‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 84 sur 117 · LIVRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEIZIÈME

Ije roi fit donc avancer des troupes ^ mais , en prenailt une résolution vigoureuse , il fallait en prévoir les suites , calculer pas à pas les forces et les résistances, les obstacles et les dangers , et , selon les événemens ^ déterminer d'avance sa marche et ses positions. On ne calcula rien , on ne pourvut à rien , on ne songea pas même à garantir les troupes de la corruption du peuple de Paris. On ne fît aucune disposition pour mettrô le roi et sa famille à l'abri de Tinsulte dans un cas de révolte ] et dans les faubourgs de Paris , le seul poste imposant , la Bastille ne fut pour* vue ni de garnison suffisante , ni de vivres pour y nourrir le peu de soldats qu'il y avait. Enfin , jusqu'à la subsistance des troupes que Ton assemblait fut négligée au point que leur pain n'était fait qu'avec des farines gâtées , tandis que les femmes du peuple venaient leur en onrir d'excellent , avec du vin et des viandes en abondance j sans compter leurs autres moyens de dé«bauche et de corruption.

A cette espèce d'étourdissement où étaient la cour et le conseil, le parti contraire opposait une conduite raisonnée , progressive et constante , s'acheminant de poste en poste vers la domination , sans jamsis perdre un temps ni reculer d'un pas. Résolu donc à ne souffrir ni autour de Versailles , ni autour de Paris , aucun rassemblement, on délibéra une adresse att roi le 8

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juiUet (1789). Ce fut Touvrage de IViirabeau , le priticipal oralefur des oOmliuiBes , h^Bme doué par la nature de t0U9 les talens d'ua tribun; bouillant de caracière^ mù^ aussi soàfdLe dans-sa cobduîte qiie fougUeux 4ans ses passions ^ babile à pfNessentir l'opimon d^itimàale^ et pour pârakx^ la conduire diligent à la dëvaileer ^ lâchfe de toeuf f mais fort de tète et intrépide dldipudence^ cdrpoœpH i T^sGès et se yantaJAt de Tètre ; déshonore dès sa jeunesse j^ar les vices les pkis bonieux ^ mais n'aitacbaobt aueuil prix à Thonneur ; calculant bie&^uW homme dangereux ne pouvait être méprit même en se rendant m^risable , et résolu â se pâs-> ser de résumé attachée aux mœurs , s'il obtenait celle qu^arracfaent de grands talens devenus redoutables.

y (Bci Tadresao <(u*il proposa d^adresséi^ au roi , ehef-d'eeuvi^ d'éloquence artificieuse et periide, e% qui , applaudie comme elle déVait Taxe ^ &it ajjopt^e par acclamation (le 9 iuillet).

<( Sire , vous avez mvité rassemblée nationale à vous témoigner sa confiancie^ c'était aller audevant du plus cher de ses vœux. Nous venons déposer dans le sein de votre majesté 1^ plus vives alarmes. Si nous en étions l'objet , si nous avions la faiblesse de «Craindre pour nous-mêmes^ votre b^té daignerait encore nous rassurer; et même , en nous blâmant d'avoir douté de vos intentions, vous accueillerieziios inquiétudes, vous en dissiperieis la cause , vous ne laisseriez point d'incertitude sur la position de l'assemblée nationale.

» Mais , sire , nous n^implorons pas votre protection ^ ce serait offenser votre justice.. Nous

^glS MÉMOIRiES.

avons conçu des craintes , et, nous l'osons dire , elles tiennent au patriotisme le plus pur, à Tintërét de nos conmièttans , à la tranquillité publique , au bonheur du monarque chéri qui , en nous aplanissant la route de la félicité , n^érite bien d'y marcher lui-même sans obstacle. ^Dé-^ testable hypocrite !)

» Les mouvemens de votre cœur , sire , voilà le vrai salut des Français. Lorsque des troupes s'avancent de toutes parts , que des camps se forment autour de nous , que la capitale est investie , nous nous demandons avec étonnement : Le roi s'est-il méfié de la fidélité de ses peuples ? S'il avait pu en douter, n'aurait-il pas versé dans notre cœur ses chagrins paternels ? Que veut dire cet appareil menaçant ?

» Où sont les ennemis de l'état et du roi qu'il faut subjuguer ? où sont les ligueurs qu'il faut réduire ? Une voix unanime répond dans la capitale et dans l'étendue du royaume : nous chérissons notre roi ^ nous bénissons le ciel du don qu'il nous a fait de son amouj:*.

» Sire , la religion de votre majesté ne peut être surprise que sous le prétexte du bien public. Si ceux qui ont donné ce conseil à notre roi avaient assez de confiance dans leurs prin-^* cipes pour les exposer devant nous , ce moment amènerait le pl^ beau triomphe de la vérité.

» L'état n'a rien à redouter que des mauvais principes qui osent assiéger le trône même , et ne respectent pas la couronne du plus pur et du plus vertueux des princes ; et comment s'y prend-on , sire , pour vous faire douter de l'attachement et de l'amour de vos sujets ?

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