l'être *, il ne sera plus temps 'y la bête féroce aura connu sa force et la faiblesse de ses liens. Que sera - ce surtout si elle a goûté du sang ? Elle fera trembler longtemps peut-être ceux qui auront osé la d4* cbab^er. Apprenez-lui 4onc à ce peuple quq., dans vos mains y il est pour lui encore uneî\^tiçe à redouter.

» Dès le commencement de votre règne , sjrç, on vous a fait réduire et affaiblir votre maison

:ig2 MEMOIRES.

militaire ; et vous , qui vous flattiez de n'avoir à régner que sur un peuple fidèle et bon , vous avez consenti , dans la droiture de votre cœur , à cette réduction funeste -, mais la discipline et l'obéissance ne sont pas détruites dans vos armées , et il vous reste encore assez de forces à opposer à l'audace des factieux. Le despotisme serait l'usage de ces forces contre les lois ; mais employées à maintenir l'ordre et les lois , elles sont le digne cortège de l'autorité légitime 5 la sauvegarde de l'état et le soutien de la royauté.

» Si les membres de l'assemblée nationale avaient tous votre loyauté , sire , ils s'accorderaient tous à demander autour du sanctuaire de la législation une barrière impénétrable , inaccessible même, d'un côté pour les troupes , de l'autre pour le peuple 5 et alors tout serait égal. Mais non, c'est pour laisser à cette populace une pleine licence et une pleine impunité qu'on veut que les troupes s'éloignent. On craint qu'elle ne soit refroidie et intimidée -, on veut qu'elle ose tout sans avoir rien à craindre ^ c'est par elle qu'on veut régner. N'avons-nous pas vu que , du centre aux extrémités du royaume , ce nom de liberté , ce nom qui , pour la populace , ne veut dire que la licence , a retenti comme un signal d'insurrection et d'anarcbie ? La police parmi le

Î)euple , la discipline dans les armées , partout es lois de l'ordre ont été dénoncées comme des restes de servitude. L'indépendance et le mépris de toiUe espèce d'autorité , voilà ce que présente la face du royaume ; et c'est sur les ruiiie^ de la n^onarcbie et avec ses débris que l'on se vante de créer un empire démocratique. C'est un vil

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ramas de vagabonds'saus mœurs , sans état , sans aveu , qu'on appelle le peuple souverain. Mais la nation désire , elle demande que la constitution du royaume soit réglée et fixée sur des^ bases fondamentales , et il s^agit de la rendre à la fois plus régulière et plus constante. C'est à quoi , sire, les états sont chargés de travailler avec vous. Par cette ancienne et vénérable constitution de la monarchie , vous êtes roi ^ l'autorité suprême^ la force executive a été remise en vos mains ; vos ancêtres, à qui la nation l'a confiée, vous l'ont transmise en héritage. La nation ne veut ni n'entend dépouiller, déposer, déshériter son roi. Et que serait-ce qu'un monarque , si ce n'était

S^as le protecteur de totis les droits et de toutes es libertés?

» Protégez , sire , celle de tous les ordres , et n'en laissez opprimer aucun. Protégez celle des états eux-mêmes \ et protégez surtout dans les villes , dans les campagnes , celle de ces citoyens honnêtes , de ces cultivateur^ paisibles qui , menacés dans leurs foyers par une populace oisive et vagabonde , tremblent avec raison que bientôt il ne soit plus temps de lui remettre le frein des lois. Non , sire, ce n'est plus au nofn du clergé ni de la noblesse , c'est au nom d'un bon peuple dont vous êtes le père , que nous vous conjurons de ne pas le livrer à la plus cruelle des tyrannies , à celle de la populace et de ses perfides moteurs. »

C'était ainsi qu'on persuadait au roi qu'en dé-

Eloyant aux yeux du peuple une puissance mîtaire , il ne ferait que réprimer et contenir la force par la force , et laisser au milieu la liberté publique protégée et hors de danger:

ngi MEMOIRES.

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